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Réchauffement climatique : la géoingénierie des océans impuissante ?

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Par Laurent Sacco, Futura

La géoingénierie fait rêver et rassure ceux qui y voient un moyen de réduire le réchauffement climatique en retirant le gaz carbonique de l'atmosphère. Même si cette opération (à supposer qu'elle soit possible) est menée à bien dans un avenir trop lointain, elle ne résoudra pas le redoutable problème de l'acidification des océans.

COP21 : limiter le réchauffement climatique à 2 °C, est-ce réalisable ?  La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Malgré les engagements pris par de nombreux pays, aucune solution concrète ne semble émerger. Le Cnes a rencontré Jean Jouzel, climatologue de renom, afin d’en savoir plus. 

Pour certains, les problèmes environnementaux qui vont se faire de plus en plus préoccupants au cours du XXIe siècle vont nous pousser à changer radicalement nos modes de vie en adoptant des solutions technologiquement plus durables. Pour d'autres, au contraire, les progrès technologiques, à un rythme sans cesse accéléré, vont nous sauver et même déboucher sur une ère d'abondance sans précédent.

La raréfaction de certains métaux clés ? Il suffit de conquérir les astéroïdes ! Le réchauffement climatique ? Il suffit de se lancer dans la géoingénierie en retirant de l'atmosphère le carbone imprudemment injecté par l'ère industrielle puis de le séquestrer géologiquement. La société canadienne Carbon Engineering (CE) croit à cette solution et développe un prototype de machine. En cas de succès, il faudrait bien sûr pouvoir produire massivement des systèmes de ce genre afin d'espérer en revenir en quelques décennies au taux de CO2 atmosphérique du début du XXe siècle, ce qui n'a rien d'évident.

L'idée existe aussi de mettre à contribution des plantes particulièrement gourmandes en carbone, comme le peuplier, dont la croissance est rapide, éventuellement produites par le génie génétique. Mais cela pose alors le problème de la surface des sols occupée par la culture de ces plantes, cette production se faisant au détriment des cultures vivrières.

Depuis quatre ans, le XL Catlin Seaview Survey cartographie les récifs coralliens. On entend dans cette vidéo Christophe Bailhache lui-même. Il explique qu'il a passé la majorité de sa vie dans l'océan à prendre des images. En cartographiant les océans, on peut en effet mieux les comprendre et les protéger. Avec la technologie actuelle, il est maintenant possible de plonger virtuellement partout sur la planète. © Earth Outreach

Des océans qui resteraient acides pendant des siècles

Une équipe internationale de chercheurs en géosciences vient de publier dans Nature Climate Change un article dans lequel elle met en garde les décideurs politiques. Ce serait une grave erreur, selon eux, de poursuivre le développement économique et industriel en attendant que la technologie rende possible un programme de géoingénierie efficace, même si cette opportunité apparaît dans seulement quelques décennies.

Le problème vient des océans. Ceux-ci sont en mesure d'absorber une partie du gaz carbonique de l'atmosphère mais cela a un coût : ils deviennent acides. Cette acidification est préoccupante car elle menace des espèces vivantes marines (plancton, coraux, crustacés et mollusques à coquilles) et donc à terme une large part des écosystèmes et de la chaîne alimentaire. Comme nous l'avaient expliqué les membres du Catlin Seaview Survey, les récifs coralliens font vivre une importante population, leur destruction serait donc catastrophique aussi pour les humains, et de manière directe.

Il ne suffit donc pas de retirer du CO2 de l'atmosphère, il faut aussi pouvoir le retirer des océans. Pour évaluer l'impact de la géoingénierie sur ce phénomène, les chercheurs ont conduit des simulations sur ordinateur. Il est apparu que l'océan mondial a une forte inertie. Si la réduction de la teneur atmosphérique en gaz carbonique survient dans un futur lointain, la circulation océanique aura transporté à grande profondeur une telle quantité d'eau acide que l'océan resterait trop acide pendant des siècles. Dans le pire des cas, c'est-à-dire des rejets de gaz carbonique sans régulation jusqu'en 2150, même en retirant 90 milliards de tonnes de CO2 chaque années, ce qui est le double des émissions actuelles, l'état de l'océan resterait critique bien après 2200.

Cela ne signifie pas que la géoingénierie ne pourra pas jouer un rôle mais il nous faut dès maintenant infléchir fortement nos émissions de gaz carbonique avant qu'il ne soit trop tard. Un changement de mode de développement est donc inévitable.

Les membres de la société Carbon Engineering travaillent sur un prototype de machine capable de retirer efficacement le carbone de l'atmosphère. S'ils réussissent, il faudrait tout de même des milliers de ces machines, dont on voit une illustration d'artiste sur cette image, pour impacter significativement la quantité de gaz carbonique présent dans l'atmosphère et en revenir à un taux pré-industriel. © Carbon Engineering
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