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La couleur bleue sous tous ses angles

On fait souvent référence au ciel bleu de Provence, oui, mais lequel ? Bleu d’Egypte, bleu de Samarcande, bleu pastel ou indigo ?  Bleu minéral ou colorant végétal ? Violet, indigo, bleu de l’arc-en-ciel ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bleu sans oser le demander !

Page 3 / 10 - Les différents bleus : bleu de Prusse, bleu égyptien, cobalt... Sommaire
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Claire König Enseignante Sciences Naturelles

1 - Le bleu égyptien

Il correspond au produit de la cuisson :

- en atmosphère oxydante,
- entre 870° et 1100°C, température de stabilité de la cuprorivaïte,
- dans des fours de potier,
- pendant plusieurs heures,
- de mélanges de silice, quartz et/ou tridymite,
- de produits calcaires,
- de cuivre,  et
- d'un fondant, le natron (carbonate de sodium naturel). L’augmentation de la proportion de fondant fait croître la quantité de phase amorphe.

C'est sans doute le premier colorant synthétique, utilisé il y a 4500 ans. Il s'agit d'un silicate double de calcium et de cuivre : cuprorivaïte (CaCuSi4O10).

Cuprorivaïte ou bleu égyptien inclus dans de l'enduit
Cuprorivaïte ou bleu égyptien inclus dans de l'enduit

L'intensité des bleus est variable. Le pigment est broyé et étendu sur les sarcophages ou les murs. L'intensité du broyage donne des tons différents de bleus, et les artistes l'ont bien compris. Le pigment fondu donne une sorte d’émail vitreux qui permettent la taille des tesselles pour la mosaîque…

Le vert égyptien, caractérisé par une phase amorphe majoritaire donnant sa couleur turquoise au pigment et emprisonnant des cristaux de parawollastonite (CaSiO3) et des restes siliceux (quartz, et/ou -tridymite ou cristobalite-), est obtenu par cuisson oxydante entre 900°C et 1150°C d’un mélange enrichi en calcium et en fondant (7% au minimum) et appauvri en cuivre.

Les matériaux de base sont les mêmes que pour le bleu : l’apport de cuivre peut se faire avec des résidus de bronze ou de cuivre qui seront identifiés par les restes détectés en analyse, la silice provient du sable et le calcium des roches calcaires. Le fondant sodique peut être issu du natron ou de cendres végétales. Les variations chromatiques sont maîtrisées à la fois par la cuisson, en jouant sur la température, mais également par le biais du broyage.

2 - Le bleu de Prusse, ou Bleu de Berlin

Il fut découvert en 1704 à Berlin par Heinrich Diesbach et Johann Conrad Dippel. Il est produit par réaction de la potasse sur du sulfate de fer. Il parvient à supplanter l'indigo à la fin du XIXe siècle, malgré une résistance médiocre à la lumière. Il s’agit essentiellement de ferro-cyanure ferrique. Ce bleu fut découvert par hasard suite à une erreur du marchand qui fournissait Diesbach : la potasse qu’il lui avait livrée avait été calcinée préalablement avec du sang, ce qui avait fourni l’azote, nécessaire au cyanure ! Cette recette demeura longtemps secrète.

3 - Le bleu de cobalt

Ils sont vraiment coûteux ! Composition typique : oxyde de cobalt + oxyde d'aluminium ou aluminate de cobalt. Au XVème siècle ou peut-être au XVIème, on a utilisé de manière mineure la première synthèse : le smalt (voir ci-dessous).

Verre teinté avec du bleu de cobalt © Adrian Pingstone
Verre teinté avec du bleu de cobalt © Adrian Pingstone

Le cobalt oxydé étant l'un des plus puissants siccatif pour la peinture à l'huile, cette couleur risque fortement de créer craquelures, plissements et autres accidents.

Comme dans le cas du bleu outremer, la synthèse de cette couleur a fait l'objet d'un concours organisé par la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale : il fallait un bleu autorisant davantage d'emplois que le smalt. C'est Thénard, en 1802, qui le remporta.

4 - Le smalt ou smalte

C'est une synthèse à base de cobalt. Les auteurs évoquent son emploi tantôt au XVème siècle, tantôt au XVIème. On peut dire, d'une certaine manière, qu'il revêt deux formes dès cette époque :

- oxyde pour la verrerie à base de phosphate ou de chlorure de cobalt
- c'est un pigment pour la peinture, créé d’après un verre teinté avec cet oxyde, qu'on le broyait. Au XVIIème siècle, l'aspect "miroitant" du smalt était exploité pour orner les métaux. Aujourd'hui, cet aspect est absent à cause d'un broyage beaucoup trop fin, trop parfait, lui conférant une grande banalité. Le terme smalt signifie émail en francique.

