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Le CO2 se délocalise aussi...

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La délocalisation de l'industrie s'accompagne d'une délocalisation des émissions de CO2. Deux chercheurs américains viennent de réattribuer à chaque pays la part des émissions dont il est responsable. Cette estimation chiffrée des responsabilités des pays développés pourrait influer sur les négociations internationales touchant à la lutte contre le changement climatique.

Les émissions de gaz à effet de serre des produits de consommation des pays développés sont délocalisées, à l’instar de leur production, dans les pays émergents. © Ulrich Thumult CC by-nc-sa

Le dioxyde de carbone relâché par la combustion des énergies fossiles est la principale cause du changement climatique. L'attention s'est donc fortement portée ces dernières années sur les émissions de CO2 des pays et donc leur responsabilité dans le réchauffement climatique.

Pourtant, avec la mondialisation, l'économie a massivement délocalisé sa production là où les coûts sont moindres. Cette délocalisation de la production s'est accompagnée, fort logiquement, d'une délocalisation de la consommation énergétique et donc des émissions de CO2. En d'autres termes, les pays industrialisés ont externalisé une partie de leurs émissions dans les pays émergents, et plus particulièrement la Chine.

Deux scientifiques américains de la Carnegie institution for Science se sont basés sur les chiffres du commerce international de 2004 pour évaluer la part des émissions de carbone qui était ainsi, en quelque sorte, exportée ou importée par les pays ou régions du monde. Leurs travaux ont été publiés dans les PNAS.

« Plutôt que de regarder les émissions de dioxyde de carbone uniquement selon ce qui est rejeté à l'intérieur des frontières, explique Ken Caldeiranous avons aussi étudié les quantités de dioxyde de carbone rejetées lors de la production des biens que nous consommons. »

Cliquer pour agrandir. La Chine est de loin le principal importateur d’émissions de CO2. Le sens des flèches de cette carte indique les responsabilités de ces émissions délocalisées. L’épaisseur des flèches est fonction de l’importance des émissions, tandis que les chiffres représentent le bilan net en millions de tonnes de carbone. © Steven Davis / Carnegie Institution for Science

Il faut rendre à César le carbone qui est à César

Selon leurs calculs, 23% des émissions des produits de consommation des pays développés (6,2 gigatonnes de CO2) sont exportés vers les pays en voie de développement. En Europe, près d'un tiers des émissions des produits de consommation de pays tels que la France et le Royaume-Uni sont ainsi externalisées. Cette valeur représente en 2004 plus de 4 tonnes de CO2 par Européen. Pour certains pays comme la Suisse, cette externalisation dépasse même les 50%. En revanche, le bilan net des Etats-Unis n'est que de 10,8%, soit 2,5 tonnes par habitant. En effet, ce pays est aussi un grand exportateur de produits de consommation et donc un importateur d'émissions de CO2.

Dès lors, comment accuser certains pays et leur demander de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre quand celles-ci sont dues à la consommation d'autres pays ? Pour Ken Caldeira, l'externalisation des émissions « pourrait être prise en considération lors de la définition des objectifs d'émission de ces pays, mais c'est une décision qui revient aux hommes politiques ».

De plus, comme le précise Steven Davis, « où les émissions de CO2 se produisent est sans importance pour le système climatique ». Le partage des responsabilités dans les émissions de CO2 pourrait faciliter la mise en place d'un accord international de lutte contre l'effet de serre. La reconnaissance de la responsabilité des consommateurs finaux pour une partie des émissions, où qu'elles se fassent, pourrait apporter davantage d'équité dans les discussions.