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Les coraux des Seychelles racontent une fonte brutale de l'Antarctique

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Comment vont se comporter les inlandsis du Groenland et de l'Antarctique quand la température moyenne globale de la Terre aura augmenté de quelques degrés ? Pour tenter de le savoir, un groupe de spécialistes des géosciences a examiné des coraux fossiles témoins de l'avant-dernière période interglaciaire il y a environ 125.000 ans. Selon eux, l'Antarctique a significativement et rapidement contribué à élever le niveau moyen des océans de presque 7 m.

L'étude des coraux fossiles sur les îles des Seychelles renseigne de façon fiable, semble-t-il, sur le niveau des océans durant le quaternaire. Localement, ce niveau peut varier pour de multiples raisons mais la position particulière des Seychelles permet d'y lire le niveau moyen mondial. © Université de Floride

Dans quelques décennies, la température moyenne globale de la planète devrait retrouver une valeur comparable à celle qui régnait sur Terre il y a un peu plus de 128.000 ans, pendant l'avant-dernière période interglaciaire précédant la glaciation de Würm. Une période d'eustatisme s'est alors ouverte, avec une variation générale du niveau moyen des mers de même amplitude dans toutes les régions du globe. En l'occurrence, il s'agissait d'une élévation du niveau des océans évaluée à 4 à 6 mètres environ, due à la fonte des glaciers sur les continents ainsi que des inlandsis recouvrant le Groenland et l'Antarctique.

En toute logique, on pourrait s'attendre à ce qu'un phénomène similaire se produise de nos jours. Mais de quelle amplitude exacte et en combien de temps ? Quelle était la part respective de chaque inlandsis dans l'élévation eustatique ? Pour tenter de répondre à ces questions, une équipe internationale de chercheurs en géosciences s'est rendue dans les Seychelles pour y compulser une archive géologique particulièrement précise pour l'évaluation de l'eustatisme pendant l'Éémien (subdivision du Pléistocène correspondant à l'avant-dernière période interglaciaire) : des coraux fossiles.

Il y a environ 128.000 ans, aux Seychelles, le niveau de l'océan Indien était plus élevé d'une hauteur comparable à celle du bâton vertical. Les autres océans étaient aussi plus élevés. © Université de Floride

Une déstabilisation imminente de l'Antarctique ?

Les géologues viennent de publier les résultats de leurs travaux dans un article paru dans Quaternary Science Reviews (QSR). Leur conclusion est que l'élévation du niveau des mers s'est bien produite sous l'influence des mêmes facteurs que de nos jours, à savoir la dilatation thermique de l'eau des océans sous l'effet d'une augmentation de température, la fonte des glaciers dans les montagnes mais surtout des inlandsis. La part la plus importante revenant à l'Antarctique.

En effet, le niveau global des océans s'est graduellement élevé de 7,6 ± 1,7 m pendant une période s'étendant d'il y a environ -129.000 à -125.000 ans, ce qui nécessite une fonte des inlandsis d'une épaisseur de 5 à 8 m. Or, tous calculs faits en fonction des données disponibles, celui du Groenland n'aurait fondu que sur une épaisseur de 2 m environ tout au plus. Clairement, l'Antarctique apparaît comme la région du monde ayant le plus contribué à l'eustatisme pendant l'Éémien.

Les chercheurs en concluent aussi que le niveau des océans se serait élevé rapidement il y a 128.600 ± 800 ans, atteignant une hauteur de +5,9 ± 1,7 m à l'occasion de ce qui a probablement été un effondrement partiel de l'inlandsis en Antarctique à ce moment-là. Selon la géochimiste Andrea Dutton de l'université de Floride, co-auteur de l'article paru dans QSR, la température de l'Antarctique à cette époque était plus élevée de seulement quelques degrés par rapport à la température actuelle. On ne peut donc par écarter la possibilité d'une déstabilisation importante et imminente de la couverture glaciaire du sixième continent.