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Réduire les énergies fossiles sauverait des millions de vies

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Les émissions massives de gaz carbonique dans l'atmosphère amplifient l'effet de serre, mais pas seulement. La combustion des énergies fossiles libère bien souvent des particules fines et de l'ozone troposphérique, des polluants fortement nocifs. Selon les estimations surprenantes de chercheurs de l'université de Caroline du Nord, indirectement, réduire les gaz à effet de serre pourrait éviter de nombreux décès prématurés, plus de 2 millions en 2100 précisent-ils.

La combustion du gazole émet du CO2, mais aussi quantité de particules fines, qui peuvent être dangereuses pour la santé. Les PM 2.5, d'un diamètre inférieur à 2,5 µm, peuvent pénétrer dans les alvéoles pulmonaires et provoquer une gêne respiratoire. © Stéphane Pouyllau, Flickr, cc by nc sa 2.0

Réduire dès à présent les émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère sauverait la vie d'un demi-million de personnes par an en 2030, de 1,3 million en 2050 et de 2,2 millions en 2100. Épargner tous ces humains aurait en outre un avantage économique, estimé entre 50 et 380 dollars gagnés par tonne de gaz carbonique non émis... Ces résultats sont pour le moins déconcertants, et difficiles à vérifier, mais ils donnent au moins un ordre de grandeur non négligeable.

Pour obtenir ces estimations, l'équipe du chercheur Jason West de l'université de Caroline du Nord s'est concentrée sur les bénéfices qu'apportait la réduction des gaz à effet de serre sur la qualité de l'air et donc sur la santé. Le dioxyde de carbone n'est en effet pas un gaz polluant en lui-même. Toutefois, son émission implique très souvent celle de particules fines ou d'ozone troposphérique, qui sont deux polluants atmosphériques hautement toxiques pour l'Homme. C'est notamment le cas lors de la combustion de carburant, par exemple.

L'ozone, lorsqu'il se trouve dans la troposphère, là où nous vivons, est dangereux pour la santé. Il peut irriter les yeux, les muqueuses et les voies respiratoires. Les smogs sont principalement constitués d'ozone troposphérique. © Wurstsalat, Wikipédia, GNU 1.2

Jusqu'à présent, les estimations des bienfaits qu'apporte la réduction d'émission des GES étaient évaluées localement et sur le court terme. Or, ce type d'étude ne prend pas en compte le transport sur le long terme des polluants, ni l'évolution démographique du monde. Dans ce contexte, l'équipe de Jason West s'est servie d'un modèle atmosphérique global pour évaluer l'impact qu'aurait la diminution d'émission de gaz carbonique sur les rejets de polluants, et donc sur la santé humaine. L'équipe a appliqué au modèle le scénario d'émission RCP 4.5. C'est un scénario qui se veut réaliste, envisageant une augmentation du forçage radiatif de 4,5 W/m2.

Réchauffement climatique et santé de l’Homme sont liés

Dans leur étude, publiée dans la revue Nature Climate Change, les auteurs ont également estimé l'impact économique. Éviter autant de décès prématurés causés par la pollution augmente en effet la proportion de population active, et par là même le nombre de travailleurs et de consommateurs. D'où l'estimation d'un gain de 50 à 380 dollars par tonne de carbone non émis. En 2030 et en 2050, ce « bénéfice collatéral » sera notablement supérieur au coût de réduction de CO2. En Asie du Sud-Est, où les deux tiers des décès liés à la pollution atmosphérique risquent de se produire, le rapport serait même compris entre 10 et 70. Selon les auteurs, cependant, en 2100, le prix pour réduire encore les émissions de CO2 sera plus élevé et le bilan économique plus faible. Resteront alors les vies sauvées...

Bien sûr, ces chiffres sont contestables. Il s'agit dans cette étude d'une simulation, basée sur un scénario d'émission. Personne ne peut prévoir avec certitude la qualité de l’air dans le monde. Par ailleurs, d'autres facteurs qui influent sur la qualité de vie des individus devraient entrer en considération. Cependant, ces estimations, basées sur un modèle atmosphérique global, donnent une tendance. Elles mettent en évidence qu'il existe un besoin évident de lier l'action sur la qualité de l'air à celle sur le changement climatique. Traiter ces deux problèmes en même temps sera beaucoup plus avantageux.