L'île Henderson, là où il n'y a pas de plastique, telle qu'elle est présentée sur le site de l'Unesco, sans que soit précisée la date à laquelle cette photographie a été prise. © Ron van Oers, Unesco

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L’île isolée d’Henderson dans le Pacifique bat le record de pollution par le plastique

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Dans le Pacifique sud, isolée mais sur le passage d'un grand courant giratoire, la minuscule île Henderson, inhabitée, est devenue un piège à déchets en plastique. Des scientifiques, venus observer la faune, ont dénombré ces débris, petits et grands, sur deux plages. Conclusion 1 : la densité atteint un record. Conclusion 2 : la quantité, estimée à près de 38 millions, augmente chaque jour.

  • Sur l'île Henderson, des scientifiques ont découvert des plages jonchées de débris de matière plastique, des engins de pêche pour la plupart.
  • Au sud du tropique du Capricorne, cette île des Pitcairn est située sur la gyre du Pacifique sud.
  • C'est la plus forte accumulation connue de déchets en plastique.

Ces quatre petites îles, baptisées Pitcairn par les Britanniques, sont si éloignées des terres habitées que c'est là que trouvèrent refuge les révoltés du Bounty, en 1790. Leurs descendants (une cinquantaine) constituent encore aujourd'hui la population de l'île principale, qui porte le nom de l'archipel (lequel totalise 47 km2), et est (modestement) connue pour sa production de miel. Henderson, à 200 km, est inhabitée depuis longtemps.

Nous sommes par 128° de longitude ouest et 24° de latitude sud, juste en dessous du tropique du Capricorne, à peu près à équidistance de l'Amérique du nord, de l'Amérique du sud et de l'Australie. La grande ville la plus proche est Papeete, à 2.300 km au nord-ouest, sur l'île de Tahiti, en Polynésie française. Autour d'une végétation d'arbustes et de plantes tropicales, d'où émergent des cocotiers, des plages de sable blanc dessinent un paradis naturel, loin de toute civilisation. Enfin presque.

Les îles Pitcairn sont situées sur un vaste courant circulaire, la gyre du Pacifique sud, et se trouvent sur le chemin de tout ce qui, à force de flotter, finit par s'accumuler dans ce grand piège naturel. © J. Lavers et al., Pnas

L'île aux 38 millions de débris de plastique

C'est là, en effet, que Jennifer Lavers, de l'université de Tasmanie, embarquée dans une longue expédition organisée notamment par l'ONG Royal Society for the Protection of Birds de mai à novembre 2015, a découvert une étonnante concentration de déchets en matière plastique. Le voyage était destiné à estimer la population de rats, introduits sur l'île par des marins, et qui avaient survécu à une opération d'éradication. Mais un nouveau sujet s'est ajouté : les plages sont littéralement jonchées de morceaux d'objets de toutes tailles, très majoritairement en plastique (99,8 %). Leur description et leur comptage viennent d'être publiés dans un article des Pnas.

Les scientifiques ont effectué des dénombrements systématiques, le long de lignes droites, comptabilisant au total 50.100 débris sur deux plages, au nord et à l'est, distinguant les microdébris (moins de 5 mm) des autres. Avec une densité moyenne d'environ 240 morceaux par mètre carré - en fait 239 +/- 347 - et atteignant par endroits 640, le site décroche le record du monde des plages les plus sales. Les visiteurs ont noté que 68 % d'entre eux se trouvent ensevelis dans les dix premiers centimètres du sable. D'après leur estimation, l'île en abriterait 37,7 millions, représentant 17,6 tonnes.

L'accumulation de déchets sur les plages de l'île Henderson. La plupart proviennent de matériels de pêche venus du Chili, de la Chine et du Japon, affirment les auteurs de l'étude. En B, un détail de la ligne de la plus haute marée de la plage du nord. Il y a peu de débris car c'est la quantité déposée en une journée après nettoyage de l'endroit par les chercheurs. En C, une tortue (Chelonia mydas) s'emmêle dans les filets de pêche et en C, un cénobite (Coenobita spinosa), cousin du bernard-l'hermite, n'a pas choisi un morceau de noix de coco, comme le font d'ordinaire ses congénères. © J. Lavers et al., Pnas

L'île Henderson est située sur la gyre du Pacifique sud

Les chercheurs ont observé ce que la mer apporte quotidiennement en nettoyant minutieusement une partie de la plage nord. Chaque jour, un mètre de cette plage accueille entre 1,7 et 26,8 débris de plus. Pour toute cette plage, le rythme de dépôt atteindrait 3.570 objets par jour.

Ces chiffres ne sont pas une surprise totale car Henderson et les autres îles Pitcairn sont situées au milieu de cette gigantesque gyre qui tourne au sein du Pacifique. Accumulant les déchets flottants au fil des décennies, elle les piège et les accumule, ce qui a conduit à forger l'expression « continent de plastique », une image fausse, bien sûr mais qui prend un sens particulier sur ces terres émergées lointaines. L'île n'est pas protégée par un récif de corail et les plages sont directement exposées à tout ce que la mer transporte. Elle agit comme un piège naturel, à l'image de celui que veut réaliser le Hollandais Boyan Slat.

Suivez l’épopée étonnante du plastique dans l’océan  Chaque année, huit millions de tonnes de plastique sont rejetées en mer. Ce matériau évolue au gré des courants, est mangé par le plancton et les organismes marins, jusqu’à contaminer toute la chaîne alimentaire. L’expédition Tara Méditerranée étudie le phénomène. Découvrez en vidéo comment ces scientifiques traquent le plastique dans les océans.