Un squelette de T-Rex visible au Field Museum of Natural History, à Chicago, aux États-Unis. © Terence Faircloth, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

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Dinosaures : faut-il changer leur classification ?

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Par Laurent Sacco, Futura

Ce n'est pour le moment qu'une proposition venue d'un seul groupe de paléontologues. Mais si ces chercheurs ont raison, l'arbre phylogénétique et la classification des dinosaures doivent être revus pour mieux rendre compte des relations entre oiseaux et dinosaures.

Interview : les oiseaux sont-ils les derniers descendants des dinosaures ?  Avec les multiples découvertes de dinosaures à plumes en Chine, se pose la question du lien avec les oiseaux. Ces derniers pourraient-ils être les descendants de ces créatures disparues ? Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, afin d’en savoir plus sur la question. 

Classer des formes vivantes disparues et dresser leur arbre phylogénétique, surtout quand on ne dispose pas de leur ADN, n'est pas simple. C'est déjà le cas pour les hominines dont les restes fossilisés ont quelques millions d'années tout au plus. Alors quand il s'agit d'animaux ayant vécu il y a plus de 65 millions d'années comme les dinosaures, on ne peut pas s'attendre à des miracles mais bien peut-être de temps en temps à des rebondissements.

Rappelons que les dinosaures eux-mêmes ont été reconnus comme un groupe d'animaux bien particulier il y a presque 180 ans, en 1842, par le paléontologue, biologiste et anatomiste britannique Richard Owen. Puis, en 1887, devant la masse de fossiles, son compatriote et collègue, Harry Seeley, les divise en deux grandes classes, on dirait aujourd'hui des clades, censées dérivées chacune d'un ancêtre commun : les saurischiens et les ornithischiens. Étymologiquement, ces noms indiquent respectivement que l'un des clades est caractérisé par un bassin apparenté à celui des reptiles (un groupe aujourd'hui considéré comme artificiel) alors que celui du second le rapproche des oiseaux.

Par la suite, les saurischiens sont apparus comme constitués par deux sous-divisions, des « sous-ordres » selon la dénomination de la systématique classique : les sauraupodomorphes (des herbivores tels le Diplodocus et le Brontosaure) et les théropodes qui comprennent presque tous les grands dinosaures carnivores. Curieusement, les oiseaux ne descendent pas des ornithischiens mais des théropodes avec qui ils partagent de nombreuses caractéristiques anatomiques. Les ornithischiens sont principalement des dinosaures herbivores, tels les Stégosaures ou les Tricératops

Les dinosaures ont initialement été divisés en deux groupes selon la forme de leurs bassins, les saurischiens en haut, les ornitischiens en bas. © DP

Un nouvel arbre phylogénétique des dinosaures dressé à l'ordinateur

Selon un groupe de paléontologues britanniques, qui viennent de publier un article dans Nature, il faudrait revoir tout cela. Les Théropodes devraient être classés parmi les ornithischiens avec qui ils formeraient un nouveau groupe, celui des ornithoscelida (ce qui signifie en gros « à membres d'oiseau »), déjà proposé en 1870 par le grand biologiste et spécialiste de l'évolution Thomas Henry Huxley.

Si ces chercheurs parviennent à convaincre l'ensemble de leurs collègues, et on n'en est pas encore là, c'est un séisme majeur dans le monde de la paléontologie des dinosaures.

Comment sont-ils arrivés à cette conclusion ? Il faut dire que depuis les temps héroïques d'Owen et Seeley, le volume de fossiles de dinosaures des collections a considérablement augmenté, de sorte que l'on dispose de restes d'animaux de toutes tailles, formes et localisations géographiques. Les études fines de leurs anatomies ont beaucoup progressé, même si, au fond, nous savons encore très peu de choses sur ces « terribles lézards » (la signification du mot dinosaure).

Aujourd'hui, l'ordinateur et les méthodes de la cladistique peuvent conduire à de nouveaux résultats. C'est ce qu'ont fait les chercheurs menés par le paléontologue de l'université de Cambridge Matthew Baron. De nombreux restes fossilisés appartenant à 74 espèces de dinosaures parmi les plus anciens ont été étudiés, avec une focalisation sur des centaines de caractéristiques anatomiques pour dresser un nouvel arbre phylogénétique plus plausible.

C'est donc en se basant sur un grand nombre de caractéristiques communes qu'il est apparu que certains saurischiens étaient en fait probablement assez proches des ornithischiens et qu'il fallait donc bouleverser l'arbre classique des dinosaures.

Le nouvelle arbre phylogénétique des dinosaures est expliqué dans cette vidéo. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Natural History Museum

L'histoire des dinosaures ne serait pas celle que l'on croit

Plusieurs conséquences en découlent. Les premières concernent l'ancêtre commun aux ornithischiens et aux saurischiens, qui ne serait pas apparu là et où on le pense aujourd'hui. Alors que ce dinosaure ancestral semblait jusque-là venir de l'hémisphère sud, quelque part sur le supercontinent Gondwana, il pourrait au contraire avoir commencé à gambader dans l'hémisphère nord, sur le supercontinent Laurasia. De plus, il serait plus ancien et serait apparu il y a environ 247 millions d'années, donc pendant le Trias.

Parmi les ornithoscelida, les ornithischiens auraient été les premiers à développer un bassin d'oiseau, une caractéristique potentielle du groupe qui n'émergera que plus tard chez les théropodes quand ils ont donné naissance aux oiseaux.

Cette étude indique également que les premiers dinosaures devaient être relativement petits, un ou deux mètres de long tout au plus, bipèdes et probablement omnivores. Leurs régimes alimentaires se seraient donc spécialisés à deux reprises, chez les saurischiens et chez les ornithoscelida, en donnant dans les deux cas des carnivores et des herbivores.

Ainsi, selon l'un des auteurs de ce travail, Paul Barrett du musée d'histoire naturelle de Londres : « cette étude redessine radicalement l'arbre généalogique des dinosaures, fournissant un nouveau cadre pour décrypter l'évolution de leurs caractéristiques clés, leur biologie et leur répartition dans le temps. Si nous avons raison, il dissipe de nombreuses incohérences dans notre connaissance de l'anatomie des dinosaures et des relations qui les lient, et il met également en évidence plusieurs nouvelles questions relatives à l'histoire des dinosaures et à leur origine géographique ».