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En Guyane, l'expédition La planète revisitée révèle une biodiversité étonnante

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Après le Vanuatu, le Mozambique, Madagascar et la Papouasie-Nouvelle Guinée, l'expédition La planète revisitée explore la Guyane pour en inventorier la richesse biologique. L'échantillonnage marin se termine sur le constat d'une biodiversité bien plus riche que prévu et que nous découvrons en compagnie de Philippe Bouchet, du MNHN. Le volet terrestre de cette expédition scientifique, en forêt équatoriale, lui, touche à sa fin.

Les faunes de profondeur ne brillent pas par leurs couleurs, mais elles surprennent par les formes bizarres de certains animaux. En Guyane, la palme va sans aucun doute au Bathynomus, un isopode géant charognard, entre cloporte de cauchemar et animal de science-fiction . © Laure Corbari /Planète Revisitée en Guyane/MNHN/PNI

Parce qu'on la pensait pauvre, elle attirait peu l'attention. Aspirée il y a peu par les suceuses des scientifiques, lors du volet marin de l'expédition La planète revisitée, organisée par le Muséum national d'histoire naturelle et l'ONG Pro-Natura International, la biodiversité marine de la Guyane afficherait en fait un intérêt faunistique et floristique certains. Pourquoi une telle sous-estimation ? Sans doute parce que, de l'Orénoque, au nord, à l'Amazone, au sud, l'environnement marin de la région des deux Guyane est par une faible diversité d'habitats, composés globalement d'un substrat vaseux, d'une forte turbidité de l'eau de mer et de son dessalement via les estuaires des fleuves.

« Comme ça n'intéressait pas, il y avait peu de recherches. Et donc, peu de découvertes », analyse Philippe Bouchet, professeur au Muséum national d'histoire naturelle et responsable du volet marin de cette expédition. À bord d'un chalutier, l'été et l'automne derniers, une quarantaine de chercheurs, techniciens et personnels de bord ont sillonné, au large et près du littoral, l'ensemble de la surface de la zone économique exclusive de la Guyane, de la frontière maritime avec le Surinam, au nord-ouest, à celle avec le Brésil, au sud-est.

À bord de l'Hermano Gines, l'équipage procède à un premier tri des échantillons ramassés au chalut. © Gustav Paulay/Planète Revisitée en Guyane/MNHN/PNI

Les fonds marins regorgent d'organismes vivants

Première surprise : l'impressionnante biomasse chalutée, du fait de l'évacuation des sédiments très fins par les mailles des filets. En outre, sous l'apparente monotonie biologique - beaucoup d'organismes vivants pour un petit nombre d'espèces récurrentes -, les chercheurs notent une grande variété d'espèces peu communes, voire rares.

Bilan après 143 prélèvements hauturiers et plongées côtières : près d'une centaine de nouvelles espèces d'échinodermes (oursins, étoiles de mer, etc.) sont répertoriées pour la Guyane (115 espèces contre une vingtaine connues) et 123 nouvelles espèces de crustacés décapodes (crabes, crevettes, etc.) en plus des 57 espèces connues jusqu'à présent. Le record revient aux mollusques (moules, escargots de mer, etc.) : environ 135 nouvelles espèces sont récoltées (500 espèces contre 366 déjà connues). Du côté de la flore marine, environ 60 espèces d'algues prélevées - parfois à des profondeurs inhabituelles - font le bonheur des participants.

« Ce qui m'a aussi étonné, c'est l'absence totale de parasites de gastéropodes, habituellement très fréquents sous ces latitudes, note Philippe Bouchet. On ne l'explique pas. » Autre fait remarquable : pas de pollution, notamment de plastique, visible en surface ni dans les eaux. « En Papouasie-Nouvelle Guinée, la mer était très sale sur des milles alors qu'ici, c'est relativement propre », constate Philippe Bouchet.

La moisson d'espèces, comme ce magnifique crustacé décapode, doit être répertoriée. Cette liste est ensuite envoyée aux experts mondiaux, qui s'intéresseront à la répartition géographique des animaux récoltés. Cette expédition pourrait conduire à la description d'une dizaine d'espèces nouvelles. © Planète Revisitée en Guyane/MNHN/PNI

Un inventaire qui fait référence sur la côte de Guyane

Pour savoir si certaines espèces sont nouvelles pour la science, chaque spécimen, souvent unique représentant de son espèce, subi un long processus. Lors de la récolte de 2014 sur le navire, un premier tri grossier a été effectué, par type d'organisme : poissons, échinodermes, éponges, etc. Fin janvier et au mois de février, une répartition plus fine, par famille, a été opérée en métropole par des spécialistes des mollusques et des crustacés. À venir, celle des hydraires et des ascidies.

Les individus ainsi classés sont alors adressés aux experts mondiaux qui eux pourront déterminer l'espèce, connue ou nouvelle, à laquelle ils appartiennent. Problème : les spécimens patientent parfois une vingtaine d'années avant d'être auscultés, par manque de spécialistes. En tout état de cause, avec le volet terrestre de l'expédition qui se termine ces jours-ci, les résultats de cet inventaire scientifique feront référence en matière de biodiversité guyanaise.