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Le Nasutoceratops, cousin de triceratops aux narines démesurées

Dans le sud de l’Utah, aux États-Unis, des chercheurs ont mis au jour puis décrit un nouveau cousin du tricératops : Nasutoceratops titusi. Chose curieuse : ce dinosaure herbivore possédait une région nasale particulièrement grande, dont le rôle est inconnu. En revanche, une hypothèse circule sur la fonction de ses longues cornes pointées vers l’avant. Elles pourraient avoir servi pour la drague !

Nasutoceratops titusi dans la forêt au sein de laquelle il devait évoluer au Campanien, voilà 84 à 70 millions d'années. La corne nasale de cette espèce s'est transformée en une forme de lame allongée, ce qui explique pourquoi nous ne la remarquons pas. © Raúl Martín Nasutoceratops titusi dans la forêt au sein de laquelle il devait évoluer au Campanien, voilà 84 à 70 millions d'années. La corne nasale de cette espèce s'est transformée en une forme de lame allongée, ce qui explique pourquoi nous ne la remarquons pas. © Raúl Martín

Le Nasutoceratops, cousin de triceratops aux narines démesurées - 2 Photos

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Voici 76 millions d’années, la voie intérieure de l’Ouest coupait l’Amérique du Nord en deux, de l’océan Arctique au golfe du Mexique. Cette entité géographique se composait alors de deux régions : Appalachia à la gauche du bras de mer, et Laramidia à sa droite. Grande comme l’Australie, cette île-continent était richement peuplée par les dinosaures, bien qu’isolée de tout. D’ailleurs, voici seulement quelques jours, l’un des plus grands mystères de Laramidia a été résolu : les nombreuses espèces de grands dinosaures herbivores pouvaient cohabiter sur un si petit territoire, car elles mangeaient des végétaux différents.

Les chercheurs à la base de cette découverte l’ignoraient encore, mais Laramidia était encore plus riche en grands herbivores qu’ils ne le croyaient alors. En effet, la famille des cératopsidés, à laquelle appartient le tricératops, s’est agrandie avec une découverte faite en 2006 par Eric Lund, un étudiant de l’université de l’Utah (États-Unis). Cependant, nous devons la description de l’animal, dans la revue Proceedings of the Royal Society B, à Scott Sampson, qui travaillait alors pour le Muséum d’histoire naturelle de l’Utah (NHMU).

Nasutoceratops titusi mesurait 5 mètres de long, pour un poids estimé à 2,5 tonnes. Comme la plupart des cératopsidés, ce dinosaure possédait une corne au-dessus du nez et de chaque œil, ainsi qu’une collerette osseuse à l’arrière du crâne. Plusieurs détails le distinguent cependant de ses camarades. Premièrement, il a un museau plus long que de coutume, à la suite d’une hypertrophie de la région nasale. Deuxièmement, les cornes surplombant les yeux sont particulièrement longues, mais surtout, elles pointent vers l’avant, ce qui est rare. Troisièmement, la collerette osseuse est d’une grande simplicité. Elle ne possède ni épine ni corne. 

Reconstitution d'un crâne de Nasutoceratops titusi. Celui de l'holotype mesure 1,8 m de long.
Reconstitution d'un crâne de Nasutoceratops titusi. Celui de l'holotype mesure 1,8 m de long. © Rob Gaston

Cousin du tricératops et maître ès séduction

Les crânes utilisés pour décrire cette espèce quadrupède ont été trouvés dans le Monument national de Grand Staircase-Escalante, dans le sud de l’Utah. Pour être précis, les restes fossiles ont été extraits de la formation géologique de Kaiparowits, où ils gisaient dans l’étage campanien, qui couvre une période allant de 84 à 70 millions d’années. L’utilité d’avoir de grandes narines reste encore un mystère, mais selon les chercheurs, elle serait sans lien avec l’odorat. En effet, les récepteurs olfactifs devaient être logés à la base du crâne, non dans le museau.

Pour en venir aux cornes, plusieurs hypothèses s’affrontent pour expliquer leur existence chez les cératopsidés, et donc chez les centrosaurinés auxquels appartient N. titusi défense face aux prédateurs, régulation thermique ou encore reconnaissance interspécifique. La plus en vogue pour le moment n’a pas été citée : imposer sa dominance pour gagner les faveurs d’une femelle ! Selon Eric Lund, les cornes devaient servir de signal visuel et pouvaient, le cas échéant, être utilisées pour combattre un rival. 

Aucun indice sur cette espèce n’a été découvert plus au nord, par exemple en Alberta, où de nombreux autres dinosaures herbivores de la même époque ont déjà été mis au jour. Cette observation montrerait une provincialisation des espèces, chacune vivant dans sa région. En l’occurrence, N. titusi appréciait les milieux marécageux sous un climat tropical, à environ 100 km de la voie intérieure de l’Ouest, dans le sud de Laramidia. Enfin, son plus proche cousin a été identifié. Il s’agit de l’Avaceratops, dont la découverte dans le Montana remonte à 2004.


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