L'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre : c'est le « Jour du dépassement ». Une des conséquences de notre surconsommation est la déforestation et, avec elle, la destruction d’habitats pour de nombreuses espèces, conduisant à une perte massive de biodiversité. © Daniel Beltrá 2013, Courtesy of Catherine Edelman Gallery, Chicago and the artist

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Jour du dépassement : l'humanité a déjà épuisé les ressources annuelles de la Terre

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Ce mercredi 2 août, nous voilà déjà arrivés à la « Journée du dépassement de la Terre ». Autrement dit, pour les cinq mois de l'année qui restent, l'humanité va surexploiter les ressources disponibles dans la nature. Nous les consommons donc plus vite qu'elles n'ont le temps de se régénérer en une année. Si nous poursuivons sur ce rythme, ce ne sera pas 1,7 planète Terre qu'il nous faudra mais 2, à l'horizon 2030.

  • Depuis la première « Journée du dépassement », fin décembre 1971, celle-ci a lieu de plus en plus tôt dans l'année. En 2017, c’est le 2 août.
  • Si toute l’humanité vivait comme des Américains ou des Australiens, il faudrait alors les ressources de 5 planètes Terre.
  • Les gaz à effet de serre représentent 60 % de l’empreinte écologique de l’humanité.

« Pour penser qu'une croissance illimitée est possible dans un monde limité, il faut être soit fou soit économiste », avait déclaré l'économiste Kenneth Boulding. En ce début du XXIe siècle, les Terriens vivent largement au-dessus de leurs moyens... écologiques. En effet, à partir de ce mercredi 2 août, l'humanité va consommer à crédit les ressources annuelles de la Terre. Sept mois seulement ont donc suffi pour épuiser tous les biens fournis et les services rendus en une année par les différents écosystèmes. À présent, et jusqu'à la fin de l'année, nous entrons dans une période de surexploitation. Nous dépassons les biocapicités de ce monde.

C'est le « Jour du dépassement » (Earth Overshoot Day, voir www.overshootday.org), attribué chaque année par le Global Footprint Network en compilant les données des Nations Unies. Sont donc évaluées les capacités de la nature à reconstituer, en un an, les ressources exploitées par l'Homme (pour se nourrir, boire, se chauffer, se laver et aussi voyager, se distraire, etc.) ainsi que l'absorption des gaz à effet de serre (GES) émis par les activités humaines (dioxyde de carbone, protoxyde d'azote, méthane...). Nous rejetons plus de ces GES que les écosystèmes ne peuvent en assimiler... Un surplus qui a pour conséquence un réchauffement global.

La première fois que c'est arrivé, c'était en 1971. Depuis, cette journée tombe de plus en plus tôt dans le calendrier : entre 1971 et 1976, c'était en décembre, entre 1976 et 1986 en novembre, et, depuis 2005, c'est en août (le 30 août en 2005, le 8 août en 2016)...

Classement du nombre de Terre nécessaires selon les modes de vie des habitants d’un pays. Par exemple, si tout le monde vivait comme les Australiens, il faudrait 5,2 planètes comme la nôtre. Retrouvez tous les graphiques et ressources concernant la « Journée du dépassement » sur le site de Global Footprint Network. © Global Footprint Network

Comment satisfaire les besoins de toute l'humanité ?

Selon les estimations de notre empreinte écologique, il faudrait donc, au rythme actuel, 1,7 Terre pour subvenir à nos besoins pour une année. Et cela, en tenant compte de la consommation de la population mondiale. Or, si tous les Terriens avaient le même mode de vie que les habitants de l'Australie ou des États-Unis, ce n'est pas 1,7 Planète bleue qu'il faudrait mais 5 (5,2 pour l'Australie) ! Si tout le monde avait le niveau de vie moyen des Français, c'est trois planètes Terre qui seraient alors nécessaires (idem pour le Royaume-Uni). En revanche, si nous vivions tous comme les Indiens, il faudrait 0,6 Terre.

Relativement aux ressources de chaque pays, il faudrait par exemple 1,7 France pour assouvir les besoins des Français. Le champion dans cette catégorie est la Corée du Sud : pour subvenir aux besoins de ses habitants, les ressources de 8,8 fois le pays seraient nécessaires. Le Japon vient ensuite dans ce classement avec 7,1 archipels nippons pour nourrir et satisfaire les besoins de tous les Japonais. Pour les Indiens, 2,4 fois l'Inde.

Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère.

