Il a fallu de l'insistance pour intégrer l'océan dans les négociations sur le climat à Paris dans le cadre de la COP 21. La goelette Tara, qui a sillonné les mers pour mener des études océanographiques sous presque toutes les latitudes, est actuellement en route pour Paris. Le temps de la conférence, elle sera amarrée au niveau du pont Alexandre III pour porter le message de l'océan, soutenue par tous les scientifiques qui apprécient le travail de l'équipe Tara Oceans. © Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

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COP 21 : pour Isabelle Autissier, l’océan doit être mieux pris en compte

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Entre réchauffement et acidification, l'océan mondial est concerné par le réchauffement du climat et il en est aussi un des rouages. Pourtant, il n'est qu'indirectement concerné par les discussions prévues initialement ; des acteurs de tous bords doivent se mobiliser pour intégrer 70 % de la planète dans les négociations. Présidente de de la branche française du WWF, Isabelle Autissier, qui est aussi navigatrice et marraine de Futura-Sciences, nous résume les enjeux et les combats actuels.

Quel est à votre avis le plus grand des dangers pour l’océan : la pêche pélagique, la pêche profonde, le chalutage, le plastique, le réchauffement ?

Isabelle Autissier : Le réchauffement climatique, sans doute, car il affecte profondément et durablement l'océan. Il conduit à l'acidification de l’eau et il touche différemment les espèces. On constate par exemple que le plancton migre vers les hautes latitudes de 470 km par décennie. L'impact est déjà important et on reviendra difficilement en arrière.

Peut-on espérer de la COP 21 qu’elle conduise à mieux protéger l’océan ?

La COP 21 ne conduira qu'à des engagements, on sait que ce n'est qu'une étape. Mais c'est un moment important. Plus l'accord sera fort, plus vite on pourra le décliner en actions concrètes. Ce que l'on doit faire d'abord, c'est lutter contre le réchauffement du climat. Au moins le limiter. C'est la première action puisqu'elle touche l'origine du problème. On peut aussi créer des zones refuges pour les espèces les plus menacées.

Nous pensons que la prise en compte de l'océan, qui fait partie de la machine climatique, doit être plus forte. Il fait déjà partie des études et des débats mais on peut faire mieux. La « Plateforme Océan et Climat » [qui regroupe de nombreux organismes et des associations, dont le WWF, NDLR] a demandé au Giec un rapport spécial sur l'océan, pour qu'il soit mieux pris en compte dans les négociations.

Que pensez-vous de la perception du public et des acteurs du marché sur les menaces pesant sur l’océan ? Qu’en est-il des campagnes contre la pêche profonde ou illégale ?

Le public se sent vraiment concerné. On sait qu'en Europe, 80 % des citoyens souhaitent devenir des consommateurs responsables. Encore faut-il leur offrir des champs d'action. Pour la consommation des produits de la mer, des actions ont été menées. Sur la pêche profonde, par exemple, nous travaillons bien avec Carrefour, mais c'est beaucoup plus conflictuel avec Intermarché. Les entreprises comprennent qu'il faut aller dans ce sens, tout simplement parce que la clientèle y est sensible.

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COP 21 : pourquoi lutter contre le réchauffement climatique ?  La limite des 2 °C a été fixée en 2009 lors du sommet de Copenhague, entre les états participants et la communauté scientifique. L’idée étant de limiter les dégâts du réchauffement climatique au maximum. Dunod a interviewé Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Giec, et Olivier Nouaillas, journaliste à l'hebdomadaire La Vie, à propos de leur livre traitant du sujet : Quel climat pour demain ?