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Des suintements de méthane préoccupants dans le Pacifique

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Les clathrates présents en bordure des océans, notamment dans l'Arctique, constituent un source d'énergie considérable. Mais ces hydrates de méthane solides sont aussi une menace pour le climat de la Terre. Une équipe d'océanographes surveille les gisements au large de la côte de l'État de Washington, car il s'en dégage d'importants suintements de méthane gazeux.

Cette image issue d'un sonar montre des bulles de méthane s'échappant du fond marin au large de la côte de l'État du Washington aux États-Unis. La base de la colonne est à 515 m de profondeur et son sommet à 180 m. © Brendan Philip / UW

Les sols et les sédiments dans les océans génèrent du CO2 et du méthane. Il est vital de savoir comment ces sources vont se comporter en réponse au réchauffement climatique en cours. Elles pourraient l'aggraver considérablement si ces gaz à effet de serre étaient libérés en grandes quantités dans l'atmosphère. La source la plus fascinante, sans doute la plus inquiétante, est constituée par les hydrates de méthane piégés sous forme de glace dans les sédiments du plancher océanique. Le réchauffement de l'eau y provoque des suintements de méthane dont certains sont bien connus au large de la Californie ou encore en Arctique. Des océanographes de l'université de Washington ont étudié ceux qui apparaissent au large de la côte ouest des États-Unis et ils viennent de publier leurs conclusions dans un article de Geophysical Research Letters.

Le nord-ouest du Pacifique contient des gisements particulièrement importants d'hydrates de méthane, ou clathrates. Ce n'est guère étonnant car cette région de l'océan est le lieu d'une forte activité biologique ainsi que géologique. Les chercheurs ont découvert que la température de ces eaux à une profondeur de 500 m est en train de monter. C'est assez préoccupant parce qu'il s'agit de la profondeur où les hydrates de méthane commencent à passer de l'état solide à l'état gazeux. D'après les études menées, ce serait déjà quatre millions de tonnes de méthane qui auraient été libérées de 1970 à 2013. C'est l'équivalent annuel du gaz naturel qui s'est échappé à l'occasion de la marée noire provoquée par l'explosion le 20 avril 2010 de la plateforme pétrolière Deepwater Horizondans le golfe du Mexique.

Ce bloc de clathrate a été trouvé au large de l'Oregon, à une profondeur d'environ 1.200 m. Cet hydrate de méthane présente une structure en « nid d'abeille » quand il fond. © cc by sa 30, Wusel007, Wikipédia

Le destin incertain des émissions de méthane

Selon les océanographes, le réchauffement des eaux dans cette région serait un processus conduit en réponse à celui survenu il y a une cinquantaine d'années de l'autre côté du Pacifique, dans la mer d'Okhotsk, entre la Russie et le Japon. Les eaux de surface y sont devenues très denses, plongeant et se déplaçant ensuite en direction de l'est. Il leur faut alors une décennie ou deux pour atteindre la côte de l'État de Washington. Toujours selon les chercheurs, le réchauffement des eaux va se poursuivre au cours du siècle, repoussant dans la profondeur et donc un peu plus au large de la côte les limites à partir desquelles les clathrates se subliment.

Toute la question est de savoir ce qui va advenir du méthane gazeux. Va-t-il être consommé par les bactéries dans les sédiments du fond marin et dans l'eau ? Va-t-il rejoindre l'atmosphère sous forme de gaz à effet de serre, ce qui aggraverait les effets du changement climatique et, si oui, en quelles quantités ? La première hypothèse semble de prime abord moins dangereuse mais elle se traduirait quand même par une réduction de l'oxygène présent dans l'eau et par une contribution à l'acidification en cours des océans. Il n'y a pas encore de réponse claire à ces interrogations, bien qu'il semble qu'une partie du méthane libéré dans la région soit d'ores et déjà en mesure d'atteindre l'atmosphère.