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L'or, la magie des alchimistes

L'or : matière noble, monnaie de référence, magie et mystère de ce qui est rare et précieux, l'or ne laisse personne indifférent, découvrons l'élément, le métal, un peu aussi des mythes qui lui sont liés et son histoire…

Page 7 / 10 - L'or en France Sommaire
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Claire König Enseignante Sciences Naturelles

1 - Le Limousin, eldorado des Gaulois laténiens.

Ce paragraphe est largement inspiré d'un article de Béatrice Cauuet (Historia No 77, 2002) chargée de recherches à l'unité d'archéologie et d'histoire de Toulouse-Le Mirail, et auteur de nombreux articles scientifiques. Elle a signé une brochure, Les Mines d'or gauloises du Limousin (association Culture et Patrimoine en Limousin,voir bibliographie). Les territoires aurifères mentionnés par Strabon sont situés au sud de la Gaule entre Cévennes et Pyrénées chez les Volques, les Tectosages, et les Tarbelles.

Le Limousin (région de St-Yrieix-la-Perche, voir aussi le paragraphe sur Salsigne ci-dessous) apparaît comme une des principales régions aurifères. Les fouilles à Cros-Gallet, Haute-Vienne et à Les Fouilloux, Dordogne révèlent des aurières, exploitation de filons de quartz aurifère, cernées de déblais et prolongées de chantiers descendant jusqu'à 30-40 m de profondeur. On trouve aussi des ateliers de traitement et des aires d'habitat. La fouille révèle une activité du Ve au IIIe s. av. J.-C.

L'abondance et la diversité du mobilier trouvé dans les habitats adjacents: écuelles, pots globulaires, coupes, jattes, gobelets, passoires, faisselles, fusaïoles (pour le filage à la main), pesons, fibules en fer et quelques céramiques décorées au graphite révèlent une occupation permanente du site. Des cendres domestiques qui contenaient des graines de céréales rustiques (amidonnier, épeautre, millet) et de plantes sauvages (aubépine, mûrier, sureau, framboisier) associées à des glands et des noisettes, révèlent une économie agricole peu évoluée, typique de l'ancien âge du fer.

A la mine des Fouilloux la fouille a dégagé une seule excavation en gradins de 30 m dont 10 en sous-sol. Plusieurs ouvrages souterrains ont été reconnus : galeries de recherche, courtes, galeries plus longues (->36 m) d'exhaure creusées perpendiculairement et sans étayage.

Des vestiges de La Tène ancienne de Cros- Gallet à ceux de La Tène finale des Fouilloux, on constate une intensification de l'activité minière :

  • techniques plus audacieuses, mieux maîtrisées,


  • proportions grandissantes des ouvrages,


  • travaux souterrains avec soutènement et drainage,


  • traitement du minerai au bord des fosses,


  • multiplication des ateliers,


  • traitement des minerais sulfurés (l'or n'y est pas visible)


  • au IIIe s, aux Fouilloux, la meule rotative et le «grillage» du minerai.


  • la découverte d'une pierre de touche (test des alliages) laisse supposer que des lingots étaient produits sur place.

A la Tène finale, l'activité minière est bien développée et la main-d'œuvre nombreuse : cette population ne vit pas sur son lieu de travail, comme à l'époque ancienne, et les recherches par prospection aérienne et terrestre ont permis la découverte de sites enclos, et bien que ces lieux restent à fouiller, certains peuvent être considérés comme des villages.

Aux Fouilloux, on obtient un total de 40 318 tonnes de minerai avec une teneur moyenne de 20 g/t , soit 726 kg d'or qui auraient été exploités…250 mines d'or gauloises (?) ont été inventoriées en Limousin sur neuf sites aurifères. Ces données ont permis des calculs sur la région et une estimation de l'or produit par les Lemovices du Ve à la fin du Ier siècle av. J.-C. : 1 207 aurières et 69 tonnes d'or, à 20 g /t.

La taille des exploitations, l'organisation de l'espace et des aires de traitement révèlent une activité maîtrisée, à la pointe des techniques. De l'extraction du minerai à la coulée du lingot, les techniques ont pu être restituées et des habitats associés localisés. L'économie des Lemovices, un peuple celte peu pris en compte dans l'histoire économique de la Gaule serait à revoir.

2 - De nombreuses mines d'or ont été exploitées en France en voici une carte.