Bleu céruléen RVB
Bleu céruléen RVB

5 - Le bleu caeruleum

Le céruléum - orthographe contemporaine habituelle - ou cæruleum - à l'ancienne, du latin cælum, ciel - ou "bleu céruléen" est un stannate de cobalt (oxyde d'étain SnO3 + cobalt + H2O + ...). Contenant du cobalt, il est extrêmement coûteux. Permanent, couvrant, plutôt lumineux mais subtil, rompu, un peu grisâtre, il constitue bizarrement un "standard" des bleus chauds
recommandé comme substitut d'un cyan primaire. Ses imitations (des phtalocyanines), très répandues à cause du coût élevé de l'original, sont souvent grossières.

6 - Le bleu outremer, couleur profonde, semble être le produit d'une magie.

En 1826, Lyon, Jean-Baptiste Guimet, industriel jette des notes, presque semblables aux formules d'un potier ou d'un verrier et ces mots : "on obtient un assez beau bleu". A Tübingen, Christian Gottlob Gmelin, professeur de chimie, a créé avec un four, un peu d'argile, de la soude caustique, du soufre et du charbon, une substance que beaucoup, en Europe, cherchent à synthétiser depuis que la Société d'Encouragement pour l'Industrie Nationale a créé un concours en 1824 : le lapis-lazuli ou outremer.

Outremer
Outremer

Goethe s'intéresse en 1787 aux dépôts qui se forment sur les parois des fours à chaux de la région de Palerme, en Sicile et il suggère l'utilisation de cette couleur comme substitut du lapis mais il ignore que ce n'est rien d'autre qu'une variété de lapis ! Il faudra 1806 pour que Désormes et Clément fournissent la composition du lapis-lazuli : un thiosulfate d'aluminosilicate de sodium.

Silicium, aluminium, sodium, calcium et soufre sont des éléments très courants,  il faut les assembler et  une course s'engage… Tout le monde est conscient de l'importance de la découverte du procédé. L’enjeu est international. C'est en 1828 que deux chercheurs fixent le procédé.

Guimet, déjà riche industriel, crée une usine à Fleurieux sur Saône où il mourra en 1871. Sa fortune permettra à son fils Emile de constituer le Musée Guimet (Paris, 1885). Goethe, Désormes, Clément, Vauquelin, Gmelin et Guimet ont-ils été inspirés par une ancienne attirance pour cette pierre…

De nos jours, il s'agit essentiellement de colorants de synthèse de chimie organique avec brevets.

E130 Bleu d'Anthraquinone
• Couleur bleue artificielle.
• Aliments : pâtisserie.
• Possibles effets secondaires : Potentiel cancérigène. Il produit les allergies et les us en quelques minutes. Dangereux.

7 - Le bleu d'anthraquinone

Anthracène oxydé, l'anthraquinone donne notamment différents rouges et bleus. Comme souvent lorsqu'il s'agit de pigments organiques, quelques variations permettent d'obtenir des résultats très différents. Une anthraquinone bleue obtenue avec deux monomères azotés. Une anthraquinone rouge obtenue avec deux monomères azotés également, mais de manière différente.

Anthraquinone bleue et rouge formules
Anthraquinone bleue et rouge formules

Ces pigments sont assez transparents. Leur permanence n'est pas excellente
Aussi, certains fabricants proposent des alizarines synthétiques composées de dihydroxyantraquinone, et d'autres versions plus permanentes à base de quinacridone. Le bleu d'anthraquinone foncé n'est autre que le bleu d'indanthrène, sorte de substitut du principe colorant de l'indigo.

E131 Bleu breveté V
• Couleur bleue de synthèse artificielle.
• Aliments : pâtisserie, recouvrement de sucre, boissons, sucreries.
• Possibles effets secondaires : Il peut provoquer des allergies, urticaire. Cancérigène.

E132 Indigotine L'indigo synthétique est le bleu d'aniline
• Couleur bleue artificielle.
• Aliments : recouvrements de sucre, boissons, sucreries.
• Possibles effets secondaires : Aucun, mais n'est pas non plus utile.

E133 Bleu brillant FCF
• Couleur bleue artificielle.
• Aliments : légumes anglais en conserve.
• Possibles effets secondaires : à hautes doses, il peut s'accumuler dans les reins et les veines lymphatiques. A éviter.

Tableau des bleus alimentaires
Tableau des bleus alimentaires

La couleur bleue sous tous ses angles - 5 Photos

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