L'approvisionnement en énergie, dans les décennies à venir, va certainement beaucoup changer. Les citoyens en deviendront-ils des acteurs ? © Jupiter Films

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Power to change, ou la rébellion énergétique : 4 questions au réalisateur de ce film dérangeant

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Documentaire étonnant, Power to Change montre des initiatives de particuliers et d'entreprises qui, en Allemagne, se sont engagés dans la production d'énergie renouvelable sur un mode décentralisé. Le but de ces « rebelles » : moins polluer localement, produire moins de CO2 et réduire la dépendance énergétique d'un pays, d'une région, d'une ville voire d'une exploitation agricole. Et ils le font. Partenaire de ce reportage, qui commence sa diffusion en salles, Futura a interrogé son réalisateur, Carl-A. Fechner.

Engagé, le documentaire Power to Change, la rébellion énergétique est d'abord une suite de témoignages de femmes et d'hommes qui se sont lancés dans une activité originale : produire leur énergie eux-mêmes. Ils sont Allemands et très convaincus. Le film, réalisé par Carl Fechner, suit au plus près ces gens têtus, présentés comme des « rebelles », et même des « pionniers ». Une génération de citoyens qui inventerait un nouveau rapport de nos sociétés à l'énergie.

L'intérêt du film est de rendre leur aventure vivante, en nous la montrant sur la durée, sans esquiver les difficultés. Edy Kraus s'obstine à vouloir transformer les déchets agricoles en électricité et en chaleur à l'aide d'une machinerie mobile. Lutz Machalewski donne des conseils aux particuliers pour réduire leurs facteurs d'eau et d'énergie. Christoph Schmidt conseille, lui, le gouvernement allemand. Stephan Rammler construit des dirigeables.

Le film Power to change , un documentaire de 1 h 30 dont Futura est partenaire, est sorti en salles le 11 janvier 2017 à Paris et commence sa diffusion en France dans de nombreuses grandes villes, souvent avec des débats publics à la fin de la projection. Voir toutes les séances ici. © Jupiter Films

Habilement, la narration suit le cheminement personnel d'Amir Roughani, chef d'entreprise (et élu entrepreneur de l'année en 2014), qui n'avait jamais été très convaincu par l'intérêt des énergies renouvelables. C'est lui qui, jouant le jeu, interroge les « rebelles ».

Le film donne des chiffres, montre les limites, zoome sur les difficultés et expose les solutions techniques. Mis à part un certain militantisme antinucléaire, c'est un excellent panorama sur les technologies, solaire, éolien, biogaz, batteries électriques... On y visite par exemple la centrale de Schwerin, qui est en fait un gigantesque stockage de 5 MWh capable de lisser la production de sources fluctuantes.

La bande-annonce du documentaire Power to change, ou la rébellion énergétique, réalisé par Carl-A. Fechner. © Jupiter Films

La production décentralisée est-elle plus juste ?

Quant aux raisons de leur engagement, ces militants de l'énergie décentralisée évoquent le réchauffement climatique et la réduction d'émissions de dioxyde de carbone. Mais tous parlent aussi de la pollution atmosphérique. Déjà problématique dans les pays européens, elle atteint en Asie, notamment en Chine et en Inde, des proportions qui en font une question sanitaire majeure et ne peut plus être ignorée.

Ces rebelles évoquent la dépendance envers des grandes entreprises ou envers d'autres pays pour l'approvisionnement en énergie, source de conflit et de contraintes diplomatiques. Localiser la production d'énergie serait-elle un moyen d'apaiser les humains ? C'est ce que nous explique le réalisateur Carl-A. Fechner, interrogé par Futura (voir le texte après la vidéo ci-dessous).

Un extrait du documentaire Power to change montrant les réalisations à l’échelle de municipalités. © Jupiter Films

Quatre questions à Carl-A. Fechner

Ces exemples de production locale d’énergie sont tous allemands. De telles réalisations sont-elles possibles dans tous les pays ?

Carl-A. Fechner : Oui. C'est possible partout ! D'ailleurs, la production d'énergies renouvelables existe dans de nombreux pays. Elles représentent déjà 15 % à l'échelle européenne. C'est vrai que l'Allemagne, avec 33 %, est plus impliquée que la moyenne. Mais ce n'est pas une affaire culturelle. D'autres pays s'impliquent beaucoup, y compris la France. Il y a 18 ans, j'ai réalisé un documentaire sur de sujet au Danemark. Le mouvement était très fort.

Les « rebelles » que l’on voit dans le film sont très engagés. Combien sont-ils en Allemagne ?

Carl-A. Fechner : Si l'on se fie aux résultats des élections, il y a environ dix millions de personnes qui sont sensibles à ces idées. Pour réaliser le documentaire, en une année de recherche, nous avons identifié 300 exemples.

Les énergies renouvelables coûtent-elles cher ?

Carl-A. Fechner : Elles coûtent moins cher que le pétrole et le nucléaire ! En fait, les décideurs ne calculent pas... Ils tiennent compte d'autres paramètres. Ils ont besoin du nucléaire, par exemple, pour des raisons souvent militaires. En Afrique et en Asie, les ressources naturelles sont incroyables. Là-bas, l'argent des micro-crédits sert beaucoup à s'équiper en cellules photovoltaïques pour éclairer la maison ou même pour vendre un service de recharge de portables.

Pour vous, les énergies renouvelables permettent d’abord de produire localement. C’est cela l’important ?

Carl-A. Fechner : C'est fondamental. C'est d'abord une question sociale. La possibilité d'une décentralisation de la production, donc d'une émancipation par rapport à la dépendance énergétique, est liée à l'énergie solaire. En Allemagne, 8 % seulement des investissements dans les énergies renouvelables viennent de très grandes entreprises. 92 % proviennent de structures petites ou moyennes. Même le président d'Audi - cela m'a étonné - parle d'une révolution. Il est clair que les énergies renouvelables sont dangereuses pour le système sociétal actuel. Il y a dans le monde des milliards de personnes qui ne disposent pas de suffisamment d'énergie. Avec la question du climat, qui est liée, ainsi que la pollution, les ressources d'énergie sont facteurs de conflits, de pauvreté et de migrations.