Nous n'avons qu'une seule Terre, ici photographiée le 6 juillet 2015 par l'instrument Epic du satellite DSCOVR (Deep Space Climate Observatory), depuis une distance de 1,5 million de kilomètres. © Nasa, NOAA

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Jour du dépassement : la Terre vivrait « à crédit », qu’est-ce à dire ?

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Ce 8 août est le jour « du dépassement », l'« overshoot day » pour les anglophones. Cette date, théorique et symbolique, est annoncée chaque année par une ONG. La Terre ne vit vraiment pas « à crédit » à partir d'aujourd'hui mais le calcul est juste, la notion parlante et la comparaison avec les années précédentes utile.

Chaque année, l'ONG Global Footprint Network et le WWF annoncent, quelque part durant l'été, le « jour du dépassement ». En 2016, c'est aujourd'hui, le 8 août. Nous aurions consommé depuis le premier janvier tout ce que la Terre peut produire en un an et, en quelque sorte, nous vivrons à partir de demain, mardi 9 août, « à crédit », en empruntant aux générations futures.

La notion est frappante et l'annonce rencontre un bon succès médiatique. Même si le calcul semble théorique et que rien de visible ne se passera entre aujourd'hui et demain, il se base sur une analyse pertinente. Le principe (expliqué dans un document PDF, National Footprint Accounts’ underlying methodology) consiste à comparer l'offre de la nature et la demande des Hommes à l'échelle d'un pays, d'une ville, d'une région ou du monde, voire d'un de leurs habitants. La première colonne est celle de « biocapacité », qui totalise tout ce qu'une zone donnée peut produire : arbres, végétation, poissons, etc. La colonne « consommation » additionne tout ce que les Hommes réclament à la nature : le bois, les cultures, les poissons, l'absorption du gaz carbonique venant des transports ou de l'industrie... C'est l'empreinte écologique.

Les deux chiffres sont exprimés dans une même unité, la surface, estimée par la productivité mondiale moyenne annuelle d'un hectare pour chaque type de production, par exemple les terres cultivées. Il n'est donc question que de la production biologique et pas de l'exploitation de ressources non renouvelables naturellement, minerais ou énergies fossiles.

Le calcul de la biocapacité rapportée à l'empreinte écologique peut être fait à différentes échelles, par exemple par pays. Ici, on remarque qu'il faudrait 8,4 Corée du Sud pour subvenir aux besoins des Coréens du Sud. Mondialement, il faudrait 1,6 Terre pour répondre à la demande de l'humanité entière. © Global Footprint Network National Footprint Accounts 2016

Notre consommation est 1,64 fois la production de la Terre

En divisant la consommation par la production, on obtient un coefficient qui dit quelque chose de l'utilisation des ressources naturelles à l'échelle d'une année. Égal à 1, il indiquerait que nous consommons ce que les terres, les eaux douces et les mers produisent pour nous. Il est inférieur à 1 depuis 1970, affirme Global Footprint Network, s'étbalissant à moins de 0,61 pour l'année 2015. Une façon de présenter ce calcul est ce « jour du dépassement », obtenu en multipliant ce coefficient par 365. Résultat actuel : 221. Voilà donc le 221e jour présenté comme l'« overshoot day ». C'est le 8 août. En 221 jours, l'humanité a consommé ce que la Terre produit en 365.

C'est la comparaison d'une année sur l'autre qui est instructive. Cette date symbolique tombait le 13 août en 2015, le 19 août en 2014, le 22 août en 2012, le 10 octobre en 1990 et le 23 décembre en 1970, d'après les chiffres de l'ONG. Il y a quelques années, la mode était plutôt de compter en planètes. Avec un rapport de 0,61, il nous faudrait 1,64 planète comme la Terre pour assurer tous nos besoins d'une manière infiniment durable. Concrètement, sur notre Terre, il nous faut sans cesse défricher des forêts pour exploiter de nouvelles surfaces, améliorer la productivité des terres agricoles et augmenter l'effort de pêche.