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Réchauffement planétaire : un rapport à faire froid dans le dos

ActualitéClassé sous :climatologie , GIEC , Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

Les experts mondiaux du Giec, qui se sont réunis à Paris, viennent de rendre leur rapport. Verdict : la réalité du réchauffement global et la responsabilité des activités humaines ne font plus guère de doute. Pour les décennies à venir, les prédictions se précisent et apparaissent plutôt pessimistes.

Leur dernier rapport datait de 2001 et montrait déjà des tendances lourdes et préoccupantes. Il y a quelques semaines, des fuites annonçaient que le prochain, publié aujourd'hui, serait franchement alarmiste. Ces informations étaient, hélas, bonnes...

Les quatre cents experts mondiaux du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, en anglais IPCC, Intergovernmental Panel on Climate Change) viennent de clore une réunion d'une semaine à Paris qui a servi à faire le bilan des recherches internationales. A cette occasion, ils ont rendu public ce rapport tant attendu, issu du Groupe de travail I, batptisé The Physical Science Basis.

Les conclusions peuvent se résumer en quelques points :
- le réchauffement global est une réalité mesurable et significative, et s'est fortement accentué depuis les dernières décennies ;
- l'origine de ce phénomène est plus que probablement (on parle de quasi-certitude) à chercher dans les activités humaines, en particulier l'usage de combustibles fossiles, la déforestation et les activités agricoles ;
- l'effet sera durable : si l'on arrêtait toute activité humaine demain, il faudrait plusieurs siècles pour que l'atmosphère retrouve sa composition de 1750.

Le rapport donne bien d'autres précisions, synthétisées ici. Sur le site du Giec, on peut en trouver deux synthèses destinées aux responsables politiques, l'une détaillée mais dépourvue de graphiques, l'autre mieux illustrée mais plus succincte.

Evolution de la température moyenne de l'atmosphère depuis 1860, en unité arbitraire. La ligne horizontale représente la température moyenne entre 1961 et 1990. Crédit : Giec

Le dioxyde de carbone

En 1750, le taux de gaz carbonique, ou dioxyde de carbone (CO2) était de 280 ppm (parties par millions, en nombre de molécules). Il était de 379 ppm en 2005. Cette augmentation représente un rythme très supérieur à celui des variations naturelles : durant les 650 000 dernières années (d'après les données recueillies dans les carottes glaciaires), le taux de gaz carbonique dans l'atmosphère terrestre a varié entre 180 et 300 ppm.

L'augmentation... augmente. Entre 1960 (début du suivi continu) et 2005, l'accroissement annuel moyen du taux de gaz carbonique a été de 1,4 ppm par an mais il a été de 1,9 ppm par an entre 1995 et 2005.

Le méthane

De l'ère préindustrielle à aujourd'hui, la concentration de méthane (CH4) dans l'atmosphère est passée de 715 ppb (parties par milliard) à 1 732 ppb au début des années 1990 puis à 1 774 ppb in 2005. Durant les 650 000 dernières années, les variations naturelles de ce gaz l'ont fait osciller entre 320 et 790 ppb.

L'augmentation de concentration de ce gaz 24 fois plus efficace sur l'effet de serre que le dioxyde de carbone est essentiellement dû à l'agriculture et à l'usage des combustibles fossiles.

L'oxyde d'azote

Du 18ème siècle au début du 21ème, l'oxyde d'azote (NO2) a grimpé dans l'atmosphère de 270 ppb (parties par milliard) à 319 ppb in 2005. Contrairement au gaz carbonique et au méthane, le taux d'augmentation reste à peu près constant depuis les années 1980. Les émissions proviennent essentiellement de l'agriculture.

Effet de serre

Le forçage climatique causé par l'activité humaine (bilan des effets augmentant la température et de ceux la diminuant, car il y en a aussi) est estimé entre 0,6 et 1,6 W/m2 depuis 1750. C'est l'énergie supplémentaire reçue par le sol et l'atmosphère.

A elle seule, l'augmentation dans l'atmosphère des gaz à effet de serre induit un forçage de + 2,30 +/- 0,23 W/m2. C'est la plus forte croissance depuis 10 000 ans. L'effet du gaz carbonique a crû de 20 % entre 1995 to 2005, soit davantage que durant les 200 dernières années.

Augmentation de température dans le passé

Durant le vingtième siècle, la température moyenne de l'atmosphère terrestre a augmenté de 0,6 +/- 0,2 °C, soit 0,15° C de plus qu'une précédente estimation pour une période se terminant en 1994. Cette différence montre clairement que la tendance au réchauffement s'est accentuée entre les années 1990 et aujourd'hui.

Le volume des calottes glaciaires et des glaciers s'est réduit partout sur la planète.

L'océan s'est réchauffé au moins jusqu'à 3 000 mètres de profondeur. Sa dilatation a fait monter le niveau de la mer de 10 à 20 centimètres durant le vingtième siècle, et de 1,8 mm par an entre 1961 et 2003.

Températures à venir : + 1,8 à 4 °C en 2100

Jusqu'à 2100, selon les différents scénarios retenus, la température devrait augmenter de 1,8°C à 4°C. Cette chaleur supplémentaire est autant d'énergie injectée dans l'atmosphère, qui réagira, disent les experts, par des précipitations et des cyclones plus nombreux et plus violents.

Niveau de la mer : 18 à 59 centimètres plus haut en 2100

Dans le rapport publié en 2001, la fourchette indiquait 8 à 88 centimètres. Les valeurs se sont donc précisées mais le rapport souligne que la fonte de glaciers de l'Antarctique et du Groenland sont mal connus et que l'élévation pourrait être plus forte. Dans le journal Libération, le climatologue français Jean Jouzel explique qu'une « élévation moyenne de 40 cm du niveau des océan signifierait que 200 millions de personnes doivent quitter leur foyer et leur lieu de vie ».