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Les baobabs seront-ils sauvés par les produits dérivés ?

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Etonnant retournement : en forte régression pour cause, entre autres, de déforestation, le baobab commence à être replanté dans plusieurs pays d'Afrique pour produire des yaourts, des jus de fruits, des confitures ou même une boisson signée Pepsi. Sébastien Garnaud, un hyperpassionné du baobab, nous raconte cette étrange histoire.

Un baobab du Parc national de l'île de la Madeleine, au Sénégal. La protection dont jouit ce massif forestier a permis la croissance d'arbres exceptionnels. Celui-ci est des 68 présents sur l'île et doit son tronc trapu aux vents puissants qui soufflent sur l'île. © Sébastien Garnaud

Ses atouts devraient protéger le baobab des hommes et de la nature. Ce géant d'Afrique est gorgé d'humidité et donc ne brûle pas. Ses capacités de régénérations sont étonnantes : un arbre abattu peut renaître si un petit nombre de racines sont conservées ou même, simplement, si quelques branches sont enterrées, qui se transformeront alors en racines. Les Africains connaissent ses vertus depuis la nuit des temps et utilisent différentes parties pour la pharmacopée ou la cosmétique, dont les racines et les fruits, appelés pain de singe ou akoussa. L'arbre devient même une citerne, un grand baobab pouvant retenir jusqu'à 100.000 litres d'eau ! Le précieux liquide peut être récupéré dans son tronc, souvent naturellement creux, et les hommes savent agrandir cette cavité pour augmenter, sans détruire l'arbre, la capacité de ce réservoir. Les contes gravitant autour de lui sont innombrables, témoignant de l'admiration que cet arbre au port majestueux a toujours suscitée chez les hommes, qui en ont fait aussi un arbre à palabres.

Bref, on aime le baobab, il ne peut pas servir de bois de chauffage, l'arbre est précieux pour la médecine et sa vigueur est grande. Il a donc de nombreux atouts pour survivre encore longtemps. Pourtant, il se raréfie. Depuis des années, à Madagascar (qui abrite six espèces endémiques) et en Afrique (une espèce), les jeunes baobabs deviennent de moins en moins nombreux et ceux que l'on rencontre sont souvent rabougris. Pourquoi ?

Un arbre au port majestueux et au tronc imposant. On trouve 8 espèces de baobabs, à Madagascar, en Afrique, à Mayotte et en Australie. © Sébastien Garnaud

Le baobab mis à mal par les déforestations, les rizières et l'élevage

Sébastien Garnaud a une série d'explications. Ce scientifique, inconditionnel du baobab, s'est voué à la cause de l'arbre et travaille dans plusieurs pays d'Afrique et dans les Dom-Tom pour étudier et sauvegarder ce précieux géant. Il a créé une association, Inecoba (Institut pour l'étude et la conservation du baobab), et son site rassemble toutes les informations sur cet arbre. Sébastien Garnaud a également consacré un grand dossier sur le baobab dans Futura-Sciences.

Les déforestations sont une cause importante, explique-t-il, du recul des baobabs en Afrique. Mais il en est d'autres. « Avec l'extension des rizières, certains arbres ont souvent les pieds dans l'eau. Ce n'est pas grave pendant la saison des pluies mais en étant noyés ainsi toute l'année, ces grands baobabs finissent par pourrir. Il arrive souvent qu'on coupe les arbustes (de type acacias) sous les grands arbres, enlevant ainsi toute chance aux jeunes pousses de se développer en étant protégées durant leurs premiers mois de croissance. De même, les pâturages détruisent les jeunes plants. » Dans plusieurs pays, comme au Sénégal, les éleveurs, pour nourrir le bétail, coupent les feuilles des arbres qui, de ce fait, n'ont pas le temps de terminer leur cycle végétatif. C'est donc dans les premières années de l'arbre que les dangers sont les plus nombreux. « Mais en Afrique du Sud, les éléphants provoquent beaucoup de dégâts sur les individus de grande taille. »

