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Polémique : la vie est-elle sortie de l’eau plus tôt que prévu ?

La vie pourrait être sortie des océans plusieurs dizaines de millions d’années plus tôt que le suggèrent les théories actuelles. La présence de lichens au sein de roches australiennes datant de l’Édiacarien en témoignerait. Attention toutefois, cette étude est déjà fortement décriée. 

Le site géologique de Brachina Gorge (Australie) contient plusieurs successions de paléosols et de roches sédimentaires. Le niveau de la mer variait fortement durant l’Édiacarien. Des roches formées sous l’eau pouvaient donc rapidement se retrouver exondées, donc exposées aux éléments, ce qui justifierait les observations de Gregory Retallack, mais pas ses conclusions. © Gregory Retallack Le site géologique de Brachina Gorge (Australie) contient plusieurs successions de paléosols et de roches sédimentaires. Le niveau de la mer variait fortement durant l’Édiacarien. Des roches formées sous l’eau pouvaient donc rapidement se retrouver exondées, donc exposées aux éléments, ce qui justifierait les observations de Gregory Retallack, mais pas ses conclusions. © Gregory Retallack

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L’explosion cambrienne marque une étape importante de l’histoire de la Terre. En effet, les grands groupes animaux actuels seraient apparus durant cet événement survenu voici 542 à 485 millions d’années. Cependant, la vie prospérait déjà pendant l’Édiacarien, il y a 630 à 542 millions d’années. Selon les théories admises, les êtres vivants de l’époque évoluaient exclusivement dans les océans. C’est du moins ce que l’on pensait jusqu’à la publication d’une nouvelle étude, déjà fortement critiquée, dans la revue Nature.  

De nombreuses informations sur les fossiles sont obtenues en analysant les roches qui les renferment. Ainsi, un organisme trouvé au sein de sédiments compactés devait, de son vivant, évoluer dans un environnement marin. À la suite d’une nouvelle caractérisation de structures géologiques australiennes datant de l’ÉdiacarienGregory Retallack de l’université de l’Oregon (États-Unis) vient dernièrement de remettre en cause la théorie retraçant la première conquête d’un environnement terrestre par un être vivant. Selon lui, des lichens vivaient déjà hors de l’eau 65 millions d’années plus tôt qu’on le pensait jusqu’alors. 

Ces fossiles de Dickinsonia et de Parvancorina ont été mis au jour sur le site d’Ediacara Hills dans le sud de l’Australie. Les paléontologues y voient des vers marins. Mais pour Gregory Retallack, ce sont plutôt des lichens terrestres datant du Précambrien. © Gregory Retallack
Ces fossiles de Dickinsonia et de Parvancorina ont été mis au jour sur le site d’Ediacara Hills dans le sud de l’Australie. Les paléontologues y voient des vers marins. Mais pour Gregory Retallack, ce sont plutôt des lichens terrestres datant du Précambrien. © Gregory Retallack

Une vie terrestre précoce soumise aux vents

Le premier indice lui a été donné par la texture de la roche accueillant les fossiles. En effet, seule l'existence de vents permettrait d'expliquer l’accumulation et l'orientation des grains observés. Par ailleurs, la couche stratigraphique fossilifère présente une teinte plus rouge que celle des couches directement situées au-dessus et en dessous. Selon l’auteur, cela serait dû à des altérations provoquées durant le Précambrien par une exposition aux éléments (vent et pluie).

Dernier indice important : des restes de structures tubulaires mesurant environ 1 cm, parfois plus, ont été trouvés au sein de la couche géologique située juste sous les fossiles, mais pas au-dessus. Or, ces éléments ressembleraient à des systèmes d’ancrage observés de nos jours chez des lichens, des organismes terrestres.

Des animaux marins transformés en lichens

Sur la base de ces trois éléments, Gregory Retallack en a conclu que la zone d’étude devait correspondre à un ancien sol exposé à l’air et recouvert de lichens (c’est-à-dire de Dickinsonia et Spriggina que l’on croyait être des animaux marins). Ce sol subissait par ailleurs un climat froid comparable à celui existant actuellement au niveau de la toundra arctique. Par conséquent, la vie aurait conquis des environnements terrestres 65 millions d’années plus tôt qu’on le pensait. 

Cette étude suscite déjà de nombreuses réactions. Plusieurs chercheurs affirment en effet que le changement de couleur de la roche pourrait avoir eu lieu sous terre au cours du temps. Par ailleurs, des Dickinsonia et Spriggina, mais aussi certaines traces spécifiques qu’ils ont laissées durant leur vie, ont été trouvés dans d’autres gisements où la nature sédimentaire des roches est attestée avec certitude. Ils devaient donc vivre sous l’eau. Il est en effet difficile d’imaginer un être vivant du Précambrien présentant une physiologie simultanément adaptée à la vie dans une eau salée et à l’air libre. Seules de nouvelles études permettront de lever toute ambiguïté.

 


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