Le bateau de Conrad Colman photographié par un drone le 11 novembre 2016, cinq jours après le départ des Sables-d'Olonne. © Conrad Colman, Foresight Natural Energy

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Vendée Globe : démâté, le voilier zéro émission de Conrad Colman tente de rallier un port

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Notre skipper préféré, Conrad Colman, sur son voilier à cellules solaires et hydrogénérateur, n'était pas loin, tenant la dixième position du Vendée Globe, de rallier les Sables d'Olonne, le point de départ et d'arrivée. Mais vendredi soir, dans des conditions météo très dures, le mât de son Foresight Natural Energy a cassé. Il doit maintenant installer un gréement de fortune et espère pouvoir finir la course. Partenaire de son beau projet, Futura reste solidaire de ce courageux navigateur.

Vendredi 10 février, Conrad Colman, à 300 miles des côtes portugaises, pénètrait dans la zone dépressionnaire qui secoue actuellement (notamment) le golfe de Gascogne. Avec 30 à 35 nœuds de vent et des creux de plus de six mètres, la mer était très dure. À 23 h 00, le skipper néozélandais contactait son équipe par téléphone : son Foresight Natural Energy venait de démâter. Conrad Colman va bien et n'a pas demandé les secours. Cependant, les conditions ne lui permettaient pas de mettre en place un grément de fortune.

Le mât parti, il lui reste la bôme qui pourrait en faire office, moyennant un gros bricolage (à la portée de ce navigateur expérimenté). Conrad Colman pourrait alors rejoindre les côtes portugaises, ce qui l'éliminerait de la course, ou bien poursuivre jusqu'aux Sables d'Olonne et terminer vaille que vaille son premier Vendée Globe. Cependant, avec un tel gréement, il ne pourrait guère progresser qu'aux allures portantes et les conditions météo prévues dans les prochains jours ne semblent pas favorables à une route vers la Bretagne dans ces conditions. Devant lui, Éric Bellion a lui aussi connu des problèmes similaires, et a perdu sa tête de mât. L'Atlantique n'est pas plus tendre que les mers du sud...

Futura reste solidaire du projet porté par Conrad Colman, qui est parvenu à mettre au point, et à l'épreuve, son voilier fonctionnant sans énergie fossile. Il a déjà démontré que c'est une solution possible, même en course au large, puisque ses soucis actuels n'ont rien à voir avec ses choix énergétiques. Une bonne occasion de lire ou relire l'entretien qu'il nous avait accordé, par téléphone, il y a quelques jours.

Conrad Colman, le 11 février, se prend en photo à l'avant du bateau. Derrière, il n'y a plus de mât. Sur le pont arrière, à droite sur l'image, la bôme est arrimée et pourra servir à fabriquer un grément de fortune. © Conrad Colman

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Article paru le 7 février 2017

Oui, le soleil et l'hydrogénérateur sont aussi efficaces qu'un moteur Diesel pour recharger les batteries d'un voilier de compétition. C'est ce qu'a expliqué à Futura, en exclusivité, Conrad Colman, depuis son Foresight Natural Energy, alors qu'il était encore au milieu de l'Atlantique nord. Car quand il y a moins de soleil, il y a davantage de vent. Et inversement. Bataillant actuellement dans la tempête qui sévit au large des côtes européennes, il n'est plus très loin des Sables d'Olonne.

Le « Kiwi » Conrad Colman, toujours en dixième position, a dépassé la latitude des Canaries et, en plein milieu de l'Atlantique, contourne l'anticyclone des Açores dans le sens des aiguilles d'une montre. Dans peu de temps, sa route mettra devant lui les Sables d'Olonne, départ et terminus du Vendée Globe, la course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance.

L'heure du bilan n'est plus si loin et, joint par téléphone, le navigateur nous a expliqué comment s'est comporté son bateau, équipé de sources d'énergie originales : des cellules photovoltaïques, souples sur la grand-voile, rigides sur le pont, et un hydrogénérateur, c'est-à-dire une hélice entraînée par l'eau. Des batteries récupèrent l'électricité et la rendent utilisable pour le pilote automatique et les instruments électroniques du bord. S'il le fallait, l'hydrogénérateur pourrait fonctionner à l'envers, comme un moteur électrique, et faire tourner l'hélice.