Carte de l'or en France métropolitaine

L'ouverture de l'Ecole des mines de Paris répondait à la nécessité de former des spécialistes français, il était grand temps de rattraper les écoles allemandes et anglaises. La Gardette, d'ailleurs, découverte en 1781, fut le premier événement qui remit en question la sacro-sainte théorie de l'or filonien et mis aussi un point final à ce scepticisme français datant du XVIIème quant à l'existence de mines d'or en France. Mais, plus que l'or, ce sont les très beaux cristaux qui firent la célébrité de cette mine. Cependant le premier lingot fut coulé en 1786, des médailles frappées et distribuées à tout va, qu'importe, le Trésor allait être renfloué avant longtemps ! L'exploitation s'arrêta en 1787.


Pépites du Rhône

Napoléon créa le code minier en 1810 mais la recherche aurifère ne prospérait pas en France. Il fallut attendre 1859 pour que Maillard fasse paraître quelques notes sur les mines de Saint Yrieix-la-Perche et les choses en restèrent là jusqu'en 1887(Mc Arthur-Forrest). Même cette découverte ne fit pas bouger les choses immédiatement ! Décidément les Français n'y croyaient pas ! Il fallut une nouvelle génération de scientifiques, avec Marius Esparseil, pour débloquer la situation à Salsigne , La Bellière, La Lucette et Le Châtelet.


Entrée de la mine du Chatelet, F. début XXè

Après la Seconde Guerre Mondiale et les accords de Bretton Woods de 1944, le prix de l'or descend et plus aucune société ne s'intéresse à la prospection. Le BRGM créé en 1959 déclenche une étude systématique.

3 - Salsigne

Plusieurs sites miniers ont été exploités dans la région de Salsigne depuis l'Antiquité. La découverte de l'or date de 1892 mais son exploitation a débuté au début du siècle. Plusieurs concessions ont été attribuées mais celle de Salsigne devient assez vite prépondérante.
Jusqu'en 1939, le minerai subit un triage manuel à la mine ; les femmes mettent le minerai extrait dans des corbeilles , rejetant la roche stérile , agenouillées 10 heures par jour et 6 jours par semaine, hiver comme été.


Salsignes - anciennes mines vallée de l' Orbiel

Le district minier de Salsigne s'étend sur environ 200 km carrés. Il comprend sept concessions : toutes ne portèrent pas sur l'exploitation de l'or :

  • 1877 : concession de Salsigne ; 278 ha ; fer, pyrite ; arrêt de 1914 à 1924
  • 1879 : concession de la Caunette ; 87 ha,


  • 1898 : concession de Villanière - Narteau ; 684 ha ; mispickel ; arrêt 1914-1918,


  • 1902 : concession de Lastours ; 884 ha ; cuivre, plomb, argent,


  • 1913 : concession de Malabau ; 725 ha ; mispickel, or, argent, cuivre,


  • 1922 : concession de Villardonnel ; 386 ha ; mispickel, cuivre, fer


  • 1923 : concession de Pujol ; 934 ha ; pyrite, cuivre et fer.
  • La construction de l'usine de traitement de la Combe du Saut date de 1909.


Paysage Salsigne

Plusieurs exploitants se sont succédés pour aboutir à la suite actuelle :

-- SEPS : Société d'Exploitation de la Pyrométallurgie de Salsigne est en liquidation judiciaire depuis 1996,
-- SNC Lastours : société qui a retraité les anciens stériles stockés sur le site de la Combe du Saut a cessé son activité en 1997,
-- MOS (Mine d'Or de Salsigne) exploite jusqu'en 2004 la mine de Salsigne et a construit ses propres installations de traitement sur le site de la Combe du Saut.

Différents procédés se sont succédés durant plus de 90 ans.

  • L'hydrométallurgie : broyage et séparation des sulfures métalliques du minerai et de la gangue sans transformation chimique, à l'exception de la cyanuration qui ne provoque que des complexes entre les cyanures et l'or ou l'argent.


  • La pyrométallurgie : chauffage du minerai qui engendre un changement d'état des constituants et une transformation des sulfures en oxydes. Il permet une séparation entre les éléments volatils (soufre, arsenic, bismuth, antimoine, plomb, une faible part du cuivre) et ceux qui le sont moins (fer, silicium, aluminium, cuivre, argent et or). Les éléments plus volatils se retrouvent dans les fumées sous formes de produits purifiés (présentant des concentrations élevées) issus de cette séparation très sélective des oxydes.

Au total jusqu'en juin 2001, 12,2 millions de tonnes de minerai ont été traités sur le site pour produire 830 000 tonnes de matériaux commercialisés. L'inventaire des déchets du site atteint une masse totale d'environ 11,6 millions de tonnes. Les impacts du site sur l'environnement ont été notables dans le passé et notamment avant la réalisation de dispositifs de traitement efficaces des eaux et des fumées (aux environs des années 1970) et lors de la modification du dispositif de traitement par SEPS (1992-1996).

