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De Rio+0 à Rio+20, le développement veut devenir durable

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Du 20 au 22 juin 2012 se tiendra la conférence officielle de Rio sur le développement durable, après que les Journées de la société civile (les sandwiches days). Les premières discussions ont déjà commencé en coulisses et on sait que le débat sera difficile : « ça passe ou ça casse » a résumé sans ambages Sha Zukang, secrétaire général du sommet de Rio pour les Nations unies. Gestion de l'environnement, développement durable, accès à l'eau, économie verte : les questions se bousculent, un peu trop sans doute. Voici quelques clés de décryptage pour mieux comprendre ce qui va se passer à Rio.

Les dirigeants d'une centaine de pays se réunissent du mercredi 20 au vendredi 22 juin pour le sommet de la Terre baptisé Rio+20, afin de décider de mesures pour assurer une meilleure gestion des ressources de la planète. © Nations unies

Si l'on a baptisé Rio+20 la conférence sur le développement durable qui s'ouvre officiellement le 20 juin prochain, c'est pour marquer comme référence le sommet historique de juin 1992 à Rio de Janeiro. Cette année-là, ce « sommet de la Terre » accouche de plusieurs beaux bébés : la « Déclaration de Rio » et trois conventions concernant la diversité biologique, la désertification et le réchauffement climatique. Ces trois thèmes sont depuis lors des questions traitées à l'échelle internationale.

L'histoire des sommets de la Terre était toutefois déjà en gestation puisque le premier sommet a eu lieu en juin 1972 à Stockholm, en Suède. L'événement était fondateur : des gouvernements du monde entier se réunissaient pour discuter de mesures à prendre concernant ni plus ni moins que la gestion de la planète Terre. Sans doute une première dans l'histoire de l'humanité. En ce début des années 1970, la « protection de la nature » a fait son apparition dans le langage courant et, en France, le gouvernement comporte depuis 1971 un ministère chargé de cette fonction.

Entre 1972 et la fin des années 1980 se développe la prise de conscience des enjeux environnementaux. © Ministère de l'Écologie, du développement durable et de l'énergie

Après Stockholm : le PNUE et des objectifs à long terme

Lors de la conférence de Stockholm naît le PNUE, Programme des Nations unies pour l'environnement. Il concrétise l'idée que l'environnement est un bien collectif qu'il faut protéger, le PNUE coordonnant des actions internationales et aidant à les mettre en œuvre. Les idées auront du mal à entrer dans les faits. On comprend qu'il faudra du temps et on décide de se retrouver tous les 10 ans.

La réunion suivante aura donc lieu en 1982, à Nairobi, au Kenya. Mais de ce sommet à peu près avorté, on ne retiendra à peu près rien. L'acteur américain devenu président des États-Unis, Ronald Reagan, ne cherchera pas à jouer le premier rôle dans le casting et préfèrera envoyer sa fille.

Après 1992, les enjeux sont compris. Les premières mesures commencent timidement à s'inscrire dans les faits. En 2000 sont définis les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui donnent des priorités sociales et environnementales : lutte contre la pauvreté, droits des femmes, protection des espaces naturels, etc. © Ministère de l'Écologie, du développement durable et de l'énergie

Le monde est fini

En 1992, tout a changé. Depuis 1987, on commence à parler de « développement soutenable », expression remplacée ensuite par « développement durable ». L'ONU avait cette année-là organisé une Commission mondiale sur l'environnement et le développement, qui a rendu un rapport baptisé du nom de sa présidente, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland. Ce rapport Bruntland expose clairement l'idée que l'évolution de la démographie et des consommations individuelles (en énergie et en matières premières) conduit à une augmentation exponentielle des prélèvements sur la biosphère. La prise en compte d'un monde aux ressources non infinies était déjà évoquée dans les études menées par le Club de Rome depuis 1968, composé de scientifiques et d'industriels de nombreux pays. Leur rapport Les limites de la croissance paraît en 1972.

En 1987, Claude Lorius, qui a analysé l'air emprisonné dans les carottes de glace extraites en Antarctique, y découvre que le dioxyde de carbone a beaucoup augmenté durant les deux derniers siècles et explique dans la revue Nature que « la planète devrait sensiblement se réchauffer au cours du XXIe siècle, au risque d'affecter les ressources en eau, l'agriculture, la santé, la biodiversité et, d'une façon générale, les conditions de vie des humains... ». Le « réchauffement climatique » entre dans le débat public.

Avec une centaine de dirigeants mondiaux et 1.500 ONG, la réunion de 1992 à Rio est d'une ampleur considérablement plus grande que les deux précédents sommets. La convention-cadre sur le réchauffement climatique, créée à cette occasion, se réunira une fois par an et aboutira en 1997 au protocole de Kyoto, première série d'engagements pour contrer le réchauffement prévisible du climat. On ne peut pas parler de succès total. Le protocole de Kyoto ne rassemble pas tous les pays et y manquent en particulier les États-Unis et la Chine. Les propositions de l'Agenda 21, qui incitent à des actions locales, n'ont été que très partiellement suivies. Mais Rio 1992 a marqué et aujourd'hui, on parle de « Rio+20 » et non de « Stockholm+40 »...

La protection de l'environnement et le soutien au développement marquent un peu le pas, pour cause de crise économique. © Ministère de l'Écologie, du développement durable et de l'énergie

Les bonnes intentions face à la réalité du terrain

Le sommet de 2002, à Johannesburg, a du coup déçu, avec un niveau d'engagement jugé trop faible, au point de recevoir le qualificatif de « Rio-10 ». Qu'en sera-t-il de Rio 2012 ? Après le choc de l'échec de la réunion de Copenhague sur le réchauffement climatique, le pessimisme semble de mise chez les commentateurs, qui remarquent surtout ceux qui n'iront pas, comme David Cameron, Angela Merkel et Barack Obama. Le débat tournera semble-t-il beaucoup autour de la notion d'économie verte, qui, en gros, se décline selon deux visions, en particulier depuis le début des difficultés économiques en 2008. Pour faire simple, l'une, plus orientée vers l'économie, voit l'environnement comme une opportunité pour de nouveaux marchés, en même temps qu'elle tente d'évaluer le coût à prévoir s'il n'en est pas tenu compte. On en arrive ainsi à la notion de « service rendu par la nature », qui représente une valeur financière. Par exemple, si on dégrade trop des écosystèmes forestiers, l'eau sera alors moins retenue dans le sol, ruissellera, rechargera insuffisamment les nappes phréatiques et provoquera une érosion plus grande. Plus tournée vers la protection de l'environnement, l'autre approche, portée par de nombreuses ONG, pointe la financiarisation de la nature et le point de vue trop limité, et prône un changement de nos modèles économiques et politiques.

Ce débat ne sera sûrement pas tranché la semaine prochaine mais on parlera des actions à envisager, dans des domaines précis comme le maintien de la biodiversité, le développement des énergies renouvelables ou l'accès à l’eau potable. Du côté de la gouvernance, la France défendra l'idée d'une organisation mondiale de l'environnement, qui viendrait compléter l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et l'Organisation internationale du travail (OIT) ; une proposition initiée par Jacques Chirac, alors président de la République et soutenue par les gouvernements suivants. On mettra aussi sur la table la mise en œuvre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), définis jusqu'en 2015, et la préparation des objectifs ultérieurs.

Mais rien n'est sûr : le document final sur lequel porteront les discussions n'est pas encore bouclé ce vendredi. Le troisième round de la réunion préparatoire (Prepcom 3) se termine ce soir.

Nous reviendrons dans les prochains jours sur l'évolution de ces discussions et sur les enjeux...