Une start-up américaine nous propose de déguster un plat de poulet frit produit sans qu’il n’y ait eu besoin de passer par l’abattoir. © adoproducciones, Pixabay, CC0 Public Domain

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Nous mangerons bientôt de la viande issue de cellules cultivées

ActualitéClassé sous :développement durable , cellule cultivée , élevage d’animaux

Depuis quelques mois, les images d'actes de cruauté commis dans les abattoirs se multiplient sur nos écrans. Quelque 10 % des Français envisageraient désormais de devenir végétariens, selon une étude Opinion Way menée en 2016. Sans oublier les dégâts écologiques qu'impliquent les élevages massifs. Une start-up américaine propose de balayer d'un revers de main ces questions épineuses en produisant de la viande à partir de cellules cultivées.

« Pourquoi nourrir puis abattre des animaux alors que nous pouvons produire de la viande de façon bien plus propre ? » C'est la question que posait il y a quelques mois, une start-up américaine basée près de San Francisco sur son site internet. Aujourd'hui, les responsables de Memphis Meat annoncent sur leur blog, avoir produit la première viande de poulet et de canard au monde à partir de cellules cultivées. Photo d'un morceau de poulet frit à l'appui !

La méthode de production de viande développée par Memphis Meat mobiliserait 90 % moins d'espace et d'eau que l'élevage traditionnel. Elle serait également beaucoup moins émettrice de gaz à effet de serre. L'ennui, c'est que pour l'instant, elle est également largement plus coûteuse : près de 20.000 euros le kilo, tout de même !

Avec le poulet frit, le canard à l’orange est l’un des premiers plats cuisinés issus de cellules cultivées. © Alpha, Wikipedia, CC by-SA 2,0

Une viande sans animal dans nos supermarchés en 2021

Pour arriver à leurs fins, les ingénieurs de la start-up américaine ont d'abord dû identifier, parmi des échantillons de cellules animales, celles qui seraient les plus susceptibles de se multiplier. Celles-ci ont ensuite été placées dans des bioréacteurs et nourries d'oxygène et de tous les nutriments nécessaires à leur développement. Ne restait alors plus qu'à faire preuve d'un peu de patience et ils ont pu en extraire une viande propre à la consommation humaine.

C'est en tout cas ce qu'ils avancent. Car avant de pouvoir commercialiser cette viande nouvelle génération, il faudra que le process soit validé par le législateur. Il faudra aussi que Memphis Meat passe du stade de la production de laboratoire à celui de la production de masse. Les responsables de la start-up américaine assurent être en mesure de franchir toutes ces étapes d'ici 2021 !

Pour en savoir plus

De la viande bovine à partir de cellules souches

Article de Jean-Luc Goudet, paru le 21/02/2012

« Il vaudrait mieux élever des cellules que des vaches » : c'est en substance ce qu'affirment des biologistes réunis au Canada. Dans quelques décennies, il faudra selon eux avoir trouvé une alternative aux élevages d'animaux, trop gros consommateurs de surface, d'eau et d'énergie.

Au dernier congrès de l'AAAS qui s'est tenu à Vancouver ce weekend, on a beaucoup parlé d'alimentation. Certains ont accusé les élevages de crevettes de détruire les mangroves. Mark Post est plus radical, lui voudrait à terme remplacer la viande par des tissus cellulaires cultivés au laboratoire.

Son laboratoire de l'université de Maastricht (Pays-Bas) l'a fait en partant de cellules souches extraites de bovins et les transformant en cellules musculaires. Le résultat n'est pas un tissu musculaire, mais une sorte de gelée. Mark Post promet tout de même un vrai steak au mois d'octobre, avec un coût de production... de 250.000 euros.

L'objectif de cette équipe n'est pas de faire progresser la science des cellules souches mais bel et bien d'explorer la piste d'une viande artificielle qui remplacerait un jour celle des animaux.

Le tissu musculaire laborieusement cultivé à l'université de Maastricht reste encore bien moins appétissant qu'une entrecôte de bœuf charolais. Mais les biologistes promettent de pouvoir faire mieux. © Mark Post

La viande artificielle, avenir de l'agriculture ?

L'idée n'est pas neuve et l'argumentaire est juste. Les élevages de bovins consomment de vastes surfaces agricoles et réclament beaucoup d'énergie. En comparaison, les cultures sont bien moins gourmandes. À l'échelle de l'humanité, une alimentation végétarienne serait bien plus économe en surfaces nécessaires, en consommation énergétique, en pollution et en émission de carbone. Avec 1 milliard de personnes sur la planète, l'alimentation carnée a peu d'effet sur l'environnement. Avec 7 milliards, c'est une autre affaire.

En Suède, à l'université de Chalmers, un colloque avait réuni en 2011 des spécialistes du sujet sur ce thème de la viande de culture. Dans un document publié pour l'occasion (Background information, cultured meat), quelques chiffres étaient proposés, impressionnants. Par rapport à l'élevage animal, la production de viande artificielle réduirait :

  • les besoins en énergie de 45 % ;
  • les émissions de gaz à effet de serre de 96 % ;
  • les superficies nécessaires de 99 % ;
  • la consommation d'eau de 96 %.

D'après les biologistes réunis à Vancouver, la production de viande devrait doubler d'ici à 2050 et il serait impératif de réduire l'impact des élevages sur l'environnement. De plus, la viande artificielle serait plus facile à contrôler et sa qualité serait constante. Les chercheurs affirment pouvoir à terme imiter les muscles de n'importe quel animal et on pourra peut-être un jour hésiter entre une cuisse de vautour et une entrecôte de koala.

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