Les bateaux électriques Sea Bubbles pourraient un jour permettre de se déplacer sur la Seine, mais aussi la Tamise ou le lac Léman. Serait-ce un moyen de transport pour de futures mégalopoles ? © Sea Bubbles

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Sea Bubbles : premier essai en mer réussi pour ces bateaux « volants »

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Un prototype des bateaux électriques « volants » Sea Bubbles a effectué sa première sortie en mer. Imaginé par le Français Alain Thébault, ce moyen de transport inédit ambitionne de proposer une alternative écologique pour désengorger les grandes métropoles traversées par des fleuves, notamment Paris.

Le prototype des Sea Bubbles testé en mer  Voici la première sortie officielle du prototype des Sea Bubbles. Ces bateaux électriques d'Alain Thébault sont montés sur des hydrofoils et « décollent » au-dessus de l'eau. 

Le projet Sea Bubbles prend encore un peu plus forme avec le premier essai en mer d'un prototype à taille réelle. L'évènement s'est déroulé cette semaine dans le sud de la France. Dans la vidéo ci-dessus, on peut voir le bateau électrique, monté sur des foils, littéralement décoller au-dessus de l'eau et virer de bord en s'inclinant comme le fait une moto. Ce concept est dérivé de celui utilisé pour l'Hydroptère, le voilier volant développé par Alain Thébault. C'est également lui qui est à l'origine des Sea Bubbles, en collaboration avec Anders Bringdal.

L'un des principaux défis techniques à relever était de concevoir un système stable, ce qui semble être le cas. Les premiers modèles de Sea Bubbles pourront embarquer quatre passagers, dont un pilote, mais il est question de concevoir des versions à dix ou douze places. La vocation de ces bateaux à propulsion électrique est de permettre de créer des services de navettes fluviales dans de grandes villes comme Paris (voir article ci-dessous).

Les Sea Bubbles à Paris dès cet été

La capitale française sera d'ailleurs la première à accueillir une expérimentation en conditions réelles qui aura lieu cet été durant une quinzaine de jours. Londres (Royaume-Uni) mais aussi d'autres grandes villes ont témoigné de leur intérêt pour le projet Sea Bubbles.

L'entreprise est même en train d'avancer sur une levée de fonds à hauteur de 30 millions d'euros afin de pouvoir soutenir le passage à la phase industrielle. Les essais vont se poursuivre d'ici cet été afin de créer un prototype doté d'un cockpit fermé qui se rapproche au plus près du concept aux lignes futuristes imaginé initialement.

Pour en savoir plus

Sea Bubbles : bientôt les premiers tests sur la Seine !

Article initial de Jean-Luc Goudet, paru le 26/01/2017

La fabrication des Sea Bubbles, bateaux électriques capables de se soulever hors de l'eau pour réduire la consommation, va commencer et les premiers essais, comme promis, auront lieu sur la Seine, à Paris. Une démonstration publique est prévue au printemps prochain.

Comme Alain Thébault nous l'avait confié l'an dernier (voir l'article ci-dessous), les curieux véhicules électriques Sea Bubbles, destinés au transport de personnes, vont être testés sur la Seine. La première démonstration publique aura lieu au printemps, devant l'Assemblée nationale, annonce la Mairie de Paris. « Les véhicules seront dirigés par un pilote et transporteront quatre passagers [quatre personnes en tout, NDLR] », précise le communiqué.

L'originalité de ces engins est d'être pourvus de « foils », quatre lames sous-marines ressemblant à des ailes, et fonctionnant comme elles. Alain Thébault, initiateur du projet, travaille le sujet depuis 1975 et a collaboré avec des ingénieurs en aéronautique et avec Éric Tabarly. C'est l'histoire épique de l'Hydroptère, ce voilier volant qui a fini par battre plusieurs records de vitesse. C'est aussi le principe de l'hydroglisseur : à partir d'une certaine vitesse, la portance engendrée par ces ailes immergées soulève le bateau dont la coque ne touche plus l'eau, d'où une réduction de traînée. De nombreux compétiteurs du Vendée Globe 2016 ont adopté l'idée... et sont arrivés en tête.

