Planète

Une plante brave les lois de l'hérédité et "ressuscite" des gènes

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Observation stupéfiante : une modeste Crucifère sait ressusciter les gènes de ses grands-parents. De quoi provoquer un retournement tombal de Gregor Mendel et l'émoi des généticiens, aucun phénomène connu ne pouvant expliquer ce mystère.

Cette sorte de moutarde sauvage commence à monter au nez des généticiens, semblant capable de reconstituer un gène à partir d'un modèle archivé d'une génération à l'autre en dehors du chromosome.

Ces petites plantes qui ébranlent la communauté scientifique ont hérité de gènes... que ne possédaient pas leurs parents, mais qui étaient bien présents chez les grands-parents ! Voilà un scénario inexplicable que viennent de présenter dans la revue Nature, datée du 24 mars 2005, Robert Pruitt et Susan Lolle, du département de pathologie botanique de l'université de Purdue (West Lafayette, Indiana). Ces deux généticiens ont travaillé sur une variante mutée de Arabidopsis thaliana, encore appelée arabette des dames ou arabette Thalius, de la famille des Brassicacées (Crucifères), qui compte de nombreuses espèces cultivées (chou, navet, radis, raifort, moutarde etc.). Commune dans la nature, cette plante l'est aussi dans les laboratoires de génétique, où l'on apprécie sa facilité de culture.

Un gène muté qui guérit tout seul

L'équipe de Robert Pruitt a cultivé des plants portant une certaine mutation (dite Hothead), qui empêche les fleurs de s'ouvrir, et en ont assuré la reproduction. Surprise : 10 % des descendants ne possédaient plus ce gène mutant et avaient au contraire retrouvé le gène originel des grands-parents.

Le phénomène n'a rien à voir avec l'observation commune des caractères qui sautent une génération, quand le bébé hérite de la couleur des cheveux de sa mamie. Dans ce cas, expliqué au 19ème siècle par Gregor Mendel, le gène de la couleur des cheveux de la grand-mère était physiquement présent, bien que non exprimé, chez le père ou la mère du bébé.

Rien de tel chez ces arabettes : Pruitt assure que tous les parents ne possédaient que la version mutée du gène. Comment, alors, les descendants ont-ils pu retrouver le gène des grands-parents ? Une première explication possible est le phénomène de réversion, sorte de mutation à l'envers, qui fait revenir un gène muté à son état initial ou qui annule les effets d'une mutation. Mais c'est un phénomène rarissime, qui ne peut expliquer les 10 % de guérison de l'arabette.

Copie cachée

Alors que reste-t-il ? A part des erreurs de manipulation, qu'évoquent bien sûr les sceptiques, rien de connu. Pruitt et ses collaborateurs, qui affirment avoir évacué toutes les explications plausibles, avancent l'improbable : les arabettes guéries ont fabriqué la bonne version du gène à partir d'une mystérieuse copie du modèle des grands-parents, qui aurait été conservée chez les parents sous une forme autre que celle d'un ADN. Et d'imaginer qu'il pourrait s'agir, par exemple, d'un ARN.

Emettre une telle hypothèse équivaut à peu près à affirmer que le Big Bang n'a jamais eu lieu : il y a de quoi dynamiter la génétique actuelle. Pour l'instant, cette explication hérétique n'est qu'une hypothèse, qui ne sera acceptée qu'après de multiples confirmations, comme la détection de cette archive non-ADN que personne n'a jamais vue nulle part. Mais la nature a toujours su nous surprendre...