Les maisons détruites par le passage d’une vague de glace sur les rives du lac Dauphin, au Canada. © Rap2dinGuerie, YouTube

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L'extrême en vidéo : un tsunami de glace déferle aux États-Unis

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Aux abords de deux lacs américains, les autochtones ont été témoins d'un événement plus qu'étonnant. Deux tsunamis de glace ont déferlé sur les côtes, endommageant nombre de maisons et façonnant un paysage spectaculaire qui dépasse ce que l'on pouvait imaginer. Si ce phénomène est naturel, il est rare et n'avait jamais été observé de la sorte. Explications en vidéo.

Parfois, la météo peut conduire à des événements tout à fait insolites. Un tsunami de glace a déferlé sur les côtes du lac des Mille Lacs, dans l'État du Minnesota, le 11 mai dernier. La vague de glace a touché près de 4 km de côtes et s'est répandue jusqu'à 25 m à l'intérieur des terres. Elle a endommagé, voire détruit, toutes les maisons de cette zone. Le phénomène est si rare que d'après les habitants, il n'avait pas été observé depuis au moins les années 1950 dans ce lac. Voici l'événement filmé par Darla Johnson, l'une des résidentes de la zone sinistrée.

Le 11 mai 2013, une vague de glace déferlait sur les côtes du lac des Mille Lacs, dans le Minnesota, aux États-Unis. La vague a touché 4 km de côtes, et plusieurs maisons ont été endommagées. Le phénomène, bien que naturel, est très peu fréquent. © FEARMEUFOOL, YouTube

Décryptage de la vidéo : une calotte glaciaire miniature

Les murs de glace ayant pénétré dans des maisons atteignaient un mètre de haut, mais à l'extérieur, certains de neuf mètres ont été observés. Bien que la propagation des blocs gelés rappelle celle d'un tsunami, l'événement ne peut être considéré comme tel. Un tsunami est une onde océanique (ou lacustre) provoquée par un mouvement rapide d'un grand volume d'eau. Or, la vague de glace du Minnesota résulte d'une configuration météorologique bien particulière.

Le 11 mai 2013, le nord-est des États-Unis était soumis à un système dépressionnaire (donc cyclonique) important. À l'ouest du Minnesota, au niveau de Chicago, le système était anticyclonique, si bien que le Minnesota a connu une incursion d'un front polaire. Les vents, dont la vitesse variait entre 60 et 80 km/h, étaient si froids que la température de l'air était inférieure à zéro. Le lac était gelé, et la force des vents froids a propulsé la glace vers les côtes. Le sol, en revanche, n'était pas gelé. Ainsi, à son contact, les blocs de glace ont légèrement fondu : c'est précisément cette eau de fonte qui a favorisé la propagation de la vague. Elle a agi tel un lubrifiant : l'eau a réduit les frottements entre la glace et le sol, et a donc facilité la dynamique d'avancée de la glace.

Le présentateur météo Sam Champion explique sur la chaîne américaine ABC pourquoi le vent, qui a propagé la glace sur les côtes du lac des Mille Lacs, était si froid. Sur la carte, on peut observer au-dessus de Boston une perturbation cyclonique (le L signifie low pressure, basse pression en anglais) et une zone anticyclonique vers Chicago (H, pour high pressure, haute pression). L'État du Minnesota, coincé entre ces deux systèmes, a subi une incursion d'un front polaire matérialisé sur la carte par une ligne bleue en dents de scie. © Capture d'écran, ABC

Le météorologue Todd Borek avait comparé cet événement à la dérive d'un iceberg. Pour ce dernier, les vents, mais surtout les courants océaniques, lui permettent de dériver. Pour la vague de glace, c'est un peu le même cas de figure : l'eau de fonte favorise la dérive des blocs de glace vers l'intérieur des terres. Par ailleurs, en observant de plus près la propagation de la glace, on s'aperçoit que ce ne sont pas réellement des blocs qui se propagent, mais plutôt des aiguilles de glace (cela se voit et s'entend très bien sur la vidéo). Ces aiguilles sont des cristaux qui se développent lorsque la température du sol est positive, tandis que celle de l'air est négative.

L’après-vidéo : la glace plus forte que l’eau !

Le même phénomène s'est produit quelques jours plus tôt au Canada, aux abords du lac Dauphin. Près de 30 maisons ont été touchées, les vents avoisinaient les 90 km/h et les murs de glace ont presque atteint les dix mètres. Les deux événements sont très probablement liés : l'intervalle de temps entre les occurrences correspond au temps qu'a mis la configuration atmosphérique à traverser la frontière. Le caractère exceptionnel de ce type de catastrophe est tout simplement dû à la rareté d'un tel système atmosphérique.

« Vous êtes conscient que votre maison est bâtie avec du ciment, des blocs de béton et de l'acier, mais la glace passe à travers, sans difficulté, c'est un peu comme un cure-dent, commentait Dennis Stykalo, un Minnesotain qui a perdu sa maison. Cela montre juste la puissance de la glace. Il n'y a rien que vous puissiez faire, vous vous écartez de son chemin et la regardez avancer. » Si l'événement est parfaitement naturel, il faut bien reconnaître qu'il est fascinant.