Une vue d'artiste d'une Sea Bubble de quatre places. Les quatre foils assurent une portance suplémentaire au niveau de leurs parties obliques, qui soulève la coque au-dessus de la surface. La traînée (la résistance de l'eau) est alors fortement réduite, si bien que l'engin se contente de deux petits moteurs électriques. © Sea Bubble

Les Sea Bubbles vont entrer en fabrication pour des essais en grandeur nature en février, avec l'objectif d'offrir aux Parisiens un moyen de transport supplémentaire, peut-être, un jour, sur le mode de la location, comme Autolib' et Vélib', ou avec des modèles à 20 places. La question de la vitesse minimale reste à régler car, à Paris, elle est limitée à 18 km/h à plus de 20 m de la rive et à 12 km/h en deçà (voir la réglementation fluviale parisienne diffusée par VNF). Les Sea Bubbles ont besoin de 11 à 15 km/h pour décoller. La « voiture volante », à 12.000 euros, qui en serait à une centaine de précommandes, intéresserait aussi beaucoup la mairie de Londres.


Sea Bubbles, d'étranges bulles électriques signées Alain Thébault

Article de Jean-Luc Goudet publié le 10 juillet 2016

Filant sur l'eau, consommant très peu et poussés par deux moteurs électriques, les Sea Bubbles pourraient transporter des voyageurs sur des fleuves, des rivières ou des lacs. Paris et Londres ont manifesté leur intérêt pour cette invention du navigateur Alain Thébault, le père du voilier Hydroptère.

Des bulles électriques sur la Seine, transportant quatre passagers à quelques décimètres au-dessus de la surface : l'image est futuriste mais pas utopique. Le ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, vient d'annoncer, à l'occasion du salon Viva Technology, qu'il aimerait faire acheter quelques « Sea Bubbles » pour en équiper les douaniers (selon Le Parisien). En novembre dernier, la maire de Paris, Anne Hidalgo, disait espérer que les deux premiers prototypes seraient testés sur la Seine avec l'idée d'en faire un vrai moyen de transport, en location, à l'instar de Vélib' et d'Autolib'. D'après les inventeurs, Londres est intéressée, ainsi qu'une ville des États-Unis.

L'initiateur de ce projet est le navigateur breton Alain Thébault qui s'est battu durant plus de deux décennies pour faire aboutir l'idée de l'Hydroptère, cet hydroglisseur à voiles, imaginé avec Éric Tabarly. Le principe est connu : des « foils », sortes d'ailes plongeant dans l'eau, créent une force portante au-delà d'une certaine vitesse. Le navire, alors, se soulève, jusqu'à ce que la coque entière soit au-dessus de la surface. La résistance de l'eau chute et le bateau peut aller vite avec une consommation faible. Des hydroglisseurs à moteur existent depuis longtemps mais l'adaptation à un voilier a réclamé des années de mise au point et d'essais.

Une équipe de Dassault s'était jointe à l'étude, notamment Philippe Perrier, l'un des concepteurs du Rafale. En 2009, l'Hydroptère, qui a déjà atteint en pointe 100 km/h, fit tomber deux records de vitesse à la voile, avec 51,33 nœuds (95,06 km/h) sur 500 m et 50,17 nœuds (92,91 km/h) sur un mille nautique (1.852 m).

Gros comme une petite voiture, pouvant embarquer quatre personnes, un « Sea Bubble » flotte sur son carénage à basse vitesse mais se soulève dès que l'engin approche les 10 km/h, grâce à ses deux paires de foils, inclinés à 45° et mécaniquement réunis. On remarque deux hélices, à l'arrière. © Sea Bubbles

Les Sea Bubbles auraient une centaine de kilomètres d'autonomie

En compagnie d'Anders Bringdal (le windsurfeur qui a parcouru 500 m à plus de 50 nœuds, soit 92,60 km/h), Alain Thébault a changé de cap, et d'allure, avec ce projet de petit bateau électrique, que les quatre foils soulèvent dès que la vitesse dépasse 6 nœuds (environ 9 km/h). L'engin atteint alors facilement les 10 nœuds (18 km/h), la limite de vitesse sur la Seine à Paris, du moins à plus de 20 m de la rive. La dépense d'énergie devient faible puisque la surface mouillée est très réduite et, avec elle, la traînée (c'est-à-dire la résistance de l'eau). La motorisation électrique entraîne apparemment deux hélices, avec une autonomie annoncée de près de 100 km.

Derrière ce projet, on retrouve la même équipe de l'Hydroptère, notamment les « papés », comme Alain Thébault appelle les anciens ingénieurs de chez Dassault, à commencer par Philippe Perrier. Henri Seydoux, le patron de Parrot, fabricant de drones, est de la partie également. Les bulles flottantes deviendront-elles un nouveau moyen de transport pour les Parisiens ?