Anomalies des températures sur la période 2012-2016. © Nasa, Scientific Visualization Studio

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2017, année la plus chaude jamais enregistrée hors El Niño

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Depuis les premiers relevés de température à la fin du XIXe siècle, 2017 s'annonce comme l'année la plus chaude jamais enregistrée en l'absence d'El Niño. Elle talonne ainsi 2016 qui, elle, fut empreinte du phénomène météorologique et conserve le record historique. Les trois dernières années ont été les plus chaudes enregistrées, confirmant une tendance de fond au réchauffement climatique global.

  • 2017 devrait être dans le peloton de tête des années les plus chaudes enregistrées depuis 1890. Et cela, sans la contribution du phénomène El Niño.
  • Les années 2013 à 2017 sont bien parties pour constituer la période de cinq ans la plus chaude jamais enregistrée.
  • Les tendances de long terme du réchauffement climatique vont toutes dans la mauvaise direction, souligne l’OMM.
  • L’objectif de l’Accord de Paris de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement global s’éloigne.

L'histoire du réchauffement climatique en 35 secondes  En intégrant graphiquement les mesures de températures dans presque tous les pays du Globe entre 1900 et 2016, cette animation montre de façon saisissante l’augmentation du nombre d'« anomalies de température », donc des écarts par rapport à une moyenne. On constate qu'en un peu plus d'un siècle, la proportion vire au rouge. 

2017 devrait être l'année la plus chaude recensée en l'absence du phénomène El Niño, depuis le début des relevés, indique l'Organisation météorologique mondiale (OMM) dans un bilan publié le 6 novembre à Bonn à l'occasion de la 23e Conférence climat de l’ONU (COP 23). « Les trois dernières années sont les plus chaudes qui aient jamais été enregistrées et s'inscrivent dans la tendance au réchauffement à long terme de la planète », souligne le Secrétaire général de l'OMM, Petteri Taalas, dans un communiqué.

Sous l'effet d'un puissant Niño, 2016 devrait conserver son statut d'année la plus chaude, les années 2015, également traversée par ce phénomène météorologique, et 2017 se disputant les deuxième et troisième places. El Niño vient tous les trois à sept ans affecter températures, courants et précipitations. Signal encore plus net d'un réchauffement climatique de fond, les années 2013 à 2017 sont bien parties pour constituer la période de cinq ans la plus chaude jamais enregistrée, note l'agence de l'ONU dans ce bilan provisoire pour l'année.

Les anomalies de température dans le monde depuis 1890. © Simon Malfatto, AFP

Les tendances de long terme vont toutes dans la mauvaise direction

Marquée par des événements extrêmes record, 2017 a aussi vu des ouragans d'une intensité inédite dans les Caraïbes et dans l'Atlantique, des pics à plus de 50 °C en Asie, une sécheresse durable en Afrique de l'Est... « Nombre de ces phénomènes — des études scientifiques approfondies en révéleront le chiffre exact — portent indiscutablement la marque du changement climatique causé par l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre engendrés par les activités humaines », souligne Petteri Taalas.

Les engagements actuels conduisent à +3 °C

À Bonn, les représentants de 196 pays doivent s'accorder sur les règles d'application de l'accord de Paris qui vise à garder le réchauffement sous 2°C, voire 1,5 °C, par rapport à l'ère préindustrielle. Selon plusieurs études, les engagements actuels des pays ne suffisent pas et conduisent à +3 °C.

Les tendances de long terme vont toutes dans la mauvaise direction, souligne l'OMM. Les concentrations dans l'atmosphère des principaux gaz à effet de serre (GES) continuent de croître. Par rapport aux niveaux de 1750, les concentrations de CO2 et de méthane — le méthane est un gaz à effet de serre 27 fois plus puissant que le CO2 — sont 1,5 et 2,5 fois supérieures.

La hausse du niveau de la mer et l'acidification des océans, entre autres indicateurs du changement climatique, se poursuivent. « L'océan absorbe jusqu'à 30 % des émissions annuelles de CO2 produites par l'Homme, relève l'OMM. Mais cela a un coût. » Un coût pour les coraux, l'aquaculture, la chimie élémentaire des mers.

L'étendue de la banquise de l'Arctique demeure inférieure à la normale tandis qu'en Antarctique, la banquise, stable auparavant, affichait un minimum record ou quasi record, ajoute l'OMM.

« Cela met en lumière les menaces croissantes pesant sur les populations, l'économie des pays et même les mécanismes de la vie sur Terre, si notre action ne devait pas être à la hauteur des objectifs de l'Accord de Paris », souligne Patricia Espinosa, secrétaire exécutive de la Convention climat de l'ONU (CCNUCC), qui accueille la conférence de Bonn. La COP 23 « devra servir de tremplin à tous les pays et secteurs de la société qui seront appelés à revoir à la hausse leurs ambitions pour le climat », ajoute-t-elle.

Pour en savoir plus

2016 fut l'année la plus chaude jamais enregistrée

Article de Xavier Demeersman publié le 19 janvier 2017

Même si une vague de froid traverse l'Europe en cette mi-janvier 2017, jamais depuis les premiers relevés de température en 1880, l'atmosphère n'a été aussi chaude qu'en 2016, ont annoncé chacune de leur côté la Nasa et la NOAA. C'est la troisième année consécutive que le record de température globale est battu. La tendance au réchauffement climatique sur le long terme se confirme.

Ce mercredi 18 janvier, la Nasa et la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) ont annoncé les résultats de leurs bilans annuels, qu'ils réalisent indépendamment, concernant la température moyenne globale. Comme on pouvait s'y attendre, 2016 a été l'année la plus chaude jamais enregistrée. C'est la troisième année consécutive qu'un record est battu. Cinq records ont été enregistrés depuis le début du XXIe siècle.

