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Alerte : un épisode de pollution de l'air se produit dans toute la France

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La France connaît actuellement un épisode de pollution national. Grandes agglomérations comme villes moyennes sont concernées par une importante concentration de particules en suspension (PM10) dans l'air. Cette situation devrait perdurer ces prochains jours, sauf à Toulouse où la qualité de l'air s'améliore depuis que le vent d'autan s'est levé. Explication sur cet événement exceptionnel.

En raison des conditions cycloniques, diverses régions de France sont polluées aux particules en suspension (PM 10). Sur cette carte, le jaune équivaut à une concentration de 50 µg/m3 (le seuil d'information) et les teintes orangées délimitent les secteurs à plus de 80 µg/m3 (le seuil d'alerte). © Prev'air, www.prevair.org

Depuis le week-end dernier, les épisodes de pollution aux particules en suspension, les PM10, se multiplient sur presque toute la France. Le seuil d'alerte est déclenché lorsqu'une concentration de 80 µg/m3 d'air de PM10 est détectée. À ce jour, la qualité de l’air est particulièrement mauvaise dans toutes les grandes agglomérations de France (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux...) mais également dans les régions Centre, Bretagne et Rhône-Alpes. Dans le bassin lyonnais et grenoblois, l'alerte a été déclenchée dès le 3 décembre 2013, où on a mesuré des maxima de 89 µg/m3 durant plus de 24 heures.

L'indice de qualité de l'air est évalué quotidiennement à partir de la mesure de la concentration des principaux polluants, l'ozone troposphérique (O3), le dioxyde d'azote (NO2), le dioxyde de soufre (SO2) et les particules en suspension (PM10), dont le diamètre est inférieur à 10 µm. Ces dernières sont souvent qualifiées de particules fines, mais le terme est désuet. En météorologie, on parle plutôt de particules fines pour les poussières au diamètre inférieur à 2,5 µm, les PM2.5. Globalement, ces particules solides sont émises de façon naturelle par l'érosion éolienne, la combustion de matière organique (feux de forêts, végétation...) ou les éruptions volcaniques. Bien sûr, les activités humaines en émettent également, notamment à travers le chauffage (bois), la combustion des énergies fossiles, les centrales thermiques ou autres activités industrielles.

Les nuages du Puys-de-Dôme sont piégés dans la couche d'inversion. Juste au dessus, l'air est moins chaud et dense. © Fabien1309, Wikipédia, cc by sa 2.0

L’anticyclone produit une couche d’inversion de température

Cette semaine, en France, des conditions anticycloniques se sont imposées sur le territoire. Un anticyclone est une zone de haute pression, où le mouvement vertical de l'air est descendant et lent. Cette subsidence augmente la pression de l'air au sol, apporte un air sec et du beau temps. En hiver, de telles conditions météorologiques peuvent conduire à un phénomène d'inversion de température. En l'absence de nuages, la nuit, l'énergie thermique accumulée par la Terre est émise vers l'espace. La température de l’air au sol chute, et l'air froid devient si dense qu'il forme une couche, piégée sous l'air plus chaud et donc moins dense.

En montagne, ce phénomène d'inversion de température est amplifié. En effet, l'air froid et dense s'écoule dans les vallées, et la température en altitude grimpe. Le 10 décembre 2013 par exemple, on enregistrait dans l'agglomération grenobloise une température de -3,6 °C à 9h30 du matin, tandis que le domaine de Chamrousse, station de ski à 1.800 m d'altitude, le thermomètre affichait déjà 9,9 °C.

Un couvercle de pollution

La couche d'inversion agit tel un couvercle. L'air a une stabilité extrême qui inhibe tout mélange vertical. Les polluants émis à la surface de la Terre sont alors piégés dans cette couche. Aujourd'hui, c'est précisément ce qu'il se produit dans presque tout le territoire français. La couche d'inversion piège les particules en suspension. L'alerte ne concerne pas l'ozone troposphérique, car la chaleur agit comme un précurseur de la réaction photochimique qui le forme. Les concentrations de dioxyde d’azote sont élevées, mais n'ont pas encore dépassé le seuil d'alerte.

Les particules en suspension sont nocives pour l'Homme. Elles peuvent être inhalées par un individu, et pénétrer dans les voies respiratoires. Les PM 2.5 sont suffisamment fines pour atteindre les alvéoles et entraînent des maladies pulmonaires. Asthme, bronchites, cancer du poumon... bon nombres de maladies peuvent se développer. Durant ce type d'épisode de pollution, il faut éviter toute activité sportive et veiller à ne pas aggraver les effets de cette pollution sur les voies respiratoires : ralentir la consommation de tabac pour les fumeurs, éviter les solvants... Les conditions anticycloniques devraient perdurer ces prochains jours, c'est à prendre au sérieux, mais il y a de quoi relativiser lorsque l'on sait qu'en octobre dernier, durant le smog d’Harbin en Chine, la concentration de PM 10 était de 869 µg/m3 d'air.