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La centrale nucléaire flottante russe en bonne voie

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L'Akademik Lomonosov, une centrale nucléaire installée sur une barge, est en cours de réalisation à Saint-Pétersbourg. Elle prendra la mer pour aller jusqu'au Kamchatka, où elle alimentera une ville entière pendant 38 ans.

Une image de synthèse avantageuse de l'Akademik Lomonosov ou d'une centrale nucléaire du même genre parmi les huit prévues, installée dans un port et alimentant les habitations des environs ou les industries locales. © sevmash.ru

Le 30 juin dernier, en grande pompe, le chantier naval de Saint-Pétersbourg mettait à l'eau une vaste barge de 144 mètres de longueur pour 30 de large. Construite par Rosatom, en chantier depuis mars 2009, la centrale nucléaire Akademik Lomonosov venait de commencer à faire parler d'elle.

À son bord, deux petits réacteurs KLT-40S pourront produire 70 mégawatts électriques, soit une puissance très modeste en comparaison des 500 à 1.500 mégawatts électriques des classiques réacteurs nucléaires à eau pressurisée (REP). Mais cette production suffit pour alimenter des milliers de foyers dans les « zones les plus isolées », comme l'ont expliqué les autorités russes. L'idée est aussi de faire fonctionner des usines de désalinisation de l'eau de mer. Ce sera le cas de l'Akademik Lomonosov lorsqu'elle sera installée à son poste de l'autre côté de la Russie, dans le port de Vilyuchinsk, sur la presqu'île du Kamtchatka dans l'océan Pacifique.

La réalisation de cette centrale est loin d'être terminée. Une fois tous les équipements en place, il faudra embarquer l'uranium à Mourmansk, ce port très au nord, en mer de Barents. La barge devra ensuite poursuivre sa route sur le Passage du Nord-Est, cette voie de communication par le nord de la Russie joignant les océans Atlantique et Pacifique. L'installation ne commencera à produire de l'électricité qu'à partir d'avril 2012. Elle devrait être exploitée durant 38 ans, en trois périodes de 12 ans de production continue, séparées par deux phases d'arrêt pour la maintenance et la recharge en uranium.

L'Akademik Lomonosov au moment de sa mise à l'eau, le 30 juin 2010. © RIA Novosti / Maxim Nichiporenko, Lola Saitmetova

De l'électricité pour les populations isolées

Initié en 2006, ce projet de centrales nucléaires flottantes en prévoit huit. Leur technologie est bien connue. Ces petits réacteurs servent à bord de sous-marins militaires mais aussi de brise-glace, des navires dont les Russes sont spécialistes. Le premier du genre, le Lenine, a pris la mer en 1957 (également à Saint-Pétersbourg, à l'époque Leningrad). Aujourd'hui, de tels bâtiments à propulsion nucléaire ouvrent la route à des navires commerciaux, installent et ravitaillent des expéditions scientifiques (comme le Rossiia qui vient d'acheminer à travers la banquise la station dérivante SP-38) ou même transportent des vacanciers jusqu'au pôle Nord.

L'idée elle-même n'est pas nouvelle : les États-Unis ont utilisé une centrale nucléaire flottante, baptisée MH-1A, installée sur un navire et qui a fonctionné de 1968 à 1975 pour l'armée, dans la région du canal de Panama.

Malgré cette expérience passée et le faible nombre d'accidents sur ces bâtiments à propulsion nucléaire, la mise en service de centrales flottantes a de quoi inquiéter si l'on imagine le pire, de l'attaque terroriste à l'explosion accidentelle à proximité immédiate d'une zone peuplée. Le recyclage après démantèlement des installations contaminées et des déchets radioactifs pose également question, la Russie n'ayant pas en la matière une réputation de gestion irréprochable. Depuis plusieurs années, de coûteuses opérations sont en cours pour démanteler des bâtiments à propulsion nucléaire, dont les 250 sous-marins militaires produits par l'URSS, et qui, pendant longtemps, ont simplement été stockés sans précautions particulières.

Les sept autres centrales flottantes du projet russe sont destinées à rester dans le pays et seront, comme l'Akademik Lomonosov, amarrées dans des régions isolées. Mais le projet prévoit aussi des centrales flottantes plus petites qu'il serait possible de mettre en œuvre sur un fleuve, pour alimenter des régions éloignées des côtes. D'autres pays semblent intéressés par ces générateurs d'électricité mobiles et la Russie pourrait trouver là un débouché économique pour valoriser sa longue expérience des propulseurs nucléaires...