Planète

Vice de fabrication chez les OGM

ActualitéClassé sous :développement durable , Université de Penn State , OGM

Les plantes du genre Cucurbita, autrement dit les courges, sont sensibles à une grande variété d'attaques virales. En cas de contamination, leur croissance est alors ralentie tandis que les fruits peuvent être déformés, et donc perdre leur attrait commercial. Les OGM devaient résoudre ce problème, mais ils avaient un vice caché...

Un ravageur, la criocère occidental du concombre, dévore la fleur d'un concombre OGM. © Miruna Sasu/ Penn State

Dans le milieu des années 1990, le Département de l'Agriculture américain a approuvé l'utilisation de plantes génétiquement modifiées pour résister à certains virus. Si les agriculteurs y ont trouvé leur compte, les écologistes s'inquiétèrent des éventuelles conséquences. Que se passerait-il si les gènes de résistances introduits, les transgènes, s'échappaient des plantes cultivées pour contaminer des plantes sauvages apparentées ? Quelles seraient les risques d'impacter la biodiversité et les communautés des espèces sauvages ?

L'équipe du biologiste Andrew Stephenson de l'Université de Penn State a étudié pendant trois ans les interactions entre les plantes OGM, les plantes sauvages et les différentes pressions qui s'exercent sur eux : insectes herbivores, maladies virales, bactériennes, etc. Leurs observations sur le terrain ont permis de remarquer que, si après une attaque virale, les OGM étaient épargnés au contraire de leurs voisins, ils souffraient en revanche d'autres fléaux.

Ces plantes devenaient la cible préférée de certains ravageurs, des chrysomèles (la chrysomèle rayée du concombre Acalymma vittatum et le criocère occidental du concombre Diabrotica undecimpunctata), et étaient infectées plus fortement par le flétrissement bactérien (maladie causée par la bactérie Erwinia tracheiphila).

Concombre OGM infesté par des chrysomèles après une épidémie virale. © Miruna Sasu/Penn State

Une force ou un talon d’Achille ?

« Les plantes qui ne possèdent pas le trangène de résistance au virus contractent la maladie virale, explique A. Stephenson, mais, puisque les ravageurs du concombre préfèrent se nourrir de plantes saines plutôt que de plante infectées, ils se concentrent sur les individus non contaminés, essentiellement génétiquement modifiés. »

Comme ces insectes transportent dans leur tube digestif la bactérie responsable du flétrissement bactérien, elles infectent les OGM en déposant leurs fèces contaminés sur les nombreuses blessures quelles infligent aux plantes en les consommant. Au final, les OGM ont un avantage sélectif lors des épidémies virales, mais quand les bactéries ou des pathogènes sont présents, les insectes se concentrent sur les OGM sains. Ils les contaminent alors avec le flétrissement bactérien contre lequel ces plants n'ont aucun moyen de défense.

Fort de leurs trois années d'études, les chercheurs affirment que l'avantage sélectif vis-à-vis des maladies virales a un coût. « Nos travaux ont dévoilé le coût écologique qui peut découler d'un environnement où des OGM se développent au sein de la communauté des êtres vivants du milieu, y compris les insectes et autres maladies » déclare Matthew J. Ferrari, associé à la recherche.

Dans un écosystème basé sur la complexité des interrelations, la modification d'un seul élément peut rompre des équilibres dynamiques. La force d'un OGM pourrait donc devenir son talon d'Achille de manière inattendue. L'estimation du rapport avantages/risques des organismes génétiquement modifiés et de leurs impacts sur l'environnement s'en retrouve donc complexifiée.