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Madagascar : un nouveau succès de l’écotourisme récompensé à Rio

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L'écotourisme permettrait de préserver la nature tout en apportant des avantages économiques aux communautés locales. Ce concept n'a rien de théorique et fonctionne même très bien, comme en témoigne une nouvelle fois l'histoire de la communauté d'Anja, à Madagascar.

Les lémurs catta, animaux emblématiques du parc d'Anja, sont inscrits sur la liste rouge de l'UICN. La destruction de leurs habitats mettrait leur survie à mal. © Daniel Rubio, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

La communauté d'Anja, à Madagascar, vient de recevoir une récompense des Nations unies pour avoir réussi à sauver sa forêt et sa faune grâce à l'écotourisme, un exemple des promesses de l'économie verte qui sera à l'ordre du jour du sommet du développement durable à Rio.

Un bonnet vissé jusqu'aux yeux, Mamy affronte le vent et la pluie de l'automne austral, en montrant fièrement trois montagnes de granit grises collées les unes aux autres : la fierté de la communauté d'Anja. « C'est un endroit particulier » dit Mamy, né au village, et aujourd'hui guide dans ce parc naturel. « On va voir des lémuriens, des grottes, des tombes ancestrales, des caméléons, des oiseaux, des papillons et aussi des plantes médicinales », annonce-t-il.

Dans les montagnes, un dédale de couloirs dans la pierre. « Ici, vous voyez, ces cornes de zébus marquent l'entrée d'une tombe. » Un peu plus loin, le guide regarde en l'air. Des lémuriens blancs et noirs sautent d'arbre en arbre : « Ce sont des lémuriens Maki-Katta. Katta vient de l'anglais cat, car ils ressemblent à des chats ». Aujourd'hui, 300 lémuriens vivent dans le parc d'Anja. Il y a 20 ans, ils étaient sur le point de disparaître.

Au début des années 1990, la moitié des 13 hectares de la forêt d'Anja avait été coupée illégalement, avec des conséquences dramatiques : baisse des réserves d'eau, assèchement des rizières, ensablement des champs. Les lémuriens s'étaient enfuis et les rares qui restaient, parfois, étaient mangés par les villageois au bord de la famine.

La réserve naturelle d'Anja s'étend sur 30 hectares. Elle abrite trois montagnes de granit. © Andreea Camppeanu, AFP Photo

Écotourisme : des retombées économiques indéniables

Face au désastre, les habitants créent en 2001 une association, Anja Miray (« Communauté d'Anja »), regroupant six villages. Les Nations unies, avec diverses ONG internationales et malgaches, lui font un don d'environ 30.000 euros, dans le but de responsabiliser la communauté elle-même de l'intérêt économique de protéger son environnement. Onze ans plus tard, l'ONU vient de décerner à Anja Miray le prix Équateur, qui récompense 25 communautés dans le monde pour leur travail sur la protection de la biodiversité et la promotion de l'écotourisme.

Du 20 au 22 juin, des représentants d'Anja partiront recevoir leur prix à Rio de Janeiro, où près de 130 chefs d'État et de gouvernement seront réunis pour la Conférence des Nations unies sur le développement durable, 20 ans après le Sommet de la Terre. Ce sommet se donne pour objectif de favoriser l'émergence d'un nouveau modèle de développement, réconciliant croissance économique et préservation des ressources de la planète, tout en favorisant l'inclusion sociale.

Au village près d'un puits, Bruno plaisante avec quelques amis. Lui aussi est un natif d'Anja, et lui aussi est guide. Il emprunte un chemin en terre pour se rendre chez lui. Devant sa maison en briques, des enfants jouent. « Avant c'était une toute petite maison. Aujourd'hui nous avons de l'argent, grâce à l'association. Il y a plusieurs milliers de touristes qui viennent chaque année. Alors j'ai pu agrandir ma maison, construire un balcon. » Ces balcons, typiques de la région, sont la marque d'un certain statut social. « Maintenant presque tout le monde en a un ! », se félicite Bruno.

L'écotourisme rapporte à cette communauté de 2.500 habitants environ 30.000 euros par an. Grâce à l'argent du tourisme, l'association finance des patrouilles de surveillance du parc, le recensement des espèces qui y vivent, le reboisement de la forêt, mais aussi un système de protection sociale pour les handicapés et les personnes âgées. La communauté est aujourd'hui autosuffisante pour son alimentation.

Un cri d’alarme sera malgré tout lancé à Rio

Avant le départ de leurs représentants pour Rio pour recevoir leur prix, les habitants d'Anja ont organisé une fête avec une quarantaine de représentants de plus de 400 communautés locales de tout le pays. « Je ressens de la fierté pour cette communauté », dit Fatma Samoura, coordinatrice des Nations unies à Madagascar, qui était invitée.

Mais ce succès ne fera école que s'il existe une véritable volonté politique du gouvernement. « Aujourd'hui ces communautés, à travers la déclaration qu'elles vont faire à Rio, vont néanmoins lancer un cri d'alarme, en leur disant "écoutez, nous, nous avons pris l'option de ne pas être dépossédés de notre terroir, mais nous aimerions également que les autorités malgaches puissent vraiment nous aider à rester chez nous et à produire tout en sauvegardant la nature". »

Les délégués présents ce soir-là ont fondé un réseau dont le but est d'assurer à chaque communauté le même type de développement qu'à Anja. Parmi ces représentants, il y avait celui de la région de Didy, à l'est de la capitale malgache, dont le parc naturel est en ce moment même dévasté par des dizaines de milliers de mineurs. Depuis plusieurs mois, le parc naturel de Didy est le nouvel eldorado du saphir, à Madagascar.