Dans son dernier rapport, l'Organisation des pays développés (OCDE) détaille les évolutions prévisibles pour 2030. Au menu : réchauffement, biodiversité en baisse, ressources en eau raréfiées et dégâts sur la santé causés par la pollution. Egratigner le PIB de 1 % pourrait résoudre nos problèmes, affirment ces experts.

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    L'Organisation de coopération et de développement économique (alias OCDEOCDE), qui regroupe les pays les plus riches de la planète, vient de produire un épais rapport, de quelque 500 pages, Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030. Sur le site de l'OCDE, une synthèse en français est téléchargeable gratuitement (au format PDF). Le sujet : le monde en 2030. La vision qu'elle décrit n'est pas spécialement riante mais le rapport ne verse pas non plus dans le catastrophisme puisque des corrections sont possibles.

    L'OCDE fait les comptes de la démographie et annonce 8,9 milliards d'hommes sur la Terre (contre 6,5 milliards aujourd'hui). Le rapport se penche sur l'évolution des économies mondiales. Par rapport au précédent travail publié en 2001, il isole un groupe particulier de pays, le Brésil, la Russie, l'Inde, l'Indonésie, la Chine et l'Afrique du Sud, réunis sous le vocable BRIIC ou BRIC. Ces nations croissent très vite, en démographie comme en puissance économique, et méritent d'être traitées à part des autres, pour lesquelles le rapport distingue les membres de l'OCDE du « reste du monde ». Selon l'étude, l'économie mondiale aura pratiquement doublé de volumevolume en 2030 par rapport à aujourd'hui (+ 99 %).

    Figure 1. Nombre de personnes vivant dans des zones en situation de stress hydrique en 2005 (barre supérieure) et en 2030 (barre inférieure) pour les pays de l'OCDE, pour ceux du groupe BRIC (voir le texte) et pour le reste du monde (RdM). La couleur indique l'intensité du manque d'eau, de fort (vert) à aucun (jaune). © OCDE

    Figure 1. Nombre de personnes vivant dans des zones en situation de stress hydrique en 2005 (barre supérieure) et en 2030 (barre inférieure) pour les pays de l'OCDE, pour ceux du groupe BRIC (voir le texte) et pour le reste du monde (RdM). La couleur indique l'intensité du manque d'eau, de fort (vert) à aucun (jaune). © OCDE

    L'eau risque de manquer à un milliard de personnes

    En croisant ces paramètres, l'étude établit des prévisions dans quatre domaines : le réchauffement climatique, la raréfaction des ressources en eau mais aussi la diminution de la biodiversité et les effets nocifs de la pollution. Si aucune action n'est entreprise, le rapport table, pour l'horizon 2050 (et non 2030) sur une augmentation de 37 à 52 % des gaz à effet de serre, aboutissant à un réchauffement de 1,7 à 2,4 °C.

    Concernant les ressources en eau, le rapport estime la situation vraiment alarmante (voir la figure 1). Sans mesure importante à prendre dans les prochaines années, plus d'un milliard de personnes de plus souffriront du manque d'eau en 2030, soit 3,9 milliards de Terriens, c'est-à-dire presque la moitié de l'Humanité.

    Figure 2 (cliquez pour agrandir). Nombre de décès prématurés  imputables à l'ozone dans les zones urbaines en 2000 (barres jaunes) et en 2030 (barres orange), pour les pays de l'OCDE (groupe du haut), du BRIC (milieu), du reste du monde (avant-dernière double barre) et pour le monde entier (dernière double barre). © OCDE

    Figure 2 (cliquez pour agrandir). Nombre de décès prématurés  imputables à l'ozone dans les zones urbaines en 2000 (barres jaunes) et en 2030 (barres orange), pour les pays de l'OCDE (groupe du haut), du BRIC (milieu), du reste du monde (avant-dernière double barre) et pour le monde entier (dernière double barre). © OCDE

    La biodiversité, sujet moins médiatique que le réchauffement, devrait poursuivre sa régression. Dans tous les pays du monde, l'essentiel de la diminution proviendrait de l'extension des surfaces agricoles, de 10 % selon le rapport, indispensable pour nourrir les bouches supplémentaires mais aussi pour produire des agrocarburantsagrocarburants.

    La pollution de l'airair et de l'eau n'est pas oubliée dans le rapport (alors qu'elle est bien souvent occultée par le réchauffement). « Le nombre de décès prématurés liés à l'ozone troposphérique quadruplera [voir la figure 3] et celui des décès prématurés liés aux particules fera plus que doubler » lit-on dans le rapport.

    Figure 3 (cliquez pour agrandir). Abondance moyenne des espèces vivantes et causes de leur disparition. Le graphe indique les valeurs de 2000 et estimées pour 2030 pour, de gauche à droite, les pays de l'OCDE, ceux du BRIC, ceux du reste du monde et pour le monde entier. Les couleurs représentent (de bas en haut), la biodiversté restante (en marron) et, pour le reste, les pertes liées à l'azote, aux infrastructures, au morcellement des terres, à l'exploitation forestière, au climat et à l'agriculture (part la plus importante).<br />© OCDE

    Figure 3 (cliquez pour agrandir). Abondance moyenne des espèces vivantes et causes de leur disparition. Le graphe indique les valeurs de 2000 et estimées pour 2030 pour, de gauche à droite, les pays de l'OCDE, ceux du BRIC, ceux du reste du monde et pour le monde entier. Les couleurs représentent (de bas en haut), la biodiversté restante (en marron) et, pour le reste, les pertes liées à l'azote, aux infrastructures, au morcellement des terres, à l'exploitation forestière, au climat et à l'agriculture (part la plus importante).
    © OCDE

    Pour quelques dollars de moins...

    Tout cela fait un peu froid dans le dosdos mais a au moins le mérite de poser les problèmes clairement et sans détour. De plus, l'étude se penche sur l'ampleur des moyens à mettre en œuvre pour enrayer ces évolutions et la conclusion est plutôt optimiste. Il suffirait d'une réduction très faible du PIB (produit intérieur brutproduit intérieur brut) pour obtenir un effet suffisant. D'après les experts de l'OCDE, les mesures à prendre coûteraient 1 % du PIB mondial en 2030, ce qui correspond à une baisse annuelleannuelle de 0,03 % à partir de 2008. Au lieu de gonfler de 99 %, l'économie mondiale n'augmenterait alors que de... 97 %.

    Plus concrètement, l'OCDE milite pour une suppression de toute subvention à l'utilisation de produits d'origine pétrolière (y compris les plastiquesplastiques, donc), pour une grande prudence vis-à-vis des agrocarburants et, surtout, pour une taxe carbonetaxe carbone élevée, incitant au développement de technologies et de comportements alternatifs.