La Terre photographiée le 6 juillet 2015 par l'instrument Epic du satellite DSCOVR (Deep Space Climate Observatory) à une distance de 1,5 million de kilomètres. © Nasa, NOAA

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Après ce 13 août 2015, « Jour du dépassement », la Terre vit à crédit

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Par Jean-Luc Goudet, Futura

Comme chaque année, une ONG calcule le « Jour du dépassement », date théorique et symbolique à laquelle l'humanité a consommé les ressources biologiques produites par la planète en une année calendaire. Le calcul ne peut être parfait mais l'évolution de son résultat au fil des années est édifiante.

Ce jeudi 13 août 2015, l'humanité a consommé les ressources produites par la biosphère depuis le premier janvier. Autrement dit, en quelque sorte, nous vivons à crédit à partir d'aujourd'hui si l'on prend l'économie comme point de comparaison, domaine où cette notion théorique connaît un certain succès.

Cette échéance est calculée chaque année par l'ONG Global Footprint Network qui compare la production biologique à la consommation qu'en font les humains sur une période d'un an. Le calcul ne prend donc pas en compte la consommation des matières premières fossiles. La méthode, mais sans les chiffres, est donnée succinctement sur leur site Web. Une description complète a été publiée dans la revue Ecological Indicators (cliquer sur ce lien pour visualiser le document PDF, en anglais).

L'empreinte écologique par pays en 2011. En vert, les régions où la production naturelle dépasse la consommation (de 0-50 % à plus de 150 %). En rouge, les pays où la situation est inverse. © Global Footprint Network

Le Jour du dépassement : un indice de l'empreinte écologique

Côté positif du bilan, l'organisation additionne, pays par pays, toutes les ressources venues de la nature et exploitées par l'Homme, sous forme de production de matière organique : l'agriculture, les forêts, les zones humides, les populations de poissons des zones exploitées, etc. Côté négatif : tout ce que l'humanité consomme, c'est-à-dire « l'empreinte ». Les deux valeurs sont exprimées en surface, en intégrant cette offre et cette demande dans la notion d' « hectare global », qui représente la productivité moyenne d'un hectare à l'échelle mondiale.

En divisant la seconde par la première, on obtient un indice valable pour l'année considérée. Il indique si, sur cette période, l'humanité a consommé plus ou moins que ce que la nature a produit. Pour qu'il soit plus parlant, on le multiplie par 365, ce qui donne ce « jour du dépassement ». Avec un indice de 1 (le cas où nous consommerions tout ce qui est produit et pas plus), on obtiendrait donc le 31 décembre. Avec un indice inférieur à 1 (la consommation dépasse la production), le résultat est une date antérieure.

Dans les années 1970, affirme le communiqué du WWF Suisse (partenaire de Global Footprint Network), cette date tombait en décembre. Depuis, ce jour remonte progressivement le calendrier et a atteint le 22 août en 2012, le 19 août en 2014 et le 13 août en 2015. Plus que le jour précis, basé sur une méthode que l'on peut toujours contester, c'est la progression de cette date qui est à considérer. Elle montre qu'au prix de la déforestation et de la surexploitation des ressources marines, nous consommons actuellement davantage que ce que peut produire la nature. Une autre manière de le dire est de compter en « planètes ». Nous sommes le 225e jour de l'année et 225/365 = 0,62. Notre consommation actuelle, pour l'année 2015, correspond donc à la production de 1/0,62 fois celle de notre planète, soit 1,6 Terre.

Ces calculs ne sont pas nouveaux et reviennent régulièrement. Mais ils viennent nous rappeler qu'il faudra bien donner du sens au mot « durable »...

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