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Le dioxyde de carbone fait pousser les forêts plus vite

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Les forêts de l'Est américain se portent bien. Elles n'ont même jamais poussé aussi vite depuis 250 ans. La cause de cette vitalité est... l'émission de CO2 qui augmente le taux de ce gaz dans l'atmosphère, élève la température et allonge la saison de croissance végétale. Cela pourrait avoir des conséquences écologiques, climatiques et économiques si cette observation était confirmée dans d'autres types de forêt.

Geoffrey Parker, ses collègues et une équipe de scientifiques citoyens ont marqué plus de 20.000 arbres au Smithsonian Environmental Research Center. Ces bandes de métal se détendent avec l’accroissement du diamètre des troncs, enregistrant ainsi leur croissance. © Serc

Depuis vingt ans, de curieuses bandes de métal décorées de rubans colorés ornent les arbres du Smithsonian Environmental Research Center (Serc). C'est en 1987 que Geoffrey Parker, écologiste forestier du Serc, a posé la première de ces bandes pour mesurer la croissance des troncs.

Plus de vingt ans de données sur la croissance d'arbres parfois âgés de 250 ans ont permis à Geoffrey Parker et à Sean McMahon, spécialiste du traitement de données, de déterminer l'évolution des taux de croissance des feuillues de la côte est-américaine.

Ces taux n'ont jamais été aussi rapides en 250 ans et, dans plus de 90% des cas, sont quatre fois supérieurs à ce que prédisaient les données recueillies jusqu'à présent. Actuellement, ces forêts fixent chaque année environ cinq tonnes de plus par hectare et par an.

L’écologiste forestier Geoffrey Parker en train de mesurer le diamètre d’un arbre près du Smithsonian Environmental Research Center. © Serc

Des arbres dopés au carbone

Or les forêts et leurs sols constituent le principal puits de carbone terrestre. Toute variation de leur croissance devrait avoir, selon les scientifiques, un impact significatif sur le fonctionnement météorologique, le climat, les cycles des nutriments et la biodiversité.

Par élimination, les chercheurs ont déduit que c'était le changement climatique qui provoquait cet effet « anabolisant ». Les augmentations du taux de CO2 atmosphérique de 12%, de température de 0,3°C et l'allongement de la saison de croissance végétale (de 7,8 jours) qui découle de ce réchauffement dopent les capacités photosynthétiques des arbres.

Cette croissance inattendue de la biomasse des forêts pourrait avoir, si elle est confirmée pour d'autres forêts, des répercussions sur les négociations climatiques. Les estimations des quantités de carbone fixées par les forêts devront donc être revues à la hausse, ce qui impactera éventuellement la valeur d'un hectare de forêt sur le marché du carbone.

Cependant, comme le font remarquer Geoffrey Parker et à Sean McMahon, cette croissance ne pourra pas continuer et devra se stabiliser, voire diminuer. Que se passera-t-il lorsque les arbres seront au maximum de leur capacité de fixation du CO2 ?