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Le point sur la pomme de terre OGM Amflora

ActualitéClassé sous :développement durable , OGM organisme génétiquement modifié , organisme transgénique

Après la décision de la Commission européenne d'autoriser la culture d'une pomme de terre transgénique, les réactions n'ont pas manqué. Principe de précaution, craintes des OGM, intérêt économique et recherche stratégique se mêlent, 12 ans après la dernière autorisation d'un OGM en Europe. BASF, son créateur assure qu'Amflora ne servira pas à l'alimentation humaine, mais la présence d'un gène de résistance aux antibiotiques attise les inquiétudes... Retour sur une pomme (de terre) de discorde.

La pomme de terre Amflora est le premier OGM autorisé par l'Union européenne depuis 12 ans. Mais les Etats membres ont le choix de l'accepter ou de la refuser. © Shelley & Dave CC by-nc

Le 2 mars, la Commission européenne autorisait la culture de la pomme de terre transgénique Amflora à destination de l'industrie et de l'alimentation animale. Elle laissait toutefois la décision d'accepter ou non cet OGM à chaque Etat membre. Actuellement, trois Etats (Belgique, Italie et Autriche) ont fait part de leur opposition à cette culture. La France, quant à elle, réserve son jugement en attente de l'avis de son Haut Conseil des Biotechnologies. D'autres pays « sont d'ores et déjà prêts à l'utiliser » selon les dires de BASF : l'Allemagne, les Pays-Bas, la République Tchèque et la Suède.

Un peu d’histoire...

En 1996 la firme allemande BASF, spécialisée dans l'industrie chimique et connue pour ses cassettes VHS, concevait une pomme de terre améliorée génétiquement. En janvier 2003, une procédure d'autorisation est entamée à la demande de BASF pour étudier l'absence de risque sanitaire et environnemental de cette variété dans le cadre d'une utilisation industrielle.

En 2005, BASF dépose une seconde demande d'autorisation, cette fois pour l'utilisation des produits dérivés de l'amidon dans l'alimentation animale. En 2008, face à la lenteur du processus d'approbation, BASF engage une action en justice contre la Commission européenne.

Finalement, après trois études de l'Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire (Efsa), les scientifiques de l'Efsa (40 sur 42) ont considéré que la pomme de terre Amflora à destination de l'industrie ne présentait pas de risque pour la santé humaine, la santé animale et l'environnement.

L'Efsa a notamment jugé que « lors de l'utilisation de plantes génétiquement modifiées (GM), il est peu probable que le transfert des deux gènes marqueurs de résistance aux antibiotiquesnptII et aadA à partir de plantes GM vers des bactéries engendre des effets indésirables sur la santé humaine et sur l'environnement. Les incertitudes dans cet avis scientifique sont dues aux limitations liées, entre autres, à l'échantillonnage et à la détection ainsi qu'aux défis posés par l'estimation des niveaux d'exposition et l'incapacité d'affecter les gènes de résistance transférables à une source définie ».

Les scientifiques ont en outre « conclu que les gènes de résistance aux antibiotiques nptII et aadA sont présents à des fréquences diverses dans différentes espèces ou souches de bactéries, et dans différents environnements ». En d'autres termes, inutile de crier au loup puisque celui-ci est déjà dans la bergerie...

La Commission européenne, se reposant sur l'avis de l'Efsa, a donc autorisé la culture de cette plante transgénique. Cependant, dans le souci d'accorder davantage de latitude aux Etats membres sur le sujet des OGM, elle leur a accordé la liberté d'accepter ou de refuser cette culture sur leur territoire.

La France, qui a marqué par le passé sa prudence vis-à-vis des OGM, a décidé de saisir son Haut Conseil des Biotechnologies (HCB) avant d'arrêter sa position. Elle souhaite cependant « qu'il n'y ait plus d'autorisation d'OGM sans le renforcement de l'expertise scientifique communautaire, en application des conclusions adoptées à l'unanimité par les Etats membres lors du Conseil européen des ministres de l'Environnement du 4 décembre 2008 ».

Si la pomme de terre a sauvé l’Irlande de la famine, c’est parce qu’elle stocke beaucoup d’énergie dans ses tubercules sous forme d’amidon. Cet amidon peut aussi être utilisé comme matière première pour l’industrie, mais sous une seule de ses formes présentes dans le tubercule. © Designwallah CC by-nc-nd

Pourquoi une telle patate ?

L'amidon, sucre complexe servant de réserve énergétique aux végétaux, est non seulement utilisé dans l'industrie agro-alimentaire, mais aussi dans d'autres industries. Cet amidon existe sous deux formes, l'amylopectine et l'amylose. La seconde constitue 6 à 28% de l'amidon suivant les espèces végétales mais elle doit être séparée de la première car seule l'amylopectine intéresse les industries du papier, du textile, des adhésifs et même du béton. Cet amidon rendrait le papier plus brillant, les textiles et le béton plus résistants aux outrages du temps.

L'intérêt d'Amflora est de produire presque exclusivement cette amylopectine, et ce en grande quantité. Son utilisation élimine donc l'étape de séparation des deux sortes d'amidon, une opération consommatrice d'eau, d'énergie et d'argent.

Le gène marqueur de résistance aux antibiotiques

La pomme de terre OGM de BASF contient un gène de résistance aux antibiotiques. L'une des craintes de ceux qui s'opposent à la culture de cette patate tient justement à ce gène, qui pourrait hypothétiquement passer dans un autre génome, une bactérie par exemple. Or, si cette bactérie est un pathogène pour le bétail ou l'homme, ce gène lui fournira une résistance malvenue aux traitements antibiotiques.

Mais pourquoi un tel gène est-il ajouté dans cette pomme de terre ? En fait, sa présence est seulement un reste du procédé de fabrication, un peu comme la trace du moule sur un objet en plastique. Créer un OGM, c'est insérer un gène étranger dans un génome. Pour s'assurer ensuite que l'insertion s'est bien déroulée et pour éliminer les organismes défectueux, on associe au gène ajouté un autre gène, dit marqueur, conférant une propriété qu'il sera facile de repérer.

Dans le cas d'Amflora, le gène utile, empêchant la production d'amylose, a été associé à un gène de résistance aux antibiotiques (nptII). Ainsi, il suffit d'exposer les plants obtenus à un antibiotique pour ne conserver que ceux qui possèdent le nouveau gène et qui sont donc devenus résistants.

Il existe des alternatives

Pour certains, cette méthode ne se justifie pas, notamment parce qu'il existe des alternatives pour produire de l'amylopectine à but industriel. Deux variétés de pomme de terre non OGM ont en effet été mises au point qui ne produisent que cette forme d'amidon. L'une a été conçue par l'allemand Europlant et l'autre par le danois Avebe. Dès lors, la question se pose : le risque est-il nécessaire ? Les avantages de la culture de l'Amflora dépassent-ils significativement les inconvénients réels ou potentiels par rapport aux autres alternatives ?

Pour Chantal Jouanno, la secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, la « position est très claire et elle n'a pas changé depuis le Grenelle de l'environnement : oui à la recherche et à l'expertise, non aux OGM qui nous sont imposés ».