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Les algues vertes suspectées dans la mort d'un homme

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Après la mort d'un cheval en juillet et l'évanouissement de son cavalier, le décès d'un ouvrier, qui venait de manipuler des caisses d'algues en décomposition, semble suspect et pourrait être dû, là encore, aux émanations d'hydrogène sulfuré. Une enquête vient d'être ouverte.

Un dépôt massif d'algues (Ulva armoricana, une des deux coupables) en Bretagne, dans le Finistère. © Licence Commons

A la fin du mois de juillet, un chauffeur de camion de 48 ans, qui travaillait à l'usine de compostage de Launay-Lantic (Côtes d'Armor), est décédé, semble-t-il d'une crise cardiaque. Mais la mort semble aujourd'hui suspecte à un élu et à trois associations.

« Le salarié sortait de l'usine après avoir manipulé son troisième caisson d'algues vertes de la journée et, moins de 10 minutes après, il a fait un malaise et a eu un accident avec son camion », a expliqué à l'AFP Thierry Burlot, président du syndicat mixte de traitement des ordures ménagères de la commune de Lantic et élu PS à la région Bretagne.

La suspicion est liée à un grave incident survenu fin juillet sur la plage de Saint-Michel-en-Grève, dans le même département. Un cavalier avait été découvert évanoui au milieu d'un énorme dépôt d'algues vertes (des ulves, ou laitue de mer) en décomposition, au niveau d'une petit cours d'eau arrivant à la mer. Il tirait son cheval par la bride quand l'animal s'est brusquement enfoncé jusqu'au cou dans une masse d'algues et de vase. L'homme a voulu le dégager mais a été pris d'un malaise avant d'être secouru par un ouvrier qui, justement, venait ramasser les algues.

Ces algues, en effet, dégagent de fortes quantités d'hydrogène sulfuré (H2S), qui peuvent rester emprisonnées dans des poches et se libérer brutalement. Ce gaz est toxique et même mortel à fortes doses, ce qui peut être le cas au sein de ces masses d'algues accumulées sur les côtes. Le phénomène est connu. On lui impute déjà la mort de deux chiens. Cité par le Télégramme de Brest, le docteur Pierre Philippe, médecin urgentiste à l'hôpital de Lannion, pense que ce cas est similaire à celui dont il a eu connaissance il y a dix ans. Un homme, ramassant des algues dans la baie de Plestin-les-Grèves (Côtes d'Armor), était tombé dans le coma.

Face à la polémique, le procureur de Saint-Brieuc, Gérard Zaug, a confié une enquête préliminaire à la gendarmerie qui devra déterminer si le décès de cet homme peut être imputé à l'inhalation des gaz dégagés par les ulves en putréfaction.

L'Etat commence à prendre l'affaire au sérieux. Après l'affaire de Saint-Michel-en-Grève, le ministère de l'Ecologie avait demandé un rapport à l'Institut national de l’environnement industriel et des risques, lequel a confirmé l'existence d'un risque grave pour les personnes. Le premier ministre, François Fillon, avait reconnu que les algues vertes amassées sur les plages « étaient hautement toxiques » et qu'il fallait « protéger les salariés ».

Pluie de plaintes

L'ambiance se fait électrique en Bretagne. Le phénomène des marées vertes date maintenant de plusieurs décennies. Depuis longtemps, des associations et des élus se désolent de l'envahissement des côtes par des algues venues de la mer, déposées par la marée, et dont la prolifération est due aux énormes quantités de nitrates déversées dans la mer et provenant de l'agriculture (à cause des engrais) et de l'élevage (à cause du lisier).

En 2007, le tribunal de Rennes avait jugé l'Etat coupable de négligence dans la lutte contre la prolifération d'algues sur le littoral breton et de carences « dans la mise en œuvre des réglementations nationale et européenne », le condamnant à verser 2.000 euros à l'association Eau et rivières de Bretagne.

L'Etat a fait appel mais Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie, vient de confier au journal Libération qu'elle est « plutôt favorable au retrait de cet appel, sous réserve que cela ne relance pas un contentieux européen ». Le 3 septembre, le tribunal de Guingamp a reçu 323 plaintes semblables, déposées par des particuliers et des associations et visant la préfecture, c'est-à-dire l'Etat.

En attendant, c'est l'urgence et, au mois d'août déjà, François Fillon avait annoncé que l'Etat prendrait à sa charge le nettoyage des plages. Une mission interministérielle devrait plancher sur un plan d'action, qui sera proposé d'ici à trois mois. On parle déjà de ramassage en mer plutôt que sur les grèves et les premières opérations sont promises pour le printemps prochain. Bien sûr, cette action en bout de chaîne ne résout pas le problème mais le gouvernement a aussi promis d'intervenir auprès des agriculteurs. Le Grenelle de l'environnement, d'ailleurs, préconisait déjà une réduction de 40% des intrants organiques.