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Un eldorado pétrolier sous la Lorraine ?

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Par Bruno Scala, Futura

Selon un audit indépendant mandaté par la firme pétrolière Elixir Petroleum, le sous-sol lorrain serait un véritable eldorado, riche en hydrocarbures conventionnels et non conventionnels. De quoi relancer le débat sur l'extraction des gaz de schiste, récemment interdite en France.

Des quantités gigantesques de gaz de schiste seraient piégées sous la Lorraine. © ruhrfisch, Wikipédia, cc by sa 3.0

Ça tombe mal ! Alors que la fracturation hydraulique - la seule méthode permettant l'extraction d'hydrocarbures non conventionnels - vient d'être interdite en France (la loi date de juillet dernier), la compagnie pétrolière australienne Elixir Petroleum vient d'annoncer, via un audit indépendant, la présence sous le sol lorrain de 164,7 milliards de barils de pétrole de schiste et environ 18.397 milliards de mètres cubes de gaz de schiste.

En 2009, la société australienne acquiert le permis Moselle qui couvre une zone de 5.360 km². C'est le plus vaste site de prospection accordé en France, sur sol. Il s'étend sur quatre départements : la Moselle, les Vosges, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle (voir plan ci-dessous).

Dix pour cent des réserves mondiales de gaz de schiste

À l'époque, la fracturation hydraulique n'était pas encore interdite en France, et les compagnies pétrolières qui avaient obtenu des permis prévoyaient bien d'y avoir recours pour exploiter les terrains acquis. Elles ont depuis été contraintes de changer leur fusil d'épaule, comme en témoignent les rapports remis au gouvernement français le 12 septembre 2011. Les firmes pétrolières y affirment qu'elles ne procéderont à aucune fracturation hydraulique bien que nulle autre méthode ne soit pour l'instant connue.

La fracturation hydraulique est la seule technique connue pour extraire les gaz non conventionnels comme les gaz de schiste. Elle a été interdite en France en juillet 2011, soit plusieurs années après l'attribution des permis. © ide.fr

Pour évaluer la richesse du sous-sol lorrain, la compagnie pétrolière a fait appel à un auditeur indépendant, le texan Netherland, Sewell & Associates (NSAI). En se fondant sur les données géologiques et sismologiques de la région, les auditeurs ont conclu que la Lorraine était le nouveau Qatar français, une manne pétrolière qui, selon les estimations, contiendrait près de 10 % des réserves mondiales de gaz de schiste et environ 12 % de celles de pétrole de schiste. En outre, toujours selon l'audit, les terrains recèlent également du gaz et du pétrole conventionnels, à hauteur de 2,2 et 2,1 milliards de barils respectivement, sur lesquels Elixir Petroleum va maintenant se concentrer (précisant cependant que seule une faible portion sera exploitable).

Le lobby en route ?

Info ou intox ? Chez les experts français, on penche plutôt pour l'intox... Selon eux, si une telle quantité d'hydrocarbures était présente sous le sol français, elle n'aurait pas échappé à leurs observations et aurait été dénichée depuis longtemps. Les experts doutent donc de la bonne intention de ces déclarations. Selon eux, elles sont stratégiques ou spéculatives et auraient surtout pour objectif d'attirer des partenaires éventuels sur le terrain lorrain.

Le permis Moselle s'étend sur les 4 départements lorrains. © Elixir Petroleum

Quoi qu'il en soit, l'unique moyen d'en être sûr c'est d'aller vérifier, en forant. Un forage au coût exorbitant mais qu'Elixir ne devrait pas avoir de mal à financer puisque la perspective d'une très grande quantité d'or noir devrait attirer de nombreux partenaires. En outre, cette annonce extravagante apparaît également comme une tentative pour convaincre le gouvernement français de revoir sa législation. Dans son communiqué, le géant pétrolier ne s'en cache d'ailleurs qu'à moitié en affirmant que « si à un moment donné il y avait un changement dans la position politique sur la fracturation hydraulique, nous anticipons qu'Elixir sera bien préparé pour évaluer la valeur possible des ressources d'hydrocarbures » et d'ajouter qu'il « participe positivement aux discussions en France concernant la future exploration des ressources d'hydrocarbures non conventionnels et les circonstances adéquates dans lesquelles elle doit être réalisée ». Le lobbying est officiellement lancé...

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