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SEM-REV : de l'électricité à partir de la houle au Croisic en 2010

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Le projet d'une ferme expérimentale, SEM-REV, vient d'être lancé au large du Croisic, en Loire-Atlantique. Le procédé, baptisé Searev, est étudié depuis des années à l'Ecole centrale de Nantes. Au même moment, la première centrale houlomotrice d'Europe vient d'être mise en service au Portugal.

Le prototype Searev dans la piscine à vagues de l'ECN. © Ecole centrale de Nantes

A quinze kilomètres de la côte dans les eaux de l'Atlantique, à l'ouest du Croisic, sur le plateau du Four, un gros flotteur balancé par la houle produira un jour de l'électricité. Baptisée SEM-REV (Site d' Expérimentation en Mer pour la Récupération de l'Energie des Vagues), cette ferme expérimentale (c'est le terme consacré) vient d'être officiellement présentée à Nantes par les représentants des contributeurs à ce projet : l'Ecole centrale de Nantes (ECN), le CNRS, la région Pays de la Loire et l'Etat. Elle commencera à produire ses premiers watts.heures en 2010.

Le principe technique est bien au point. Il est étudié depuis plusieurs années à l'ECN, et a déjà abouti au prototype Searev (Système autonome électrique de récupération de l'énergie des vagues). Flottant en surface, cet engin récupère de l'énergie des vagues. A l'intérieur du flotteur, un système mécanique est mis en mouvement, comme un pendule. Par l'intermédiaire de deux bras télescopiques, il augmente ou diminue la pression dans deux réservoirs d'huile. La différence entre les deux fait tourner le générateur électrique.

Le système mécanique en mouvement n'est pas un balancier mais une roue dont le centre de gravité est décalé par rapport au centre. Ainsi la roue peut osciller ou bien faire des tours complets. Comme l'explique Alain Clément, de l'ECN, dans son rapport technique sur le Searev (téléchargeable au format PDF), cette solution évite « la gestion de la fin de course ». Avec un balancier en effet, de fortes vagues iraient le faire cogner contre ses butées.

Schéma du Searev (cliquez pour agrandir). On distingue une roue dont le centre de gravité (G) est décentré. Par liaison hydraulique (Hydraulic Ram) et à l'aide d'un moteur hydraulique (Hydraulic Motor), le mouvement fait varier la pression d'un fluide (High Pressure Accumulators). L'ensemble fait tourner un générateur électrique (Electrical générator). L'électricité est ensuite expédiée vers la côte (AC connection to Shore). Schéma extrait du rapport rédigé par Alain Clément, ECN.

Testé dans la piscine à vagues de l'ECN, le prototype, qui a été montré pour la présentation du projet à la presse, n'est qu'un modèle réduit d'environ deux mètres. Le modèle mis à l'eau en 2010 atteindra 25 mètres de longueur sur 15 de large. Sa puissance devrait être de 0,5 à 1 mégawatt (MW). Ce ne sera encore qu'un démonstrateur mais la zone choisie permettra d'installer cinq à six appareils pour tester ensuite une production réelle.

Les promoteurs du projet imaginent volontiers une zone d'un kilomètre carré occupée par une flotte de tels engins qui atteindrait 7 à 8 MW, permettant « d'alimenter en électricité 7.000 à 8.000 foyers, hors chauffage », comme le précise Alain Clément (propos rapportés par l'AFP).

Une centrale déjà en service

La récupération de l'énergie de la houle n'est pas une nouveauté et de nombreux systèmes ont été étudiés. Pourtant, rares sont les réalisations. En Europe, l'entreprise écossaise Pelamis Wave Power a franchi le pas et propose Pelamis, un cylindre articulé de 140 mètres de longueur pour 3,5 mètres de diamètre, d'une puissance maximale de 750 kW. Google est devenu l'un de ses clients, avec l'idée d'installer ses serveurs sur des barges flottantes.

Un module Pelamis flotte dans les eaux portugaises, au large d'Aguçadoura. © Pelamis Wave Power

Le Portugal a également choisi cette entreprise pour réaliser la première centrale houlomotrice d'Europe, qui vient tout juste d'être inaugurée. Trois de ces Pelamis ont en effet été mis en service au large d'Aguçadoura pour fournir de l'électricité à la ville. Cette installation sera agrandie dans une seconde phase, avec 25 engins supplémentaires, ce qui amènera la puissance totale à 21 MW. L'installation pourra alors alimenter 15.000 foyers et évitera le rejet de 60.000 tonnes de gaz carbonique par an, selon Pelamis Wave Power.

Longtemps considérée comme une possibilité un peu... vague, l'énergie de la houle, en cette époque d'énergie chère et de réduction de l'effet de serre, est désormais manifestement prise au sérieux.