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Le T. rex ressemblait à son très vieux cousin, Lythronax argestes

La lignée des Tyrannosaurus rex vient de s’agrandir à la suite de la découverte aux États-Unis de Lythronax argestes. Grâce à ce dinosaure carnivore bipède, nous savons désormais que ce célèbre groupe s’est diversifié plus tôt qu’on le croyait, dans une région isolée par les eaux de l’île-continent Laramidia.

Le théropode Lythronax argestes a vécu voici 80 millions d'années dans les environnements côtiers subtropicaux de l'île-continent Laramidia. Ce dinosaure bipède y était très certainement un superprédateur. © Lukas Panzarin Le théropode Lythronax argestes a vécu voici 80 millions d'années dans les environnements côtiers subtropicaux de l'île-continent Laramidia. Ce dinosaure bipède y était très certainement un superprédateur. © Lukas Panzarin

Le T. rex ressemblait à son très vieux cousin, Lythronax argestes - 2 Photos

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Voici 99,6 à 65,5 millions d’années, au Crétacé supérieur, l’Amérique du Nord était fragmentée par des voies maritimes en plusieurs îles-continents. L’une d’elles, Laramidia, s’étendait alors du Mexique à l’Alaska, en incluant donc l’Utah et son Monument national de Grand Staircase-Escalante. Depuis quelques années, ce site fait régulièrement parler de lui en raison des importantes découvertes paléontologiques qui y sont faites. La dernière en date vient d’être présentée dans la revue Plos One par Mark Loewen, du Musée d’histoire naturelle de l’Utah (NHMU).

Ce chercheur y décrit Lythronax argestes, un dinosaure carnivore qui aurait vécu voici 80 millions d’années. En effet, ses restes fossiles, des os du crâne, de la hanche, de la queue et des jambes, ont été découverts dans la formation géologique de Wahweap, dont les roches datent du Campanien (de -83,5 à -70,6 millions d’années). Mais que nous apprennent-ils ? Tout d’abord, le théropode mesurait environ 8 m de long, pour un poids de 2,5 tonnes. Ensuite, sa morphologie ne laisse aucun doute… Il s’agit d’un tyrannosauridé proche du très médiatique Tyrannosaurus rex.

D’après l’analyse des os du crâne, Lythronax argestes avait un museau relativement court et étroit, tandis que l’arrière de sa tête était élargi. Ainsi, comme le Tyrannosaurus rex qui a vécu voici 70 à 65,5 millions d’années, il avait des yeux partiellement orientés vers l’avant et donc une vision binoculaire. Ces caractères considérés comme évolués étonnent, car ils sont visiblement apparus 10 à 12 millions d’années plus tôt que ce que prévoyaient les théories actuellement admises. Ils démontrent donc que la lignée des tyrannosauridés comprenant le T. rex s’est diversifiée bien plus tôt qu’on le pensait jusqu’alors.

Reconstitution du squelette complet d'un tyrannosauridé qui appartient à la même lignée que le Tyrannosaurus rex : Lythronax argestes. Il a fallu dix mois pour nettoyer tous les os trouvés, une fois leur excavation terminée.
Reconstitution du squelette complet d'un tyrannosauridé qui appartient à la même lignée que le Tyrannosaurus rex : Lythronax argestes. Il a fallu dix mois pour nettoyer tous les os trouvés, une fois leur excavation terminée. © Mark Loewen

Des dinosaures carnivores isolés pour évoluer

En comparant 501 caractéristiques morphologiques entre 54 espèces de dinosaures carnivores, les scientifiques ont fait une autre découverte. Bien qu’appartenant aux mêmes groupes, les espèces qui vivaient au nord et au sud de Laramidia différaient fortement à la fin du Crétacé. Par ailleurs, Lythronax argestes et ses parents du sud étaient bien plus proches les uns des autres que les taxons à long museau qui vivaient au nord. Pourtant, ils auraient pu se croiser lors de déplacements. Une hypothèse a alors été avancée : et si ces groupes avaient évolué dans des milieux isolés ?

Pour trancher, les chercheurs ont estimé l’époque à laquelle la diversification des tyrannosauridés apparentés au T. rex a eu lieu : voici 95 à 80 millions d’années. Or, les voies maritimes n’ont jamais été aussi larges qu’à cette période. Ainsi, l’eau pourrait avoir recouvert des régions de faible altitude, ce qui aurait isolé au sud des espèces de dinosaures venues du nord en leur permettant d’évoluer en toute indépendance. Lorsque l’eau s’est progressivement retirée, les tyrannosauridés à museau court ont pu circuler à nouveau (certains taxons ont migré vers l’Asie), tandis que d’autres facteurs (climat, accès aux ressources, etc.) ont amplifié leurs différences.

Ainsi, ce n’est pas seulement une nouvelle espèce qui vient d’être découverte, mais bien une nouvelle information sur les conditions dans lesquelles les dinosaures nord-américains ont évolué quelques millions d’années avant la crise biologique qui les a vu disparaître.


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