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Les forêts tropicales absorbent davantage de CO2 qu'on ne le croyait

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Au chapitre des bonnes nouvelles, une étude internationale vient de démontrer que les forêts humides stockent plus de carbone qu'elles n'en libèrent. Elles absorberaient actuellement près d'un cinquième des émissions humaines de gaz carbonique.

Une forêt de République centrafricaine, à Bayanga. Quand la teneur atmosphérique en gaz carbonique augmente, ses arbres, obligeamment, transforment ce gaz à effet de serre en bois. © Richard Franco / Flickr - Licence Creative Common (by-nc-sa 2.0)

Chaque année, les êtres humains et leurs activités rejettent 32 milliards de tonnes de gaz carbonique (ou dioxyde de carbone), d'après les données du Giec. Pourtant, on n'en trouve que 15 milliards dans l'atmosphère, qui contribuent au réchauffement du climat. Que devient le reste ? Les scientifiques discutent toujours de la mécanique générale du cycle de carbone et certains de ses rouages sont encore bien mal connus. Après les océans, les forêts tropicales d'Afrique et d'Amérique (dans ce dernier cas, on parle de forêt néotropicale) jouent bien sûr un grand rôle, par leur étendue et leur activité biologique intense. Mais, quantitativement, la question de leur influence est toujours posée.

Quand un arbre pousse, il fabrique son bois en utilisant le gaz carbonique de l'air et stocke ainsi du carbone. Il respire et perd des feuilles ou des branches, donc renvoie rapidement une partie de ce carbone. Que se passe-t-il quand il est vieux ? Il pousse moins vite voire plus du tout. Et quand il meurt ? Il tombe et des milliards de bactéries, de champignons et d'insectes se chargent de croquer le bois mort, réexpédiant le carbone dans l'atmosphère. L'augmentation de la teneur atmosphérique en gaz carbonique due à l'activité humaine, qui favorise la croissance des végétaux, augmente-t-elle la capacité de stockage des arbres ?  Finalement, la forêt est-elle un puits de carbone ? Et si oui, de quelle taille ?

Manifestement, le problème se pose différemment selon la latitude.  Pour les régions au climat tempéré, une étude récente montrait même qu'un reboisement pourrait réchauffer l'atmosphère.

La réduction de la déforestation devient un enjeu déterminant

En 1998, une équipe avait montré que la forêt amazonienne amassait davantage de carbone qu'elle en relâchait à la mort des arbres. Cette fonction de puits à carbone avait été démontrée sur 38 des 50 sites étudiés. Résultat chiffré annoncé par l'équipe : durant les quelques décennies précédentes, chaque hectare de forêt néotropicale aurait absorbé 0,71 +/- 0,34 tonne de carbone chaque année.

La question restait posée pour les forêts tropicales d'Afrique. Une équipe internationale menée par Simon Lewis, de l'université de Leeds, vient d'y apporter une réponse. Oui, les forêts africaines absorbent une partie du surplus de carbone largué dans l'atmosphère par les activités humaines.

L'affirmation repose sur un suivi effectué durant 40 ans, entre 1968 et 2007, sur 250.000 arbres de 79 sites, répartis dans dix pays africains. Cette étude montre que les troncs des vieux arbres continuent de croître en diamètre et le font davantage aujourd'hui qu'il y a quarante ans. Cette augmentation de masse représente un captage de 0,6 tonne de gaz carbonique par hectare et par an. La réponse - compensatrice - de la croissance des arbres en Afrique à l'augmentation de la teneur en CO2 est donc du même ordre que celle des forêts d'Amérique centrale et du sud.

Les forêts africaines stockeraient chaque année 1,2 milliard de tonnes de CO2 par hectare, ce qui conduit au chiffre de  4,8 milliards de tonnes pour les forêts d'Afrique et d'Amérique. Selon les auteurs, l'ensemble des forêts tropicales du monde absorberaient environ 18% des émissions de gaz carbonique d'origine humaine.

L'un des co-auteurs, Lee White, a pragmatiquement calculé la valeur financière de ces 4,8 millards de tonnes, compte tenu d'un « prix réaliste de la tonne » : 13 milliards de livres par an, soit environ 15 milliards d'euros. La lutte contre la déforestation paraît donc, encore plus qu'on ne le pensait, un moyen efficace de réduire l'impact des activités humaines sur le climat planétaire. Simon Lewis en conclut que les pays les plus riches, qui émettent les plus grandes quantités de gaz carbonique, devraient consacrer « des ressources importantes à aider les pays tropicaux à éviter les déforestations ».