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Algues vertes : les pratiques agricoles à nouveau pointées du doigt

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Certaines baies bretonnes subissent chaque année les conséquences d'importantes proliférations d'algues, des ulves. Un nouveau rapport confirme l'origine terrigène et anthropique des pollutions causant l'apparition des marées vertes. Certaines pratiques agricoles et d'élevage, comme l'épandage excessif de nitrates, sont à nouveau mises en cause.

La couche d'ulves, ou laitues de mer, laissée sur les plages peut parfois atteindre plusieurs dizaines de centimètres d'épaisseur. Le coût de cette pollution (préjudices, ramassage, etc.) aurait franchi le cap du milliard d'euros en 2011 depuis une trentaine d'années. © Thesupermat, Wikimedia commons, CC by-sa 2.5

L'histoire se répète chaque année à la même période. Dès l'arrivée des beaux jours, d'impressionnantes quantités d'algues vertes, des ulves, viennent s'échouer sur des plages bretonnes, principalement au fond de huit baies dites « fermées ». Leur décomposition produit un liquide noirâtre et malodorant particulièrement répulsif pour les autochtones et les touristes. De nombreuses communes doivent ainsi nettoyer leurs plages très régulièrement. Les conséquences de ces marées vertes ne sont donc pas qu'environnementales, elles sont aussi économiques.

Dans un précédent rapport d'étude, l'agriculture intensive a été désignée en grande partie responsable de ce phénomène, notamment en raison des quantités parfois astronomiques d'engrais épandus sur les champs et qui terminent leur course dans les cours d'eau puis en mer. Le flux d’azote au sein des 23 bassins versants concernés est estimé à 75.000 t par an ! Ce travail a été utilisé par l'État pour définir un plan d'action de lutte gouvernemental courant de 2010 à 2015. Sans doute inquiétés par les mesures envisagées, des agriculteurs ont remis en cause les arguments scientifiques sur lesquels reposent les actions planifiées.

La réalisation d'une nouvelle étude a été confiée au Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) et au Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER). Le rapport de cette mission a été dévoilé ce 23 mai 2012. Les fondations du plan de lutte se voient confirmées, au grand dam des agriculteurs dont certaines pratiques sont à nouveau mises en cause.

Lors de leur décomposition, les algues vertes produisent du sulfure d'hydrogène, un gaz potentiellement dangereux pour l'Homme et qui aurait déjà causé la mort d'un cheval et de sangliers. © Daniel Saint Horant, Fotolia

Quatre-vingt dix pour cent de l’azote liés à des activités agricoles

Aucun facteur physique (hydrodynamique, lumière, température, etc.), biologique ou écologique (présence d'espèces invasives, perturbation suite à une marée noire, etc.) n'est accusé. Seuls les apports d'azote et de phosphate aux milieux marins, qui ont fortement augmenté à partir des années 1960 et 1970, peuvent expliquer les efflorescences algales sur les côtes bretonnes. Leurs concentrations seraient d'ailleurs importantes au niveau des sites propices au développement des ulves. L'analyse des sources de cette pollution est sans appel : elles sont, selon le rapport, d'origines « terrigènes et anthropiques ».

Que peut-on faire pour limiter cette pollution ? Pas grand-chose contre le phosphate. En effet, les rejets excessifs de ce composé ont littéralement saturé les sédiments. Même si les flux provenant du milieu terrestre s'arrêtaient, les fonds marins continueraient à libérer du phosphate durant des années. Il faut donc se concentrer sur les nitrates. Or, près de 90 % de l'azote aboutissant en mer serait d'origine agricole, contre 50 à 60 % pour le phosphate. Selon le rapport, relu par trois experts de renommée internationale, « la réduction des apports d'azotes liés aux activités agricoles et d'élevage reste l'objectif le plus pertinent pour limiter la prolifération des algues vertes ».

Il devient donc urgent de réfléchir à de nouveaux modes de fertilisation privilégiant notamment des sources d'azote à diffusion lente ou d'autres solutions agronomiques plus en accord avec les concepts suivis par l'agriculture intégrée.