Le Foresight Natural Energy début février, en train de remonter l’Atlantique, vers 20 ° de latitude nord et, pour la longitude, au milieu de l’océan. Conrad Colman a ainsi pris quelques images à l’aide d’un drone. © Foresight Natural Energy, Conrad Colman

Les énergies renouvelables au banc d’essai du Vendée Globe

Comment ces équipements expérimentaux ont-ils résisté aux conditions dantesques d'un Vendée Globe, avec un contournement de l'Antarctique entre les « quarantièmes rugissants » et les « cinquantièmes hurlants » ? Bravement mais difficilement. Le 4 décembre, loin au sud-ouest du cap de Bonne-Espérance, Conrad Colman a fait face à un début d'incendie, provoqué par un court-circuit près du régulateur. Au prix de brûlures aux mains, le marin a maîtrisé le feu rapidement mais n'a pas eu le temps d'être soulagé. Le pilote automatique, suite à la coupure électrique, s'est désengagé et, sous les 30 nœuds de vent (56 km/h), le voilier est parti à l'abattée et s'est couché à 80 °, « pendant que j'avais les mains pleines de plastique fondu ». Plus tard, des avaries l'ont privé de trois voiles, ce qui ralentit sa vitesse à certaines allures.

La dernière de ces mésaventures date du premier janvier. Pour fêter la nouvelle année, alors que soufflaient « des rafales à 60 nœuds » (plus de 110 km/h), une vis fixant un axe retenant un « étai », un des câbles maintenant le mât, a cassé. Conséquence immédiate, la voile enroulée sur ce câble s'est libérée. « Elle s'est déroulée comme un store relevé qu'on laisse tomber » et, malmenée par le vent, faisant gîter le bateau jusqu'au coucher, elle s'est déchiquetée. Craignant un démâtage, le Néozélandais est parvenu, alors que le câble fouettait les alentours, à fixer une drisse (on ne dit pas « corde » sur un voilier) pour tenir le mât jusqu'à ce qu'une accalmie permette une réparation plus solide. Bref, un ingénieur pourrait dire, froidement, que les conditions sont excellentes pour mettre des nouvelles technologies à l'épreuve.

Panneaux solaires et hydrogénérateurs sont complémentaires

« Je suis en bonne forme » assure-t-il maintenant par téléphone à Futura, et, dans une mer plus calme et une température tropicale, avançant jusqu'à 25 ou 30 nœuds, Conrad Colman commence à regarder sa course. « Trois mois en solitaire, seul avec soi-même, c'est une expérience très forte ». Côté technique, il ne regrette en aucune manière ses choix de faire appel à des énergies renouvelables pour générer son électricité. « Les panneaux solaires fonctionnent très bien. Quand le soleil est là, en général, le vent est faible et ce sont eux qui produisent l'électricité. Quand le vent se lève, le plus souvent, il y a des nuages. Le bateau va vite et l'hydrogénérateur [qui travaille bien à partir d'une vitesse de 35 km/h, NDLR] prend le relais. Les deux sont donc complémentaires. »

Sauf gros problème, le Foresight Natural Energy atteindra les Sables dans environ une semaine. Alors déjà, Conrad Colman réfléchit à la suite, à commencer par le Vendée Globe 2020. Il a la ferme intention d'en être. Ses convictions n'ont pas changé, bien au contraire. Ce défenseur convaincu de l'environnement repartira en mer avec un bateau « sans énergie fossile » car il veut « continuer à porter le drapeau ».

Pour en savoir plus

Le voilier zéro émission de Conrad Colman dans le top 10

Article de Jean-Luc Goudet publié le 30 décembre 2016

Sur son voilier très spécial, où l'électricité du bord est fournie par l'eau et le soleil, Conrad Colman, sur Foresight Natural Energy s'est hissé à la neuvième place du Vendée Globe Challenge. Partenaire de cette aventure hors norme, Futura vous invite à écouter les confidences du skipper néozélandais, qui nous raconte un incendie électrique, une tempête qui l'a poursuivi et une très belle remontée dans le top 10.

Notre skipper préféré du Vendée Globe, Conrad Colman, dit le « Kiwi » à cause de sa nationalité néozélandaise (mais il est aussi Breton d'adoption), est désormais neuvième. Sa course est superbe et il doit ce joli classement à une prise de risque : foncer devant une tempête épouvantable qui menaçait de le rattraper plutôt que de dévier sa route pour s'en protéger. Actuellement, Foresight Natural Energy a passé la Nouvelle-Zélande et fait route plein est dans le Pacifique sud, en direction du cap Horn.

Si Futura s'intéresse à ce navigateur, c'est pour un autre risque qu'il a pris dans la préparation de cette aventure : choisir, par conviction, des technologies innovantes et « zéro émission » pour lui fournir de l'énergie. Contrairement aux autres voiliers de classe Imoca de cette course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, le sien n'utilise pas de générateur électrique à moteur Diesel.

