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Le lézard vivipare survivra-t-il au changement climatique ?

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Pour la première fois, des chercheurs ont étudié de manière expérimentale les conséquences d'une hausse de 2 °C sur la survie du lézard vivipare. Selon leurs travaux, des populations pourraient disparaître en moins d'une vingtaine d'années. Cependant, certains représentants de l'espèce seraient toutefois capables de faire face au changement climatique en migrant vers des régions plus tempérées de leur aire de répartition.

Le lézard vivipare, dont l’aire de répartition est l’Eurasie, est l’unique représentant du genre Zootoca. © David Evans, Flickr, by 2.0

Migrer ou se reproduire vite et mourir jeune : telle pourrait être la devise du lézard vivipare (Zootoca vivipara) face au changement climatique. C'est aussi en substance la conclusion à laquelle sont arrivés des chercheurs de la Station d'écologie expérimentale du CNRS à Moulis (SEEM) et du laboratoire Évolution et diversité biologique (EDB, CNRS, université Toulouse 3 Paul Sabatier, ENFA) en étudiant de plus près ce petit reptile d'Europe. À l'aide du Métatron, un système unique au monde d'enclos semi-naturels dans lesquels la température, l'hygrométrie et le rayonnement solaire peuvent être manipulés, les scientifiques ont tout d'abord recréé deux climats distincts : l'un similaire à la situation actuelle et un second plus chaud de 2 °C, correspondant à l'élévation de température prédite par les climatologues pour 2080.

Différentes populations de lézards vivipares ont ensuite été placées pendant deux ans dans 18 enclos recréant l'une ou l'autre des conditions climatiques précédentes. L'étude des paramètres physiologiques de ces lézards et de leurs progénitures, au fil de l'expérience, a permis de mettre en évidence les effets d'un réchauffement climatique de 2 °C. « Alors que l'environnement plus chaud peut sembler bénéfique puisqu'il engendre à la fois une reproduction plus précoce des lézards et une croissance plus rapide de leurs juvéniles, il est également à l'origine d'une plus grande mortalité des adultes qui met en danger la survie des populations », souligne Elvire Bestion, coauteure de ces travaux et actuellement chercheuse à l'université d'Exeter, en Grande-Bretagne. À l'aide d'un modèle de dynamique des populations, les scientifiques ont en effet pu montrer que cette surmortalité des lézards adultes risquait de mener à l'extinction de certaines populations en une vingtaine d'années à peine. « L'augmentation de température réduisant la durée d'activité journalière des lézards, ceux-ci doivent redoubler d'efforts pour trouver suffisamment de nourriture ce qui conduit très certainement à un épuisement physiologique précoce », suggère Elvire Bestion.

La hausse des températures globales de 2 °C prédite à l’horizon 2080 provoque « une reproduction plus précoce des lézards et une croissance plus rapide de leurs juvéniles, explique Elvire Bestion de l’université d’Exeter, et est également à l’origine d’une plus grande mortalité des adultes. Aussi […] ceux-ci doivent redoubler d’efforts pour trouver suffisamment de nourriture ». Une surmortalité des lézards adultes risque de mener à l’extinction de certaines populations en une vingtaine d’années seulement. Les changements déjà en cours sont trop rapides pour que de nombreuses espèces puissent s’adapter. © Elvire Bestion

Entre inquiétude et optimisme pour l’avenir des populations

Cependant, au sein même d'une espèce, tous les individus ne sont pas identiques, certains préférant des températures plus élevées que d'autres. Cette variabilité interindividuelle, bien que souvent ignorée, pourrait avoir un impact sur la réponse des espèces au changement climatique. Les scientifiques se sont donc intéressés aux conséquences de cette variabilité interindividuelle dans les préférences thermiques sur la dispersion, qui correspond au déplacement du lieu de naissance vers le lieu de reproduction. Afin de suivre de manière individuelle le comportement de dispersion, les scientifiques ont relâché des centaines de lézards vivipares juvéniles pour lesquels la préférence thermique à la naissance avait été mesurée en laboratoire. « Pour chaque reptile, nous avions préalablement déterminé à la naissance la gamme de température dans laquelle celui-ci est capable de vivre de manière optimale », précise Julien Cote, biologiste au laboratoire Évolution et diversité biologique et cosignataire de l'étude.

Après avoir relié les deux types d'enclos de l'expérience précédente par un système de corridors et grâce à des pièges installés à l'extrémité de chacun, l'équipe a ensuite pu quantifier la dispersion de l'espèce à la naissance durant tout un été. « Nous avons constaté que les jeunes reptiles préférant des températures basses dispersent davantage d'enclos où règne un climat chaud que d'enclos mimant le climat actuel alors que les juvéniles préférant des températures élevées optent en majorité pour un comportement opposé », résume Julien Cote. Ce processus devrait mener à la ségrégation spatiale de différents phénotypes thermiques lors des déplacements d'aire de répartition dus au changement climatique, ce qui pourrait faciliter l'adaptation locale aux nouvelles conditions.

Alors que les résultats de l'étude publiée dans Plos Biology conduisent à penser que le futur changement climatique constituera une menace sérieuse pour les populations de lézards vivipares installées dans le sud de l'Europe, ceux publiés dans Ecology Letters incitent au contraire à rester optimiste quant à l'avenir de cette espèce. Les capacités de dispersion dont elle fait preuve en réponse aux modifications de température de son habitat, devraient en effet faciliter l'adaptation du reptile à de nouvelles conditions climatiques : « Si la disparition de certaines populations de lézards semble inévitable, d'autres ne feront que diminuer avant de se réorganiser en fonction de leurs phénotypes thermiques », conclut Elvire Bestion.

COP 21 : pourquoi lutter contre le réchauffement climatique ?  La limite des 2 °C a été fixée en 2009 lors du sommet de Copenhague, entre les états participants et la communauté scientifique. L’idée étant de limiter les dégâts du réchauffement climatique au maximum. Dunod a interviewé Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Giec, et Olivier Nouaillas, journaliste à l'hebdomadaire La Vie, à propos de leur livre traitant du sujet : Quel climat pour demain ?