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Le Groenland s'est localement élevé de 2 cm en fondant en 2010

Depuis la fin de la dernière glaciation, le Groenland s’élève lentement au-dessus du niveau de la mer. Ce mouvement vient de recevoir un coup d’accélérateur. La raison ? La fonte accélérée de ses glaciers en 2010.

Décor de Ravnefjeldet, Nanortalik (partie sud du Groenland) par une claire matinée de décembre. Les montagnes déchiquetées en arrière-plan (à gauche) sont hautes de 1.300 m. © Jens Nielsen Buurgaard-wikipédia Décor de Ravnefjeldet, Nanortalik (partie sud du Groenland) par une claire matinée de décembre. Les montagnes déchiquetées en arrière-plan (à gauche) sont hautes de 1.300 m. © Jens Nielsen Buurgaard-wikipédia

Le Groenland s'est localement élevé de 2 cm en fondant en 2010 - 2 Photos

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On l’appelle rebond postglaciaire, ajustement isostatique ou encore glacio-isostasie. C’est en Suède que ce phénomène géophysique a été observé pour la première fois au XVIIIe siècle. À l’époque, sa nature n’était pas comprise et on l’expliquait même comme une baisse du niveau de la mer. Cette interprétation fut réfutée grâce à Anders Celsius. L’astronome suédois célèbre pour son échelle des températures, avait proposé que l’on fasse des marques le long de la côte suédoise pour mesurer cette baisse du niveau de la mer qu’il croyait due à l’évaporation. Il est mort trop tôt (de la tuberculose) pour savoir que son hypothèse était fausse. Les inégalités des modifications de la hauteur apparente du niveau de la mer découvertes en Suède ne pouvaient s’interpréter que comme des soulèvements inégaux des masses terrestres. Au cours du XIXe siècle,  il devint clair que le phénomène était consécutif à la fonte des calottes glaciaires car on avait découvert l’existence des glaciations.

Les progrès de la géophysique aidant, on pouvait interpréter le manteau comme un milieu élastique et même fluide sur une grande échelle de temps. Le poids des glaces ayant diminué sur l’Europe du Nord et surtout le Groenland à la fin de la dernière glaciation, des masses terrestres s’élevaient à la façon d’une péniche déchargée de son contenu.

Il s’agissait donc d’un phénomène d'isostasie.

On sait aujourd’hui qu’il n’affecte pas seulement les régions d'Europe septentrionale (en particulier l'Écosse, la Fennoscandie et le nord du Danemark) mais aussi la Sibérie, le Canada ainsi que les Grands Lacs du Canada et des États-Unis.

Le sens et la valeur des déplacements verticaux des masses du Groenland pendant l'année 2010 sont montrés à l'aide d'une flèche verte. En haut à droite, l'échelle de hauteur correspondant à 10 mm sur une année. On voit du jaune au rouge l'anomalie de la fonte journalière de l'année 2010 par rapport à la période 1979-2009, à savoir le nombre de jours de fonte en 2009 auquel est soustraite la moyenne de jours de fonte sur la période 1979-2009. © Ohio State University
Le sens et la valeur des déplacements verticaux des masses du Groenland pendant l'année 2010 sont montrés à l'aide d'une flèche verte. En haut à droite, l'échelle de hauteur correspondant à 10 mm sur une année. On voit du jaune au rouge l'anomalie de la fonte journalière de l'année 2010 par rapport à la période 1979-2009, à savoir le nombre de jours de fonte en 2009 auquel est soustraite la moyenne de jours de fonte sur la période 1979-2009. © Ohio State University

Un rebond postglaciaire de 20 mm en 5 mois

De nos jours, les géophysiciens continuent à l’étudier et ils disposent pour cela de GPS équipant des stations de mesures. Le Groenland est ainsi surveillé dans le cadre du Greenland GPS Network (G-NET). Des chercheurs de l’université de l’État de l’Ohio viennent de rendre publics les résultats de leurs mesures conduites avec les 50 stations GPS du réseau GNET au Groenland pendant l’année 2010.

Selon les géophysiciens, bien que des mesures conduites les années précédentes aient révélé des élévations allant jusqu’à 15 mm en une seule année par endroit, le record a été battu l’année dernière. En effet, certaines stations ont mesuré une élévation locale du Groenland de 20 mm en seulement 5 mois !

Pour Michael Bevis, un des chercheurs de l’école des sciences de la Terre de l’université de l’État de l’Ohio, il n’y a aucun doute. Ces mesures locales sont bien corrélées avec l’accélération anormale de la fonte des glaciers du Groenland observée en 2010. Rappelons qu’au cours de cette année, 100 milliards de tonnes de glace constituant ces glaciers ont fondu dans des conditions que les climatologues considèrent comme anormalement chaudes.

C’est surtout dans les régions sud du Groenland que ces phénomènes se sont révélés importants. Les stations GPS du nord du Groenland n’ont enregistré que de faibles variations, comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus.


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