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Très bien conservés, deux bébés mammouths laineux livrent leurs secrets

Liouba et Khroma sont deux bébés mammouths trouvés dans le pergélisol arctique à la fin des années 2000. Une équipe internationale de paléontologues a percé quelques-uns de leurs secrets au moyen des rayons X. Le bilan de plusieurs années d’études, accompagné par 30 images inédites prises au scanneur, vient d’être publié.

Momie de Liouba, un bébé mammouth mort il y a plus de 40.000 ans, très bien conservé par le froid du pergélisol arctique de la Sibérie. Afin de limiter les dégâts d'une autopsie, la femelle qui faisait partie des mammouths laineux a été examinée avec un scanneur. © Francis Latreille Momie de Liouba, un bébé mammouth mort il y a plus de 40.000 ans, très bien conservé par le froid du pergélisol arctique de la Sibérie. Afin de limiter les dégâts d'une autopsie, la femelle qui faisait partie des mammouths laineux a été examinée avec un scanneur. © Francis Latreille

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La 5e conférence internationale sur les mammouths et leur famille qui s’est tenue en septembre 2010 au Puy-en-Velay a été l’occasion de la venue en France d’un invité tout particulier âgé de plus de 40.000 ans. Un bébé mammouth trouvé en octobre 2008 près de la rivière Khroma, à l’extrême nord de Yakoutie, au nord de la Sibérie. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un jeune mâle décédé deux mois après sa naissance, mais l’étude de son anatomie par tomodensitométrie à l’aide d’un scanneur à rayons X, notamment dans le service radiologie du Centre hospitalier Émile Roux, a montré qu’il s’agissait en réalité d’une femelle.

Khroma, comme on l’appelle désormais, n’a pas été la seule à livrer quelques-uns des secrets des mammouths laineux au moyen des rayons X. Un autre bébé trouvé par des éleveurs de rennes en mai 2007, dans la péninsule de Yamal, sur les bords de la rivière Yuribei en Sibérie nord-ouest a été examiné de la même façon par une équipe états-unienne. Il s’agissait d’une femelle nommée Liouba, décédée très jeune, environ un mois après sa naissance. Une méthode d’études de la croissance des dents a permis de déterminer que les deux mammouths sont nés au printemps. Ils appartenaient à deux populations séparées par des milliers de kilomètres, mais qui ont toutes les deux vécus voici 40.000 ans.


Les images de Liouba prises à l’aide d’un scanneur montrent le remarquable état de conservation de ce bébé mammouth dont la mort est survenue entre 30 et 35 jours après sa naissance. Dans le cas de Khroma, on estime qu’elle était âgée de 52 à 57 jours lorsqu’elle est décédée. © UM News Service, YouTube

Les bébés mammouths les mieux conservés jamais trouvés

Liouba et Khroma se sont avérées être les spécimens de bébé mammouth les plus complets et les mieux conservés jamais trouvés. Un bilan de leur étude à l’aide des scanneurs a été publié récemment, conjointement par des équipes russes, française et états-unienne dans Journal of Paleontology.

Khroma a toutefois été trouvé en moins bon état que Liouba. Elle est restée conservée dans le pergélisol en position verticale, de sorte que lorsqu’elle fut retrouvée, des prédateurs comme les renards arctiques avaient déjà fait disparaître des parties de sa trompe et de son crâne, ainsi que la bosse de graisse qui devait probablement recouvrir l’arrière de son cou. Le scanneur a permis de découvrir que la taille du cerveau de Khroma était légèrement inférieure à celle d’un bébé éléphant du même âge, ce qui suggère l’hypothèse que le temps de gestation chez les mammouths était plus court que chez les éléphants.

L’état de conservation des tissus mous est tel que les chercheurs n’hésitent pas à parler de momies pour les deux corps. On peut donc étudier les muscles, le tissu conjonctif, les organes et la peau des mammouths laineux. On est même en mesure de reconstituer le scénario probable de leurs morts.

Du lait de mammouth âgé de plus de 40.000 ans !

Dans le cas de Liouba, il n’a même pas été nécessaire d’utiliser les données fournies par le scanneur industriel de l’usine Ford du Michigan où elle a été examinée. Des sédiments fins bloquaient sa trompe, sa gorge et ses bronches. Elle serait donc morte par suffocation en ayant inhalé de la boue. Cela laisse penser qu’elle devait être en train de traverser un lac en marchant sur sa surface gelée quand la glace a cédé sous son poids. À l’appui de cette hypothèse, on a découvert dans ces sédiments un minéral, appelé la vivianite, qui se forme dans les milieux froids et pauvres en oxygène tel, justement, que le fond des lacs.

Dans le cas de Khroma, des sédiments plus grossiers furent retrouvés là aussi dans sa trompe et sa gorge, mais malheureusement pas dans ses poumons, non conservés. Sa colonne vertébrale fracturée indique une chute. On peut donc penser qu’elle était au bord d’une rivière et qu’un effondrement de la berge l’a précipitée dans l’eau. Remarquablement, son estomac contenait des restes très bien conservés de lait non digérés et ayant l’apparence d’un yaourt. Sa mère devait l’allaiter moins d’une heure avant sa mort, selon les chercheurs.

En tout état de cause, Liouba et Khroma constituent maintenant une sorte de pierre de Rosette qui va aider les paléontologues à déchiffrer les restes d’autres mammouths laineux que l’on peut retrouver dans le pergélisol arctique de la Sibérie. Comme l’une est plus âgée d’environ un mois que l’autre, elles nous donnent toutes deux un aperçu des transformations de cette espèce au cours de leur croissance.


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