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Une vérité qui dérange : le coût du réchauffement climatique

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Jean Etienne, Futura

Alors que les effets du réchauffement climatique mondial deviennent de plus en plus évidents, qu'une quasi-unanimité de scientifiques distribuent leurs avertissements, que les organisations écologiques dispensent leurs conseils pour une meilleure gestion de l'énergie, l'attentisme continue à régner parmi les dirigeants des nations les plus polluantes de la planète. La réaction de Tony Blair, premier ministre britannique, marquera-t-elle le début d'une prise de conscience salutaire à grande échelle ?

La Terre, vue depuis Apollo 17

Le rapport commandé par Tony Blair et son chancelier de l'Echiquier (Ministre des Finances) Gordon Brown, est accablant pour l'avenir de notre civilisation. Selon cette expertise préparée par l'économiste Sir Nicholas Stern, le réchauffement climatiquese répercutera sur l'économie mondiale avec un pouvoir dévastateur supérieur à celui provoqué par les deux guerres mondiales réunies ou la crise de 1929 si rien n'est fait pour l'endiguer.

Lors de la présentation officielle de ce document, M. Blair a qualifié les preuves du réchauffement d'"accablantes", affirmant que si rien n'est fait, les conséquences des émissions des gaz à effet de serre, principaux responsables de la situation, coûteraient de 5 à 25% du PIB mondial (produit intérieur brut), tandis qu'une politique de réduction coûterait environ 1% de ce même PIB, à condition que l'ensemble des pays industrialisés accepte de l'appliquer.

Cette affirmation est bien entendu dirigée contre les non-signataires du traité de Kyoto, à savoir l'Australie et surtout les Etats-Unis. Car si l'Australie ne joue qu'un rôle secondaire en matière d'émission de gaz (1,5 % de l'émission mondiale), il en est tout autrement des Etats-Unis, principal pollueur mondial (24,3 %), dont l'ex-Président Clinton avait tout d'abord accepté de signer le protocole d'intention, avant le refus de ratification définitive par le Président George W. Bush.

Pays signataires du traité de Kyoto.
Vert: signé et ratifié.
Jaune: signé et ratification en attente.
Rouge: signé et refus de ratification.
Gris: pas de position.

Ce traité de Kyoto, signé à l'origine par 31 pays industrialisés, prévoyait une diminution des gaz à effet de serre de 5% entre 1990 et 2012. Suivant l'ONU, la Grande-Bretagne est un des rares pays à avoir accompli un effort réel, alors que l'ensemble des autres pays concernés, aujourd'hui porté au nombre de 41, échoue spectaculairement en progressant de 2,4% en moyenne rien qu'entre 2000 et 2004.

Augmentation de l'émission des gaz à effet de serre entre 1990 et 2005 (plus mauvais élèves):

Canada : 24 %
Espagne : 42 %
États-Unis : 13 %
Japon : 18 %
Irlande : 26 %
Grèce : 26 %
Portugal : 37 %

Mais le rapport Stern aura eu aussi une conséquence inattendue, symbolisant bien la prise de conscience envers ce problème, qui pourrait devenir le plus préoccupant du siècle qui s'amorce. Le successeur potentiel de Tony Blair au poste de Premier Ministre, Gordon Brown, a annoncé que l'ancien Vice-président américain et candidat évincé à la Maison-Blanche Al Gore, ardent et dynamique défenseur de l'environnement, avait été désigné comme conseiller sur les questions écologiques auprès du gouvernement britannique.

"Une vérité qui dérange"

Conscientiser l'humanité et la convaincre de sauver sa propre planète, Al Gore en a fait une affaire personnelle. Depuis plus de vingt ans, l'homme consulte les plus grands chercheurs et les plus éminents scientifiques, à l'affût de renseignements, de statistiques mais aussi de solutions potentielles afin de protéger l'homme contre ses propres excès et leurs conséquences catastrophiques.

Selon ses propres paroles, son action, qui ressemble à une véritable croisade, est née en 1999 lorsque, après l'échec de sa candidature à la Présidence des Etats-Unis, il a perdu son fils Paul, âgé de six ans, dans un accident de voiture, puis sa propre soeur, décédée d'un cancer du poumon. Il réalise alors la fragilité de la vie et l'importance qu'ont les hommes de la protéger. "Le réchauffement climatique est moins une question politique qu'une question morale", affirme-t-il sans ambages.

Ses concitoyens, mais aussi nombre de scientifiques ainsi que des firmes privées comme Apple lui apportent alors son aide tant matérielle que financière pour mettre une présentation au point. De salles de conférences en universités, il parcourt alors le monde, donnant plus d'un millier de représentations qui finissent par intéresser des producteurs qui n'ont aucun mal à le convaincre d'en faire un film permettant d'augmenter considérablement son auditoire.

Al Gore présentant sa conférence (image extraite du film "Une vérité qui dérange")

Ce film, justement intitulé "Une vérité qui dérange", remarquablement documenté, convainc le spectateur qu'il ne connaissait en réalité rien au réchauffement climatique. Transformant estimations et prédictions en chiffres parfaitement compréhensibles à tout public, il rendrait n'importe qui groggy s'il ne persuadait pas son auditoire que les solutions existent et restent accessibles à tous: placement d'ampoules économiques, éviter la gabegie d'éclairages publics nocturnes inutiles, gonflage correct des pneus permettant une économie appréciable de carburant, éteindre les appareils électriques en "veilleuse", laisser sa voiture au garage... bref, une démonstration efficace que la catastrophe est tout sauf inéluctable.

Cette conférence et ce film qui en a été tiré ont-ils une part de responsabilité dans la prise de conscience qui s'amorce en ce moment même à partir du gouvernement britannique ? C'est probable. Espérons qu'elle fera école.

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