Conrad Colman à l’entraînement. « Navigateur d’origine néo-zélandaise et américaine, j’ai posé mes valises à Lorient en 2009 pour concrétiser mes rêves de course au large. J’ai choisi Lorient car c’était pour moi l’endroit idéal pour progresser, et je ne me suis pas trompé car cette ville que l’on surnomme la "Sailing Valley" n’a cessé de se développer depuis. J’ai profité de ce cadre idéal pour participer à la Mini Transat, la Route du Rhum, gagner la Global Ocean Race et réaliser mon dernier tour du monde en Imoca sur la Barcelona World Race. Mon plus gros défi reste à venir avec le Vendée Globe 2016 ! » © Virginie Gaspari

Foresight Natural Energy fabrique son électricité avec sa vitesse et avec le soleil

L'électricité est fournie par un hydrogénérateur, c'est-à-dire une hélice immergée entraînée par la vitesse du bateau, et par des panneaux photovoltaïques souples intégrés à la grand-voile ou, plus classiques, fixés sur le pont. L'électricité est ensuite stockée dans des batteries, qui alimentent l'instrumentation de bord et, au besoin, un moteur électrique actionnant l'hélice propulsive, lequel est en fait l'hydrogénérateur fonctionnant en sens inverse.

Cet équipement totalement inédit apporte un avantage certain, comme il nous expliquait lui-même (voir Vendée Globe : Conrad Colman nous présente son voilier révolutionnaire zéro émission). Avec une bonne allure, les batteries restent pleinement chargées et garantissent une autonomie de plusieurs jours. En revanche, utiliser une telle installation pour la première fois non pas dans une paisible traversée océanique mais dans une course au large considérée comme la plus difficile peut réserver des surprises. Et elles n'ont pas manqué : le 4 décembre, un incendie se déclarait à bord... Mais il en faut plus pour décourager un Conrad Colman. Puisque Futura est en relation constante avec lui, mieux vaut lui laisser la parole...

Conrad Colman aux Sables-d’Olonne, peu avant le départ du Vendée Globe Challenge. © Conrad Colman

Comment allez-vous ?

Conrad Colman : Bien. Physiquement, je suis fatigué car mes problèmes électriques m'empêchent de dormir sereinement... Et puis, cela fait déjà plus de 50 jours de mer ! J'essaie de récupérer dès que possible mais les enchaînements de soucis et d'une météo sportive ne m'ont pas trop aidé. Le moral est bon car j'ai passé le cap de la moitié, après j'ai hâte d'arriver au cap Horn et de commencer ma remontée de l'Atlantique.

Comment vont vos brûlures aux mains ? Pas de blessures ?

C'était superficiel et c'est passé rapidement avec des pommades. J'ai une trousse de secours bien fournie ! J'ai une légère entorse au pouce mais sinon tout va bien.

Comment est la météo ? Après la première tempête que vous avez traversée, avez-vous pu vous reposer ?

Malheureusement, je ne me suis pas vraiment reposé parce que je voulais avancer le plus vite possible pour éviter le gros de la dépression qui me pourchasse maintenant. C'était stressant...

Comment vont le bateau et le système électrique ?

J'ai des problèmes de pilote automatique, les capteurs qui lui permettent de barrer correctement ont des bugs réguliers qui lui font perdre la tête, d'où mes trop nombreux départs à l'abatée (quand le bateau se couche sur l'eau).

Qu’est-ce qui a brûlé le 4 décembre ?

Un transformateur de charge des panneaux solaires sur le pont à bâbord. Le court-circuit a malheureusement déclenché un petit incendie qui a abîmé les câbles voisins et donc d'autres systèmes électriques. C'est le désavantage de ce bateau expérimental avec beaucoup de systèmes en plein test !

Les batteries chargent-elles bien ?

Je charge les batteries avec l'hydrogénérateur tout le temps car j'ai des vitesses très adaptées qui me permettent de charger mon parc de batteries pour 4 à 5 jours. Je n'utilise pas les panneaux solaires en ce moment, j'essaie de tourner sur les différents modes de chargement pour les économiser.

Est-ce une belle course pour vous ?

Oui, je n'aurais pas espéré être neuvième à la moitié du parcours. Je suis très content d'être là et de pouvoir me battre dans le top 10. La course est encore longue mais j'ai fait ce que je voulais et je trouve cela très motivant.

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