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Déforestation, assèchement : l’Afrique pousse un cri d’alarme

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Chaque année, l'Afrique perd quatre millions d'hectares de forêt, une régression plus de deux fois supérieure à celle connue en Amazonie, plus médiatisée. L'aridité, elle, progresse. Pourtant, les efforts réalisés ici ou là montrent des effets bénéfiques très nets. Pour faire le point et clairement montrer l'état des lieux, le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) vient de produire un atlas très explicite.

Atlas of Our Changing Environment. Crédit UNEP

Ce document de 400 pages a été présenté le 10 juin dernier par le Président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, à l'occasion de la Conférence Ministérielle Africaine de l'Environnement (CMAE).

Alors que l'attention était jusqu'ici retenue par les effets spectaculaires du réchauffement climatique, entre autres sur la baisse du niveau des eaux du lac Victoria ou l'assèchement du lac Tchad, le nouvel atlas met pour la première fois l'accent sur d'autres conséquences aussi visibles mais moins médiatisées jusqu'ici, photos satellites "avant" et "après" à l'appui.

Quasi-disparition du lac Tchad entre 1973 et 2001, vue par le satellite Landsat. Crédit Nasa

On peut citer comme exemples, entre autres :

En Ouganda, les glaciers des monts Rwenzori ont réduit leur volume de 50% entre 1987 et 2003.

  • Agriculture et collecte de bois de chauffage (abattages sans replantages) ont provoqué la disparition d'une grande partie de la forêt d'épineux du sud de Madagascar entre 1973 et 2003.
  • En République Démocratique du Congo, l'expansion des routes commencée en 1975 a été suivie de l'élargissement des corridors de déforestation. Aujourd'hui, de nouvelles routes, toujours plus nombreuses, favorisent la chasse à la viande de brousse et risquent de porter atteinte à la biodiversité.
  • Le maquis du nord du Cap, aussi dénommé fynbos ce qui signifie buisson fin en Afrikaans et représente plus de 6.000 espèces florales soit 80% de la variété végétale de la région dont de nombreuses plantes que l'on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde, disparaît. Activités agricoles et prolifération des banlieues depuis 1978 ont progressivement, mais rapidement remplacé ces écosystèmes par le béton ou la monoculture.
  • Dans l'ouest du Soudan, l'écosystème fragile des montagnes Djebel Marra ne résiste pas à l'afflux de réfugiés fuyant la sécheresse et les conflits du Darfour voisin.
La région montagneuse du Djebel Marra. Licence Commons

Dressé en collaboration avec de nombreux chercheurs et scientifiques d'Afrique et d'ailleurs, l'atlas met en évidence les effets de trente-six années d'expansion démographique, comme la croissance des villes remplaçant peu à peu la campagne verdoyante, l'empiètement régulier des exploitations agricoles sur les zones protégées, réduisant celles-ci, mais aussi la dérive des polluants au-delà des frontières des pays qui en sont responsables, la pression sur l'environnement provoquée par les camps de réfugiés, etc.

Des signes positifs, tout de même…

Un effort réel de gestion de l'environnement est néanmoins perceptible dans de nombreux cas, précisent les auteurs de l'atlas qui citent, entre autres :

  • Les mesures prises contre le surpâturage dans le parc national du Sidi Toui (sud de la Tunisie) a permis un spectaculaire rebond de l'écosystème naturel. L'oryx algazelle (Oryx dammah), en voie d'extinction, a ainsi pu y être réintroduit.
Oryx dammah. Licence Commons
  • Les inondations naturelles saisonnières des plaines Kafue en Zambie, capitales pour la fertilité des sols, ont pu être rétablies par une meilleure gestion du barrage Itezhi-tezhi.
  • Un effort politique a permis de réduire l'exploitation forestière du mont Kenya, dont les conséquences s'avéraient néfastes sur le captage de l'eau et la production d'hydroélectricité.
Vue satellite du barrage Itezhi-tezhi, successivement en juillet 2003 et juillet 2004. Une meilleure gestion des inondations saisonnières permet la réapparition des zones envahies par la végétation (en vert). 1: Lusaka, 2: Kafue town, 3: Kafue Gorge Dam, 4: Mazabuka et Nakambala Sugar Estates, 5: Blue Lagoon National Park, 6: Lochinvar National Park, 7: Chunga Lagoon, 8 Kasenga. Credit : Nasa/GSFC/LaRC/JPL, MISR Team

Achim Steiner, sous-secrétaire général des Nations Unies et directeur exécutif du PNUE, se réjouit de constater que dans les zones où la dégradation des terres a été contrée et où les zones naturellement humides reviennent, les arbres sont en nette augmentation. La revitalisation des terres effectuée dans la province de Tahoua, au Niger, a généré une augmentation de la densité arboricole dans un rapport de 1 à 10, voire 20 par rapport aux années 1970.

Les défis pour le futur

De nombreux pays africains, conscients du problème, ont considérablement augmenté le nombre de leurs zones protégées. On en compte maintenant plus de 3.000. Mais les grands soucis majeurs restent la perte des forêts, préoccupation principale de 35 pays comme la République Démocratique du Congo, le Malawi, le Nigeria et le Rwanda, ainsi que la perte de la biodiversité constatée essentiellement dans 34 pays comme l'Angola, l'Ethiopie, le Gabon et le Mali. La dégradation des terres préoccupe aussi de nombreux gouvernements, tels ceux du Cameroun, d'Erythrée et du Ghana.

Le résultat de ces actions et de la pression exercée par l'Homme sur l'environnement est à peine concevable. Lorsqu'on parle de déforestation, l'Amazonie est généralement citée en exemple avec la destruction de 1,7 million d'hectares de forêts par an. Pourtant, en Afrique, ce sont 4 millions d'hectares qui disparaissent chaque année dans l'indifférence générale. D'où l'utilité de cet atlas révélateur.

Si le prix de vente de cet atlas (150 dollars) peut décourager certains même s'il est justifié par sa qualité, il peut cependant être téléchargé gratuitement et intégralement (par chapitres, en français ou en anglais) sur le site du PNUE (Unep, en version anglaise) : Atlas of Our Changing Environment.