Une cause aggravante, peut-être, est la méconnaissance qui pèse sur le baobab. « Beaucoup affirment encore que c'est un herbacé, s'étonne Sébastien Garnaud, alors que c'est complètement faux. C'est bel et bien un arbre (de la famille des bombacées, comme le fromager), qui produit du bois et dont le tronc porte des cernes très facilement visibles sur les sujets récemment coupés ou tombés à terre. » Sur l'âge que peut atteindre le baobab, les fantasmes vont bon train aussi. On parle volontiers, comme, récemment encore dans un documentaire diffusé sur France 5, de 4.000 voire 5.000 ans. Le spécialiste et fondateur d'Inecoba dément formellement. « C'est farfelu. On connaît un cas avéré d'un individu de 1.500 ans, en Namibie. On pense que le maximum doit être d'environ 2.000 ans et des études scientifiques sont actuellement en cours. »

Le baobab est un géant humide. Son bois est gorgé d'eau, que l'on peut récupérer. L'arbre est donc un très mauvais bois de chauffage, ce qui le sauve souvent de la machette. © Sébastien Garnaud

« On commence à replanter des baobabs »

Malmené par les hommes, le baobab risque-t-il de disparaître ? Pas sûr. Car les espèces du genre Adansonia (le botaniste Michel Adanson a le premier décrit les baobabs au XVIIIe siècle) suscitent de nouveau l'intérêt et pour une bonne cause : les bienfaits de son fruit et plus précisément de sa pulpe.

A l'intérieur du pain de singe, les nombreuses graines sont entourées d'une pulpe sèche, et même farineuse. Elle est riche en vitamines B1, B2, E et C (bien plus que l'orange) et contient également beaucoup de calcium (deux fois plus que le lait). On peut la consommer directement, comme le font les humains et les singes qui côtoient les baobabs. On peut aussi l'utiliser pour différentes préparations, ce qui intéresse désormais l'industrie agroalimentaire. La pulpe a obtenu l'agrément Nouvel aliment (Novel food) en 2008 au sein de la Communauté européenne, après la démarche de l'association PhytoTrade Africa. Cet agrément ne concerne à ce jour que le baobab d'Afrique (Adansonia digitata). Fin juillet 2009, la FDA (Food and Drug Administration, Etats-Unis) a accordé ce statut à la pulpe produite par la société Baobab Fruit Company Senegal.

Le fruit du pain, l'akossa, ou pain de singe, est empli de graines et d'une pulpe sèche, riche en vitamines et en calcium. Celui-ci n'est pas encore parvenu à maturité. © Sébastien Garnaud

Les produits à base de pulpe commencent à se multiplier et à trouver des débouchés bien au-delà de l'Afrique. On trouve des confitures, bien sûr, mais aussi des chocolats, des bonbons, des jus de fruit et (inévitablement) des yaourts, tandis qu'au Japon vient d'apparaître un Pespi Baobab. En Italie, ces produits connaissent aujourd'hui un bon succès, alors que les Français semblent pour l'instant dubitatifs. Le site d'Inecoba recense ces nouveaux produits dérivés, qui vont peut être changer le destin de l'arbre.

En amont en effet, ce regain d'intérêt se traduit par une réelle protection de cet arbre. « On commence à replanter des baobabs » se réjouit Sébastien Garnaud. De plus, souligne-t-il, il s'agit d'une espèce endémique et l'on ne fait que replanter des arbres qui poussent déjà à cet endroit depuis des lustres. La situation n'a donc rien à voir avec, par exemple, celle du palmier à huile, planté à grande échelle à la place de  forêts primaires que l'on a au préalable entièrement détruites, avec comme objectif de fabriquer des chips, des viennoiseries sous cellophane, de la pâte à tartiner hypercalorique ou des agrocarburants. Au Sénégal, le pain de singe commence ainsi à devenir une source de revenus pour des villages.

Un nouveau marché semble s'ouvrir et, pour une fois, il semble pouvoir conduire à une reconstruction d'écosystèmes et d'économie locale, le tout pour des produits alimentaires qui semblent plutôt bons pour la santé. Ne boudons donc pas le pain de singe...