Les auteurs de ce rapport soulignent que les émissions de CO2 comptent pour 60 % dans cette empreinte écologique. Aussi, « si nous réduisons les émissions de carbone de moitié, la Journée de dépassement de la Terre serait repoussée de 89 jours, soit presque trois mois ». Il ne nous faudrait plus alors 1,7 mais 1,2 Terre pour satisfaire les besoins de toute l'humanité. Néanmoins, si rien ne change et que la population mondiale continue de croître, il faudra, en 2030, les ressources de deux belles planètes comme la nôtre pour y faire face. Si, en revanche, nos efforts faisaient reculer cette date de 5 jours chaque année, nous pourrions revenir aux besoins d'une seule — l'unique — planète avant 2050, explique l'institut de recherches.

« Notre planète est limitée mais les possibilités humaines ne le sont pas. Vivre selon les moyens que nous accorde notre planète est technologiquement possible, financièrement bénéfique et notre seule chance pour un avenir prospère », a indiqué le président de Global Footprint Network. Espérons que l'année prochaine, la Journée du dépassement ne tombera pas en juillet.

Pour en savoir plus

En 2016, la Terre vivait « à crédit » à partir du 8 août

Article de Jean-Luc Goudet publié le 8 août 2016

Ce 8 août est le « Jour du dépassement », l'« overshoot day » pour les anglophones. Cette date, théorique et symbolique, est annoncée chaque année par une ONG. La Terre ne vit vraiment pas « à crédit » à partir d'aujourd'hui mais le calcul est juste, la notion parlante et la comparaison avec les années précédentes utile.

Chaque année, l'ONG Global Footprint Network et le WWF annoncent, quelque part durant l'été, le « Jour du dépassement ». En 2016, c'est aujourd'hui, le 8 août. Nous aurions consommé depuis le premier janvier tout ce que la Terre peut produire en un an et, en quelque sorte, nous vivrons à partir de demain, mardi 9 août, « à crédit », en empruntant aux générations futures.

La notion est frappante et l'annonce rencontre un bon succès médiatique. Même si le calcul semble théorique et que rien de visible ne se passera entre aujourd'hui et demain, il se base sur une analyse pertinente. Le principe (expliqué dans un document PDF, National Footprint Accounts’ underlying methodology) consiste à comparer l'offre de la nature et la demande des Hommes à l'échelle d'un pays, d'une ville, d'une région ou du monde, voire d'un de leurs habitants. La première colonne est celle de « biocapacité », qui totalise tout ce qu'une zone donnée peut produire : arbres, végétation, poissons, etc. La colonne « consommation » additionne tout ce que les Hommes réclament à la nature : le bois, les cultures, les poissons, l'absorption du gaz carbonique venant des transports ou de l'industrie... C'est l'empreinte écologique.

Les deux chiffres sont exprimés dans une même unité, la surface, estimée par la productivité mondiale moyenne annuelle d'un hectare pour chaque type de production, par exemple les terres cultivées. Il n'est donc question que de la production biologique et pas de l'exploitation de ressources non renouvelables naturellement, minerais ou énergies fossiles.

Le calcul de la biocapacité rapportée à l'empreinte écologique peut être fait à différentes échelles, par exemple par pays. Ici, on remarque qu'il faudrait 8,4 Corée du Sud pour subvenir aux besoins des Coréens du Sud. Mondialement, il faudrait 1,6 Terre pour répondre à la demande de l'humanité entière. © Global Footprint Network National Footprint Accounts 2016

Notre consommation est 1,64 fois la production de la Terre

En divisant la consommation par la production, on obtient un coefficient qui dit quelque chose de l'utilisation des ressources naturelles à l'échelle d'une année. Égal à 1, il indiquerait que nous consommons ce que les terres, les eaux douces et les mers produisent pour nous. Il est inférieur à 1 depuis 1970, affirme Global Footprint Network, s'étbalissant à moins de 0,61 pour l'année 2015. Une façon de présenter ce calcul est ce « Jour du dépassement », obtenu en multipliant ce coefficient par 365. Résultat actuel : 221. Voilà donc le 221e jour présenté comme l'« overshoot day ». C'est le 8 août. En 221 jours, l'humanité a consommé ce que la Terre produit en 365.

C'est la comparaison d'une année sur l'autre qui est instructive. Cette date symbolique tombait le 13 août en 2015, le 19 août en 2014, le 22 août en 2012, le 10 octobre en 1990 et le 23 décembre en 1970, d'après les chiffres de l'ONG. Il y a quelques années, la mode était plutôt de compter en planètes. Avec un rapport de 0,61, il nous faudrait 1,64 planète comme la Terre pour assurer tous nos besoins d'une manière infiniment durable. Concrètement, sur notre Terre, il nous faut sans cesse défricher des forêts pour exploiter de nouvelles surfaces, améliorer la productivité des terres agricoles et augmenter l'effort de pêche.