La sarracénie pourpre attire et piège de jeunes salamandres dans ses redoutables tubes. Les pauvres amphibiens agonisent jusqu’à 19 jours avant d’être digérés par la plante. C’est la première fois qu’un tel cas est observé dans le règne végétal.


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    La sarracénie est très gourmande. Cette plante carnivore ne se contente pas de dévorer les insectes et araignées ayant malencontreusement glissé dans ses tubes en forme d'urnes, mais piège aussi des salamandres pour son dîner, a découvert une équipe de biologistes de l'université de Guelph (Canada). En étudiant les amphibiens du parc Algonquin, une forêt humide du sud de l'Ontario, Teskey Baldwin a eu l'énorme surprise de tomber, en 2017, sur plusieurs sarracénies pourpres (Sarracenia purpurea purpurea) contenant de jeunes salamandres. Un phénomène loin d'être anecdotique : en poursuivant leurs observations, les chercheurs se sont aperçu que 20 % des sarracénies contenaient une jeune salamandre, et parfois même plusieurs pouvant mesurer jusqu'à cinq centimètres de long.
     

    Des jeunes salamandres encore vivantes piégées par la plante carnivore Sarracenia purpurea purpurea. © Alex Smith, Algonquin Wildlife Research Station, YouTube

    Une agonie qui dure parfois 19 jours

    Les salamandres seraient attirées par les insectes déjà présents dans le piège ou tomberaient accidentellement dans le tube en fuyant des prédateurs. À la clé, une lente agonie pour ces malheureux amphibiens. Certaines ont été retrouvées vivantes après plus de 19 jours au fond du tube de la plante. On ne sait pas très bien ce qui les tue réellement, confient les chercheurs. Finissent-elles par mourir de faim, incapables de remonter le long des parois glissantes ? Sont-elles grillées par la chaleurchaleur ? Digérées par des enzymesenzymes du liquideliquide dans lequel elles baignent ? La sarracénie pourpre serait en tout cas un prédateur majeur des salamandres : d'après les calculs des chercheurs, jusqu'à 5 % des salamandres juvéniles seraient ainsi englouties dans leur redoutable piège.

    Des cas très rares de vertébrés mangés par les plantes

    C'est la première fois qu'un tel fait est rapporté pour cette espèce. Il y a 10 ans, un autre cas de plante carnivore ayant ingurgité de petits rats avait été découvert à Cape York en Australie (voir l'article ci-dessous), mais il s'agissait semblablement d'un phénomène accidentel. Les insectes habituellement capturés par les plantes carnivores servent à alimenter ces dernières en azoteazote lorsque le sol est trop pauvre. Nepenthes hemsleyana a elle trouvé un moyen encore plus astucieux pour se fournir en azote : elle attire des petites chauves-souris dans ses tubes qui la nourrissent de ses déjections.


    Une plante carnivore qui mange des rats

    Article de Jean-Etienne publié le 28/01/2008

    Une nouvelle espèce de plantes carnivores a été découverte en Australie, à l'extrémité de Cape York, dans le Queensland. Elle se nourrit, entre autres, de rats...

    Des plantes carnivores poussent à peu près partout dans Cape York, ce qui attire depuis longtemps de nombreux botanistesbotanistes qui viennent les étudier dans leur habitat. Et pourtant, une des espèces les plus intéressantes avait été ignorée jusqu'ici.

    Le mérite de cette découverte revient à l'écologiste Charles Clarke, de l'université James Cook (Townsville), précisément à la recherche de nouvelles espèces dans les environs du Jardine River National Park. La localisation exacte n'en a pas été révélée car la rareté de la plante la rend vulnérable et les amateurs sont très nombreux, y compris à des fins commerciales...

    Il s'agit d'une nouvelle espèce de Nepenthes, baptisée tenax (du latin tenax, tenace), la troisième de cette famille enregistrée sur le continent, et la deuxième qui lui est endémiqueendémique. N. tenax atteint une hauteur d'environ un mètre, et ses pièges à animaux dépassent rarement 15 centimètres. Des restes de petits rats découverts à l'intérieur démontrent que cette plante ne se contente pas toujours de son ordinaire d'insectes...

    Au sein de son habitat, N. tenax cohabite avec les deux autres espèces, N. mirabilis et N. rowanae. Deux variétés hybrideshybrides ont également été trouvées.

    Enfin, et pour la petite histoire, il faut signaler que N. tenax semble avoir été déjà décrite très précisément dès 1890 par le célèbre botaniste Frank Jardine, qui avait alors recueilli un spécimen... Malheureusement, celui-ci a été perdu, probablement tombé de sa poche lors de son retour à cheval vers le camp, et aucun autre n'avait été découvert par la suite.