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La pollution sonore affecte aussi les plantes !

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On savait que la pollution sonore, d'origine humaine, affectait certains animaux. Des scientifiques viennent de montrer qu'elle a aussi un effet sur les plantes, indirect mais réel. En l'occurrence, le bruit peut favoriser la pollinisation mais réduire la dispersion de certaines graines.

Le colibri, qui pratique le vol stationnaire, est un oiseau pollinisateur. © steveberardi, Flickr, cc by sa 2.0

C'est certain, les plantes n'ont pas d'oreille. Pourtant, il est bien possible qu'elles soient affectées par les nuisances sonores d'origine humaine. Mais pas directement. Les animaux qui interagissent avec les plantes peuvent subir une modification de leur comportement en réponse à ces bruits, ce qui entraîne une répercussion sur les plantes elles-mêmes.

Car les animaux, eux, ont des oreilles ou au moins un système auditif en général bien développé. Il a été démontré depuis longtemps maintenant que les nuisances sonores sous-marines ont un impact délétère sur de nombreuses espèces marines, particulièrement les mammifères qui communiquent grâce à l'émission de sons.

Effet indirect du bruit sur la pollinisation et la dispersion des graines

Hors de l'eau, les animaux sont également affectés par le bruit d'origine anthropique. C'est notamment le cas des oiseaux qui sont bien connus pour avoir une communication sonore très développée. Or certains d'entre eux, en interagissant avec les plantes, rendent de nombreux services écologiques : dispersion des graines, pollinisation... Des chercheurs américains ont montré que le bruit a un effet indirect sur ces services écologiques, et donc sur les populations des végétaux concernés.

Le geai buissonnier se nourrit, entre autres, de graines et de fruits. Il a tendance à fuir les endroits où la pollution sonore est trop présente. © Alan Vernon, Flickr, cc by 2.0

Deux oiseaux ont attiré l'attention des chercheurs : le colibri à gorge noire (Archilochus alexandri) et le geai buissonnier (Aphelocoma californica). Tandis que le premier est un pollinisateur, le second se nourrit de graines et il est friand de celles du pin à pignons, Pinus edulis, qui peuple notamment les écosystèmes arides du Nouveau-Mexique. Le bassin de San Juan, au nord-ouest de l'État, est abondamment perforé par plus de 20.000 puits qui extraient du gaz naturel et des hydrocarbures liquides du sol, produisant un ronronnement incessant dans toute la zone. C'est à cet endroit que les scientifiques ont mené leurs expériences.

Des services écologiques gratuits

Des études précédentes avaient montré que le colibri était plutôt attiré par les environnements bruyants alors que le geai avait tendance à s'en éloigner. Il est donc normal que dans ces environnements, la pollinisation par A. alexandri soit favorisée alors que la dissémination des graines par A. californica soit affaiblie. C'est en effet ce qu'ont observé les chercheurs, comme ils l'expliquent dans Proceedings of the Royal Society B.

La pollution sonore d'origine humaine a donc un effet indirect sur les services écologiques rendus par les animaux, comme la pollinisation ou la dispersion des végétaux, qu'il soit positif ou bien négatif. Dans le cas de la dissémination des graines, ces nuisances ont des répercussions sur la structure du paysage et sur les populations de certains arbres en particulier. Il s'agit pourtant d'un service écologique gratuit, sur lequel l'Homme semble prêt à faire une croix.