A) Formation des gisements aurifères

Les minerais d'or se développent au contact des failles nord-sud qui recoupent les schistes, les grès et les calcaires dolomitiques paléozoïques dans des filons de quelques mètres d'épaisseur. Noyés dans une gangue quartzique, leurs minéraux opaques métallifères les plus abondants sont des sulfures: le mispickel, la pyrite et la pyrrhotite tandis que la galène et la chalcopyrite sont fréquentes. Minéralisation éruptive liée au granite et au volcanisme acide dans une zone de subduction.


Géologie de la région

La lignée pneumatolytique donne naissance aux filons hydrothermaux caractérisés, lors de leur mise en place, par un gradient de température et de pression et par conséquent, par des associations métallifères.


Carte géologique : Salsigne et sa légende

B) La pollution.

Le stérile contient entre 1 et 5% d'arsenic ; ça tue les châtaigniers, mais pas les bruyères ! Les eaux de ruissellement sont très acides pH=2.
Le ruisseau est rouge d'arséniate ferrique. Il n'y a pas de faune aquatique, mais des algues vertes dans les eaux acides et une bactérie Leptothrix; Ces êtres simples s'entourent d'une croûte cristallisée d'arséniate ferrique et peuvent précipiter 80% de l'arsenic. Des empoisonnements à l'arsenic (dermatoses, troubles gastro-intestinaux…), par l'eau potable sont signalées à Villalier dès 1965.

C) Les maladies professionnelles

Au cours des années 1970 , un nombre élevé de cancers du poumon est relevé à l'hôpital de Carcassonne, mais ce n'est qu'en 1985 que l'arsenic soluble est reconnu comme étant à l'origine du cancer bronchique, maladie professionnelle. Une enquête épidémiologique lancée à l'automne 1997 conclut que, concernant l'arsenic et les thiocyanates, les enfants présentent des concentrations plus élevées que les adultes: en jouant, ils ingèrent et inhalent plus de poussière. En fait plus de 10 000 personnes autour du site sont touchées; la contamination est propagée par l'air et l'eau.

D) Les jardins empoisonnés de la vallée de l'Orbiel

Après les inondations de novembre 1996 , on interdit la vente des salades et du thym contaminés à l'arsenic par l'Orbiel ; en 1997 , la préfecture lançait un plan d'étude et la surveillance de cette vallée : végétaux, eaux , sols ; chaque année un arrêté interministériel interdit la consommation des légumes feuilles. Alors que les fruits et la plupart des légumes racines ne sont pas atteints. La chair des poissons : en 2000, on notait une augmentation de la teneur en arsenic mais il n'y a pas de norme tandis que le taux de plomb était 3 fois plus élevé que la norme.


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Salsigne - projet réabilitation combe du saut

La réhabilitation du site est en route… La mine d'or comporte 450 000 m3 de terres polluées confinées sur 10 hectares. La société Scetauroute a réalisé la maîtrise d'œuvre selon la loi MOP des opérations suivantes :
- Confinement des déchets après excavation,
- Stabilisation de certains déchets,
- Réalisation d'une couverture étanche,
- Revégétalisation.
- Construction d'ouvrage de gestion des eaux.


Salsigne, photo aérienne 2005

4 - La Guyane

Les gisements se divisent en deux grands types comme presque partout :

Les gisements primaires constituent des anomalies géologiques, c'est-à-dire des concentrations exceptionnelles d'or dans les roches, concentrations souvent présentes dans des filons de quartz. La tectonique, le volcanisme ont parfois remanié les roches en place et dans certains cas, ont entraîné des métaux vers la surface. Actuellement, l'exploitation d'or primaire ne représente qu'une faible part de la production totale (5%), car elle nécessite une technologie complexe comprenant la plupart du temps des travaux souterrains : forage de puits et de galeries jusqu'à une centaine de mètres de profondeur, suivi par un décapage mécanique du minerai par concassage, broyage, débourbage…


Mines or Guyane BRGM

Les gisements secondaires proviennent de la destruction progressive des gisements primaires par l'érosion. Les minéralisations aurifères des roches altérées se trouvent alors libérées, elles sont transportées par les eaux de ruissellement. Leurs accumulations, sur place, proviennent de la destruction et du lessivage des roches par l'érosion, formant ainsi des gisements éluvionnaires. Quand leur transport se termine sur des terrasses alluviales les « flat » ou dans les lits des cours d'eau, les minéralisations forment des gisements alluvionnaires. Ces derniers constituent la principale origine de la production d'or en Guyane.


