Organisée par le Muséum National d’Histoire Naturelle et l'ONG Pro Natura, une expédition vient de partir ce premier novembre vers le Mozambique. Objectif : les hotspots de la biodiversité, des zones où les connaissances du monde vivant restent bien maigres. En 2010, une seconde expédition partira pour l'île voisine, Madagascar.

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    Un nudibranche marin, exemple des surprises de la biodiversité. © MNHN

    Un nudibranche marin, exemple des surprises de la biodiversité. © MNHN

    Si 1,8 million d'espèces ont été décrites, il en reste encore 8 à 30 millions inconnues selon les estimations des spécialistes. Malgré un rythme actuel de 160.000 espèces décrites par an, il faudrait 250 à 1.000 ans pour inventorier l'ensemble de la biodiversité !

    Une biodiversité que l'homme est en train de détruire en transformant son milieu plus rapidement en 50 ans qu'il ne l'a fait au cours de son existence. A tel point que certains n'hésitent pas à parler de sixième grande extinction d'espèces. Cette perte de biodiversité s'accompagne de la perte des services rendus par les écosystèmes : production de nourriture, de matièresmatières premières, d'énergieénergie, épuration des eaux, protection des sols...

    Cliquer pour agrandir. Espèces connues contre espèces inconnues. © Edit

    Cliquer pour agrandir. Espèces connues contre espèces inconnues. © Edit

    Cette dégradation pourrait aggraver famine et misère, et donc accroître encore les pressionspressions sur la biodiversité pour tenter de lutter contre ces fléaux, générant un cercle vicieux dramatique.

    A l'heure où les programmes de conservation peinent, il est urgent de découvrir, cataloguer et étudier la faune et la flore encore inconnues.

    Savoir, c’est pouvoir

    Avant tout plan de bataille, il y a le renseignement : connaître son ennemi, connaître le terrain. Il en est de même pour la biodiversité. Mieux comprendre la composition et le fonctionnement des écosystèmes, c'est pouvoir mieux les préserver et profiter plus longtemps des services qu'ils rendent aux sociétés.

    Après le voilier polaire Tara et La Boudeuse, c'est au Muséum National d’Histoire Naturelle, en association avec l'ONG Pro-Natura International de lancer deux expéditions naturalistes. Le programme La Planète Revisitée se consacrera au Mozambique et à Madagascar pour 2009-2010. La stratégie ? Cibler les hotspots de la biodiversité les plus menacés et les laissés-pour-compte.

    Cliquer pour agrandir - Carte des <em>hotspots</em> de la <em>Planète Revisitée</em> (en bleu). © MNHN

    Cliquer pour agrandir - Carte des hotspots de la Planète Revisitée (en bleu). © MNHN

    Les hotspots, ce sont ces lieux à la fois très riches en biodiversité et très menacés. Plus particulièrement les 11 hotspots les plus menacés, ceux dont il ne reste que 10% de la superficie originelle et dont les espèces endémiquesendémiques sont les plus susceptibles de disparaître.

    Quant aux laissés-pour-compte, ce sont les négligés des inventaires, ces espèces de petites tailles, et ces écosystèmes des fonds marins, difficilement accessibles ou peu visibles et pourtant essentiels aux écosystèmes. Alors, cap sur le Mozambique et Madagascar !

    Mozambique, la forêt qui n’existait pas

    A la fois hotspot et écorégion, les forêts côtières sèches d'Afrique de l'Est sont les parents pauvres des forêts. Souvent ignorées de l'opinion publique, elles ont régressé de 90% et sont très fragmentées. Ces milieux présentent une grande variété de paysages, allant d'un mélange de forêts sèches et humides à des mangrovesmangroves. Cette diversité conduit à de grande différences d'espèces et d'endémismeendémisme. Bizarrement, ce hotspot s'arrête aux frontières du Mozambique... simplement du fait du manque de connaissance.

    Or, ce qui est ignoré des hommes est ignoré des programmes de conservations. L'idée est donc de comprendre les spécificités de la forêt du Mozambique pour pouvoir l'intégrer dans ces programmes : sa richesse, son endémisme et son articulationarticulation avec les pays voisins, notamment Madagascar. Le Mozambique est-il la clef des colonisations successives de la grande île ? Et comment ?

    Plongée dans les eaux mystérieuse de Madagascar

    Voisine du Mozambique, séparée par le canal du même nom et le puissant Courant des Aiguilles, Madagascar renferme une énigme. Cette île est en effet à la marge de la province biogéographique de l'Océan Indien, elle est donc pauvre en espèces marines, mais les collectionneurs de coquillages vont de découverte en découverte. Pauvre en espèces apparemment, mais riche en endémisme. C'est le mystère de Madagascar.

    Les scientifiques ont donc décidé de prospecter à leur tour les côtes et mers de cette région manifestement si prolifique. L'étude des fonds du Canal du Mozambique, entre Madagascar et le Mozambique, approfondira les connaissances encore très faibles des écosystèmes qui sont menacés par la surpêchesurpêche et plus particulièrement le chalutage. Les chalutages profonds raseraient en effet chaque année une surface au fond des océans cent cinquante fois plus importante que celle détruite par la déforestationdéforestation !

    La Planète Revisitée s'inscrit dans le retour des grandes expéditions naturalistes débutées au milieu du XVIIIème siècle, mais cette fois-ci dans une course contre la montre des extinctions. Pour surmonter le handicap taxonomique, à savoir l'absence de moyens financiers, structurels, humains pour l'étude et la préservation de la biodiversité là où elle est la plus riche et la plus menacée, ce sont des programmes et des réseaux internationaux qui s'engagent. Désormais, les scientifiques sont armés de liaisons satellites et de lecteurs de code barres génétiquesgénétiques et ils se font épaulés par des spécialistes comme des plongeurs, des spéléologues ou des logisticiens. Arriveront-ils à abattre des siècles de travail avant que leurs tâches ne disparaissent ?