Si l'on se réfère à la moyenne des températures mondiales relevée entre 1951 et 1980 (une moyenne déjà plus élevée que celle du début du XXe siècle), 2016 a été plus chaude de 0,99 °C. « Nous ne nous attendons pas à des records chaque année, mais la tendance au réchauffement sur le long terme est claire » a déclaré Gavin Schmidt, le directeur du GISS, l'Institut Goddard d'études spatiales de la Nasa.

Durant 2016, huit des douze mois de l'année les plus chauds furent consécutifs, de janvier à septembre, à l'exception de juin. Le phénomène naturel El Niño (réchauffement des eaux de surface sur la ceinture équatoriale du Pacifique), surtout actif en 2015, a contribué pour 0,12 °C à la température moyenne de 2016, au cours d'un tiers de l'année.

Animation des anomalies de température relevées depuis 1880. En bleu, les anomalies entre -1 et -4 °C. En jaune et en orange, graduellement, les anomalies entre 1 et 5 °C. © Nasa, Scientific Visualization Studio

La température globale a monté de 1,1 °C depuis 1880

La Nasa et la NOAA ont conduit deux études indépendantes à partir des données engrangées par les 6.300 stations météo réparties dans le monde, ainsi que des bouées et des bateaux qui ont mesuré les températures de l'eau dans toutes les mers et les océans, au fil des mois. Naturellement, la moyenne des températures d'une région à l'autre peut être différente. Pour les États-Unis par exemple, 2016 fut la seconde année la plus chaude. Des régions enregistrent des anomalies de températures négatives par rapport à la moyenne mondiale durant certaines périodes et d'autres, des anomalies positives. Mais comme le montre l'animation de la Nasa ci-dessus, la montée de fièvre est générale ces dernières années (à voir et à écouter aussi ici, très éloquent, l'élévation des températures traduites en musique par des chercheurs de l'université de Washington).

Du côté de l'Arctique, la situation est inquiétante. Des records de chaleur en été, mais aussi en hiver ont conduit à un amincissement record de la banquise. Par ailleurs, une récente étude a révélé qu'à l'échelle globale, la superficie totale de toutes les glaces de mer n'était que de 10,1 millions de km2... Du jamais vu depuis les premières observations par satellite, il y a 39 ans (voir le graphique des étendues de glace de mer mesurées depuis 1978 ici).

Depuis les premiers relevés de température en 1880, l'atmosphère terrestre s'est réchauffée de 1,1 °C. Rappelons que l'accord de Paris a pour objectif (intenable) de limiter à 2 °C la hausse des températures globales. Pour cela, les nombreux pays qui l'ont ratifié s'engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone en tête), principale cause du changement climatique.


Record de températures globales en 2014 selon la Nasa et la NOAA

Article de Jean-Luc Goudet publié le 18 janvier 2015

Les premiers résultats publiés pour l'année qui vient de s'achever montrent que, de nouveau, un record absolu de température globale moyenne a été battu. L'élévation a été forte pour les terres émergées, mais c'est l'océan mondial, plus précisément ses eaux de surface, qui a connu une valeur jamais mesurée.

La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) et le Giss (Goddard Institute for Space Studies), dépendant de la Nasa, viennent, dans une conférence de presse commune, d'annoncer les résultats de leurs suivis du climat. Selon eux, l'année 2014 établit un nouveau record de températures depuis 1880, début des relevés généralisés.

La moyenne pour les terres et les océans serait de 0,69 °C plus élevée que la moyenne du vingtième siècle, soit un petit 0,04 °C de plus que le précédent record détenu à égalité par les années 2005 et 2010 (données NOAA). La hausse des températures est d'abord due à celle des terres émergées, avec +1,00 °C, contre +0,57 °C pour les eaux de surface des océans. Toutefois, l'anomalie pour les terres se classe quatrième pour la période 1880-2014 et celle des océans est un record absolu. Rappelons que l'année 2013 se classait quatrième selon la NOAA et la Nasa, et que, parmi les dix années les plus chaudes, neuf sont postérieures à 2000.

L’évolution de la température moyenne globale entre 1880 et 2014 (courbe noire). Les deux autres courbes sont celles des eaux de surface des océans (bleue) et des terres émergées (marron). © NOAA

Des hausses de températures réparties sur tout le Globe

Les disparités régionales sont notables, mais le rapport note que les plus fortes hausses se répartissent un peu partout sur le Globe : est de la Russie et ouest de l'Alaska, ouest des États-Unis, quelques régions d'Amérique du Sud, la plus grande partie de l'Europe et l'Afrique du Nord, zones côtières à l'est et à l'ouest de l'Australie, la plus grande partie du nord-est du Pacifique et des régions centrales et ouest de cet océan au niveau de l'équateur, vastes secteurs nord-ouest et du sud-est de l'Atlantique, la plus grande partie de la mer de Norvège et une partie de l'océan Indien.

D'autres organismes, comme le Berkeley Earth, publient eux aussi des statistiques sur les relevés de températures et les valeurs ou les classements diffèrent parfois. On attend les résultats obtenus par le Met Office Hadley Centre, pris en compte, comme ceux de la NOAA et de la Nasa, par l'OMM (Organisation météorologique mondiale). La NOAA et la Nasa ont tiré les premiers pour l'année 2014 et les chiffres de l'OMM pourraient être différents. Les records absolus de mai, juin, août et décembre 2014 (données de la NOAA), pour les comparaisons mois à mois, incitent à penser qu'ils seront sans doute très similaires.