Orpailleur en Guyane

En amont de Maripasoula, l'orpaillage alluvionnaire sur barge ou sur flat connaît une spectaculaire progression dans les années 1990. Une constellation de petits chantiers d'exploitation sont disséminés sur le Haut-Maroni. La commune de Maripasoula constitue la base arrière de l'activité fournissant le matériel, les vivres et un lieu de loisir pour les ouvriers. Trois comptoirs y achètent le minerai.

Les entreprises d'orpaillage ont une structure très hétérogène. À côté des grandes entreprises nationales ou transnationales (COGEMA, Franc Or, WMC, Cambior, Golden Star / Guyanor, Asarco), œuvrent des petites entreprises, semi-industrielles, dirigées par des patrons Bushi-Nenge ou créoles qui forment une véritable bourgeoisie locale, emploient des équipes d'ouvriers brésiliens rompus aux tâches rudes. L'orpaillage permet aux Bushi-Nenge de s'intégrer dans une économie monétaire en leur fournissant des revenus importants.

Un projet minier :

Camp Caïman, situé à 50 km de Cayenne dans la montagne de Kaw, a été ouvert en 1992. Il regroupe trois grands permis de 5 km sur 5 km, auxquels s'ajoutent des permis de 1 km sur 1 km, et s'étend donc sur 86 km2. C'est actuellement le projet d'exploitation d'un gisement aurifère primaire le plus avancé en Guyane.


Géologie Caiman

Le premier travail d'exploration consiste à déterminer le contour de l'anomalie géochimique or en surface. Une anomalie est détectée pour un taux d'or supérieur à 50 ppb. Ces analyses ont été effectuées par le BRGM.

On peut distinguer trois ensembles géologiques à Camp Caïman ;
Le Paramaca, le plus ancien, est composé de tufs verts, chloriteux. C'est un socle rigide. On trouve ensuite une sédimentation plus fine : ce sont les wack et les flysch de l'Armina. Enfin, la dernière couche est constitué de conglomérats : c'est l'ensemble Orapu. Après s'être déposée, cette structure a subi un métamorphisme avec apparition des plans de cristallisation des roches, puis plissage. Les schistosités sont orientées vers le Nord. Enfin au Jurassique, sont remontés des dykes: filons de dolérite magnétique, qui n'ont pas influencé la minéralisation de l'or.

Le gisement est en effet situé dans l'Armina, l'interface entre le socle rigide et les sédimentations. L'or s'est déposé petit à petit lors de l'altération qu'a connu la région. Les roches ont alors été métamorphisées par des fluides générés par l'hydrothermalisme. Une partie du gisement a été altérée en surface mais 60% reste emprisonnée sous forme de sulfure dans la roche. Il est évident que l'établissement d'une mine à ciel ouvert n'est pas sans poser des problèmes environnementaux : c'est l'une des régions de l'intérieur de la Guyane où se développe le tourisme écologique, à la découverte des marais de Kaw, classés réserve naturelle. De plus, une réserve volontaire privée s'est récemment ouverte de l'autre côté du permis d'exploration, celui-ci étant maintenant presque entièrement entouré par ces réserves….A suivre.

Mais l'or empoisonne la Guyane autrement

Dans la jungle amazonienne, de nombreux orpailleurs opèrent en toute illégalité.


Guyane, pelle mécanique et lance à eau, orpaillage illégal

La reprise vigoureuse de l'activité, depuis les années 1990, a provoqué un afflux de garimpeiros brésiliens ou surinamais, qui installent leur placer (gisement d'or alluvionnaire) plus ou moins légalement et importent leurs savoir-faire des grands chantiers d'exploitation aurifère du Mato Grosso, du Pará ou du Roraima (dragues suceuses par ex.). Sous-payés, clandestins, ils sont prêts à tout pour gagner un peu d'argent. Désordre et criminalité règnent en maître. Les camps sont enfouis au cœur de la forêt équatoriale qui recouvre 95% de la superficie de la Guyane. Ils sont d'un accès très difficile. Les prix y sont exorbitants et la vie d'un homme vaut moins cher qu'un plat de riz. Les conditions sanitaires y sont inexistantes. Sur ordre de la Préfecture, le SAMU a interdiction d'intervenir : l'insécurité est trop grande.


Guyane, barranques, orpaillage illégal

D'autre part, les orpailleurs considèrent que l'accès à la ressource aurifère est un droit imprescriptible au même titre que l'accès à toutes les autres ressources "naturelles" accordé aux autres groupes de population. Il en résulte un climat tendu. Les orpailleurs constituent aussi un groupe d'acteurs influents, capables de bloquer les projets environnementaux.

