Le glacier d'Aletsch, le plus grand et le plus long des Alpes: le Glacier. © Tobias Alt, Tobi 87, Wikimedia Commons

Planète

La fonte des glaciers alpins s'accélère depuis 2003

ActualitéClassé sous :climatologie , géologie , glaciers

CNRS

Un groupe de chercheurs européens qui a mené une étude originale sur l'évolution de la fonte des glaciers alpins au cours des 50 dernières années a pu montrer que les fluctuations climatiques étaient très semblables d'un bout à l'autre de la chaîne des Alpes et aussi qu'au cours de ces dix dernières années, la fonte s'était fortement accélérée.

Protecting Ice Memory : conserver la mémoire de nos glaciers  Préparations pour le prélèvement de la première « carotte-patrimoine » du programme Protecting Ice Memory visant à conserver dans « le plus grand congélateur naturel du monde », la mémoire des glaciers terrestres menacés de disparition. Les trois premières carottes ont été prélevées dans le massif du mont Blanc durant l'été 2016. Les suivantes seront extraites des Andes. 

Jusqu'à présent, les études réalisées sur l'évolution de la fonte des glaciers alpins avaient porté sur l'estimation des variations de masse de l'ensemble des glaciers du massif par extrapolation d'un nombre limité de mesures, ce qui avait conduit à des résultats entachés d'une grande incertitude.

Dans une nouvelle étude menée par des chercheurs allemands, autrichiens, français et suisses, les chercheurs ont travaillé sur six glaciers répartis sur l'ensemble du massif et situés en Autriche, en Suisse et en France. En outre, ils ont traité directement, à l'aide d'un modèle statistique, les observations in situ obtenues à partir de balises d'ablation (permettant de mesurer la fonte) implantées sur les langues glaciaires de ces glaciers.

Carte des Alpes indiquant les six glaciers sélectionnés dans l’étude : Vernagtferner (Vernagt) et Hintereisferner (Hef.) en Autriche, Silvretta (Silv.) et Gries en Suisse, Saint Sorlin (Sor.) et Sarennes (Sar.) en France. © CNRS

Impact du réchauffement climatique

Cette analyse a permis aux chercheurs de montrer que plus de la moitié des variations annuelles des bilans de masse (de la fonte) de ces glaciers était identique d'un bout à l'autre de la chaîne alpine : deux glaciers situés à 10 km l'un de l'autre avaient 80 % de variations communes (variance) et deux glaciers situés à 400 km l'un de l'autre avaient plus de 52 % de variations communes. C'est beaucoup plus que tout ce qui avait été montré auparavant. Cette étude publiée dans Geophysical Research Letter révèle donc que les fluctuations climatiques sont très semblables sur l'ensemble des Alpes, de l'Autriche à la France, soit sur plus de 400 km.

En outre, les chercheurs ont mis en évidence une très forte accélération de la fonte de ces glaciers au cours des dix dernières années, beaucoup plus importante que celle estimée par les études antérieures. Cette accélération équivaut à une fonte supplémentaire de 1,8 m de hauteur de glace par an par rapport à la période de référence 1962-1982 durant laquelle les glaciers alpins étaient dans une situation de quasi-équilibre, c'est-à-dire sans changement notable.

Les laboratoires français impliqués sont l'Institut des géosciences de l'environnement (IGE/OSUG, CNRS / IRD / UGA / INPG) et le laboratoire Érosion torrentielle, neige et avalanches (ETNA, IRSTEA).

Pour en savoir plus

Réchauffement : la fonte des glaciers des Alpes précisément mesurée

Article de Bruno Scala publié le 08/12/2011

Une étude sur les glaciers des Alpes françaises montre qu'à l'instar de leurs homologues himalayens, ils sont en forte régression. Leur surface aurait diminué de près de 20 % en vingt-cinq ans. Cette fonte, reflet du réchauffement climatique, réserve également des surprises désagréables.

Il n'y a pas que les glaciers de l’Himalaya qui fondent à grande vitesse. À la réunion automnale de l’Union géophysique américaine (AGU) qui se tient à San Francisco jusqu'au 9 décembre, Marie Gradient, une doctorante de l'université de Savoie, a présenté les résultats de ses recherches sur l'état des glaciers des Alpes françaises, comme le rapporte le site de la BBC.

L'étude de la scientifique et de ses collègues repose sur une analyse des images satellite, des photos aériennes et des cartes anciennes. Mais pour s'assurer de la pertinence des résultats, des travaux de terrain ont également été réalisés. Six cents glaciers ont ainsi été inventoriés sur l'ensemble des Alpes françaises.

Glacier des Alpes françaises : une fonte de 20 % en 25 ans

Ils ont ensuite mesuré leur surface actuelle et celle des dernières décennies. Selon ces estimations, les glaciers alpins s'étendaient sur un peu moins de 340 km² au milieu des années 1980. À la fin des années 2000 en revanche, cette superficie avait fortement diminué, atteignant 275 km². Soit une baisse de 20 % environ en vingt-cinq ans.

Glacier sur l'Albaron, dans les Alpes, en Savoie. © genevieveromier, Flickr, cc by 2.0

Pour la plupart des glaciers alpins, les précédentes estimations avaient été effectuées en 1967 dans le cadre du World Galcier Inventory (réalisé par le National Snow and Ice Data Center, NSIDC). La surface de l'ensemble des glaciers alpins français s'élevait alors à 375 km². La diminution par rapport à cette époque est donc de 26 %.

Lâcher de pesticides

La scientifique note cependant que l'intensité de la fonte des glaciers alpins subit une forte variation géographique. Celle-ci pourrait s'expliquer par une différence de climat et d'altitude : au sud, les montagnes sont moins hautes que dans le nord et il y a davantage de précipitations au nord, ce qui favorise le renouvellement de la couverture neigeuse. Celle-ci augmente ensuite l'albédo, qui réduit la température et facilite la reformation de glace.

Ce phénomène pose en outre un problème inattendu, mis en évidence en 2009 par une étude suisse : lorsque les glaciers fondent, ils relâchent des polluants qui avaient été emprisonnés auparavant. La présence de pesticides, de la famille des organochlorés notamment, avait été démontrée dans les eaux d'un lac en contrebas d'un glacier. La fonte des glaciers, dans les Alpes ou d'autres régions, comme dans l'Arctique, peut ainsi réserver de mauvaises surprises. Un des nombreux effets indirects du réchauffement climatique...

  Les commentaires ne sont pas disponibles pour le moment.