Les icebergs du glacier de l'île du Pin naissent de la plateforme glaciaire à l'image. Cette photo satellite de la Nasa montre le début de formation d'icebergs. © Nasa

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Antarctique : le glacier de l’île du Pin recule-t-il irréversiblement ?

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Le recul du glacier de l'île du Pin — l'un des plus importants de la calotte polaire antarctique, pourrait bien être irréversible. Une équipe de recherche française suggère que d'ici 20 ans, la limite terre-mer du glacier pourrait reculer de 40 km, engendrant une importante hausse du niveau de la mer.

Responsable à lui seul d'un quart de la contribution de la partie ouest antarctique dans la hausse du niveau de la mer, le glacier de l'île du Pin pourrait quintupler sa contribution d'ici 20 ans. Depuis qu'il est surveillé, ce glacier fond de façon continue mais la tendance est à l'accélération. Une équipe du Laboratoire de glaciologie et de géophysique en environnement (LGGE) rapporte, dans un article publié dans la revue Nature Climate Change, que cette accélération devrait s'intensifier et ce de façon irréversible.

En 2012, la fonte de ce glacier était pourtant la plus basse jamais enregistrée. C'est que mentionnait une étude, parue la semaine précédente dans la revue Science, qui mettait en exergue la complexité de ce glacier. Par sa configuration de plateforme glaciaire, il est extrêmement sensible au réchauffement des océans, mais également à la variabilité climatique naturelle. Les années 2011-2012 ont connu un long épisode La Niña, durant lequel l'océan Pacifique tropical est plus froid que la moyenne, modifiant la circulation atmosphérique à l'échelle mondiale. En Australie, cet événement a fait reculer l'océan ; en Antarctique, il a ponctuellement ralenti la fonte des glaciers.

Le glacier de l’île du Pin draine environ 79 km3 de glace par an. Sur cette photo, on observe la naissance d’un iceberg survenue en octobre 2011. La fin du glacier s'étendait sur environ 48 kilomètres, flottant sur l'océan. À mesure qu’il s’écoule de plus en plus de glace vers l'eau, la langue s'allonge, pour finalement se casser et former un gros iceberg. © Nasa

D'après les observations, de 1992 à 2011, le glacier de l'île du Pin a perdu 20 milliards de tonnes d'eau par an. L'équipe du LGGE a confronté ces observations à trois modèles numériques d'état de l'art de l'écoulement de la glace en Antarctique. Ces modèles simulent, à partir des connaissances actuelles, l'avenir des glaciers en fonction de l'évolution des paramètres clés, tels que le réchauffement de l’océan, les changements du régime de vent... Les trois simulations s'accordent sur un point dramatique : la ligne d'échouage est engagée dans un recul qui pourrait atteindre 40 km, engrangeant une perte de masse de 100 milliards de tonnes par an pour les 20 prochaines années.

Sans disparaître, le glacier de l’île du Pin fera grimper le niveau de la mer

La ligne d'échouage délimite la partie du glacier qui est sur le socle rocheux de celle qui flotte sur la mer (c'est-à-dire la plateforme glaciaire). Plus elle recule, plus l'eau de mer peut attaquer le glacier et jouer le rôle de lubrifiant. Et c'est bien là le problème. On compte quatre principaux facteurs de glissement des glaciers finissant en plateformes flottantes. D'abord, le vêlage donne naissance aux icebergs et favorise l'écoulement du socle vers la mer. Ensuite, divers processus peuvent amincir la plateforme et la rendre plus fragile. Par ailleurs, l'eau de fonte en surface peut s'infiltrer jusqu'à la base du socle rocheux et donc agir comme lubrifiant. Enfin, plus la ligne d'échouage recule, plus l'eau de mer pénètre sous la plateforme glaciaire. Ce processus est aujourd'hui considéré comme le principal facteur de fonte des glaciers côtiers des calottes polaires.

Dans une étude parue il y a quelques mois, une équipe américaine montrait que la moitié de l'eau de fonte en Antarctique provient des plateformes glaciaires flottantes. Le courant océanique circumpolaire se réchauffe par endroits et fait entrer en fusion la glace basale. En outre, la configuration du glacier de l'île du Pin le rend d'autant plus vulnérable. Le courant circumpolaire, plus chaud que l'eau de surface afflue sur le plateau continental voisin et pénètre de plus en plus sous la plateforme glaciaire. Son insertion est sérieusement facilitée depuis que la plateforme s'est détachée d'une crête sous-marine.

Les modèles utilisés par l'équipe du LGGE préconisent un recul de 40 km de la ligne d'échouage, et une augmentation de plus de 80 milliards de tonnes de perte d'eau pour les cinquante années à venir. Cela correspondrait à une augmentation du niveau de la mer de 3,5 à 10 mm, en ne considérant que ce glacier. Néanmoins, le caractère irréversible est à nuancer. Les modèles s'accordent pour les 50 prochaines années, mais divergent peu à peu pour les décennies suivantes. Le glacier de l'île du Pin est massif, s'il est menacé, il n'est pas voué à disparaître prochainement.