Les lois de la République ne s'appliquent pas vraiment en forêt. Les entreprises doivent obtenir une Autorisation Personnelle Minière (APM), délivrée pour 5 ans renouvelables après avis de la DRIRE. Il faut ensuite obtenir un permis de recherche (type A ou B) couvrant un carré de 5 km de côté. Mais dans les faits, de petites entreprises se servent de l'APM comme d'un titre d'exploitation. Le code minier français n'a pas envisagé ce type d'exploitation semi-artisanale. Ce flou juridique profite aux exploitants, et les contrôles sont difficiles et chers…


Guyane, orpaillage illégal

Le plus inquiétant ce sont les dégâts sur l'environnement. Ils utilisent du mercure pour amalgamer les paillettes. Le mercure se dissout dans l'eau et pollue les fleuves. Les poissons carnassiers, base de l'alimentation des Amérindiens, sont contaminés, impropres à la consommation.

Des taux de mercure élevés ont été relevés sur les populations il y a déjà 10 ans, mais depuis, aucune étude n'a été menée. Les conséquences sont là : fausses couches, malformations, handicaps divers.

Outre le fait de rejeter dans l'atmosphère et dans les eaux fluviales du mercure, un chantier d'orpaillage peut polluer l'environnement par :

- les huiles et les carburants des moteurs et des pompes ;
- le rejet d'énormes volumes de boue liquide, directement en aval dans la rivière, sans passage par un bassin de décantation ;
- des paysages bouleversés au bulldozer et la mise à nu des berges, et des dépôts alluvionnaires, qui sont décapés par les jets d'eau jusqu'à la roche mère ;
- l'épandage ou l'enfouissement sommaire de déchets toxiques, indissociables de l'extraction aurifère, qui sont monnaie courante : batteries, matières plastiques, huiles de vidange.

Quelle serait la réaction du public si une telle chose se produisait dans l'hexagone ?

Les profits sont fabuleux pour un petit nombre de "patrons", mais insignifiants pour l'état, comme la fiscalité n'a pas de prise sur les exploitations illégales. Comme le souligne le Député Christiane Taubira-Delanon "l'exploitation aurifère ne prétend pas prendre en charge le développement de la Guyane." D'autant plus que l'or reste une ressource non renouvelable. Pour preuve, continue-t-elle, "moins de la moitié de la valeur de l'or extrait serait directement injectée dans l'économie guyanaise." Le reste passe les frontières.

On peut imaginer la Guyane dans 20 ou 30 ans : des fleuves pollués au mercure, des énormes trouées dans la forêt, une population du fleuve malade et disséminée par la contamination au mercure… La Guyane qui commençait à s'initier au tourisme héritera d'une mauvaise "étiquette".
Qui viendra visiter une forêt délabrée par l'orpaillage ?

La gendarmerie de Guyane fait des interventions régulières et souvent nécessairement musclées mais le phénomène continue. Ces données sont fournies par le site de la Gendarmerie de Guyane (voir bibliographie pour les différentes opérations effectuées sur place) Les infractions sont constatées par des procès-verbaux établis soit par les chefs des services régionaux de l'Etat compétents en matière de police des mines et des carrières ou les ingénieurs ou techniciens placés sous leurs ordres, soit par les agents habilités par le ministre de la défense soit par les officiers et agents de police judiciaire.


Guyane, un camp illégal d'orpailleurs démantelé par les gendarmes, photo du site de la gendarmerie.

Tout procès-verbal constatant une de ces infractions est adressé en original au procureur de la République et en copie au préfet. Le procureur de la République peut ordonner la destruction des matériels ayant servi à commettre la ou les infractions constatées par procès-verbal lorsqu'il n'existe pas de mesures techniques raisonnablement envisageables pour empêcher définitivement le renouvellement de cette ou de ces infractions.

L'orpaillage illégal outre le fait de piller les ressources naturelles de la France, a pour conséquence :

- La destruction de l'environnement
- La présence d'étrangers en situation irrégulière (E.S.I.)
- Le travail illégal
- La contrebande de marchandises (nourriture, matériel, carburant,...)
- Le transport illégal de personnes
- La prostitution
- L'usage, la détention, le trafic de stupéfiants.

Au 30 juin 2004, le prix moyen du litre de gasoil est de 8€50 soit l'équivalent d'un gramme d'or ce qui amène le fût de 200 litres à 200 grammes d'or. Il faut savoir qu'un moteur consomme 100 litres par jour et une pelleteuse un peu plus de 200 litres. Et le passage clandestin entre Oyapock et Kourou coûte 40 gr d'or par pirogue…

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