L’étude des évolutions de la NAO dans le passé peut aider à prévoir les hivers européens à venir. © Aphelleon, Shutterstock

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Mille années de climat reconstituées pour prévoir nos hivers futurs

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L'hiver 2017-2018 s'annonce froid. Pourra-t-on prévoir plusieurs mois à l'avance ce genre de situation à l'échelle d'une région comme l'Europe ? Peut-être. En 2015, des chercheurs avaient proposé une analyse basée sur l'étude de mille annnées de variations de la NAO (ou Oscillation nord-Atlantique) qui pourrait permettre de prédire les hivers à venir en Europe.

Article paru le 6/7/2015

De nombreux travaux sont en cours pour prévoir l'Oscillation nord-Atlantique (NAO), d'une saison à l'autre. Ces variations de circulation de l'air autour de l'océan Atlantique nord impactent le climat de l’hémisphère nord, et plus particulièrement de l'Europe, en hiver. Prévoir la NAO permettrait donc d'anticiper les conditions climatiques hivernales de l'Europe (précipitations, températures...). Mais pour évaluer la possibilité d'une prévision de la NAO sur une dizaine d'années, il est essentiel d'étudier sa variabilité passée à plus long terme (millénaire).

Bien renseignées depuis le début du 19e siècle, les variations de la NAO ne peuvent qu'être estimées à partir de mesures indirectes sur la période du dernier millénaire. Une première étude suggérait que, pendant la période médiévale, la NAO était bloquée en phase positive : c'est-à-dire que la différence de pression atmosphérique entre les Açores et l'Islande était toujours plus forte que la moyenne.

Quand la NAO est ainsi en phase positive, les tempêtes hivernales sont dirigées vers le centre et le nord de l'Europe, où les hivers sont alors doux et humides, tandis que les hivers du sud de l'Europe et du Groenland sont plus froids et secs. Cette anomalie de la circulation atmosphérique était jusque-là proposée comme une explication des conditions climatiques douces de l'Europe centrale et de l'Europe du nord durant la période médiévale.

Une forte différence de pression entre l'anticyclone des Açores (A) et la dépression d'Islande (D) entraîne les tempêtes vers le Nord de l'Europe. C'est ce qui se passe lorsque la NAO est en phase positive. © Pablo Ortega
Une forte différence de pression entre l'anticyclone des Açores (A) et la dépression d'Islande (D) entraîne les tempêtes vers le nord de l'Europe. C'est ce qui se passe lorsque la NAO est en phase positive. À l'inverse, quand la NAO est en phase négative, la différence de pression est moins importante et les tempêtes se dirigent plutôt vers le sud de l'Europe (en bas). © Pablo Ortega

La nouvelle approche utilisée montre l'effet du volcanisme

Dans une étude publiée dans la revue Nature le 2 juillet, les chercheurs du LSCE (CEA/CNRS/UVSQ) et de l'université de Bordeaux, associés à une collaboration internationale, ont construit une nouvelle estimation des variations de la NAO au cours du dernier millénaire, avec une résolution plus fine (année par année). Pour cela, ils ont pris en compte 48 enregistrements climatiques, issus d'archives naturelles autour de l'océan Atlantique. Ils ont également dû utiliser une nouvelle approche statistique, qui permet d'évaluer la fiabilité de leur estimation : en appliquant cette méthode à six simulations du climat du dernier millénaire, ils ont montré que la combinaison de différents enregistrements climatiques provenant de différentes régions (et en particulier l'utilisation des carottes de glace du Groenland) permet d'estimer de manière plus fiable la NAO.

La nouvelle estimation ne montre pas de NAO positive de manière persistante pendant la période médiévale, comme imaginé jusque-là, mais des phases positives prédominantes aux 13e et 14e siècles. Elle remet donc en cause l'hypothèse selon laquelle ce seul phénomène serait à l'origine des anomalies climatiques de la période médiévale.

Surtout, les climatologues identifient une réponse quasi-systématique de la NAO après les éruptions volcaniques majeures : deux ans après chacune des 11 éruptions les mieux connues du dernier millénaire, la NAO devient presque systématiquement positive. C'est un phénomène qui avait été observé après l'éruption du volcan Pinatubo, en 1991, et qui est donc confirmé sur un ensemble d'événements. Bien que ce mécanisme ne soit pas encore complètement compris, cela constitue une piste pour prévoir les conséquences d'une éruption volcanique majeure sur le climat européen en hiver.

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